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Sinistrose du président de la République, vrai ou faux ?

Bakary Diakité  Dimanche, 06 Janvier 2013 14:43

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DIAKITE_Bakary_01En ce début d’année 2013, la Guinée reste encore engluée dans une transition qui n’a que trop duré avec un blocage du dialogue politique, la misère socio-économique des populations, un manque de visibilité de l’action gouvernementale.

Malgré la situation peu reluisante dans notre pays, je commencerai par présenter tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2013 à tous les compatriotes et aux amis de la Guinée.

Je leur souhaite à tous, une excellente santé, notre bien le plus précieux.

Si le président de la République est sincère, vu l’état catastrophique de sa gouvernance, qu’il a lui-même décrit devant tout le gotha du pays le jeudi 3 janvier 2013, il serait bien inspiré maintenant, comme l’avait suggéré son frère et ami le professeur Alfa Ibrahima Sow en 1992 (paix à son âme) président-fondateur de l’Union des forces démocratiques (UFD) d’appeler :

« toutes les forces vives du pays à des assises nationales, pour dresser ensemble un état crédible des lieux, s’entendre sur le diagnostic, le bilan, les projets, les idées, et les personnes, s’entendre sur la nature, les caractéristiques et la durée de l’effort et des sacrifices raisonnables à demander au pays.»

Le président a donné l’impression lors de son intervention de douter de la possibilité d’un vrai changement. Il a plusieurs fois répété que le changement se heurte à beaucoup de difficultés en Guinée.

En effet, comme je l’avais dit dans une lettre ouverte à la classe politique guinéenne : « aucun homme seul, aussi puissant soit-il, aucun parti politique seul, aucune ethnie seule, aucune région seule, aucune coalition d’intérêts partisans seule, ne pourra sortir aujourd’hui notre pays de l’ornière.

Il nous faut un grand sursaut national pour faire un dialogue ouvert et tolérant n’excluant personne, afin que nous puissions amorcer un réel redressement national. »

Le jeudi 3 janvier 2013, le président de la République, le professeur Alpha Condé, s’est livré à un exercice peu orthodoxe, d’après ses propres termes, pour le premier magistrat d’un pays qui se respecte. Pour l’image de notre pays, à mon sens, le chef de l’Etat n’était vraiment pas dans son rôle. Ceci pour deux raisons.

Premièrement, si les Guinéens l’ont élu en 2010, c’est pour changer ce système de mal-gouvernance, non pour en faire une description aussi peu honorable, dans ces moments de grandes difficultés, devant les Diplomates étrangers. en effet devant tout le gotha du pays : les ministres, les religieux, les diplomates, les représentants des institutions, le chef de l’Etat a décrit un tableau de sinistrose de l’administration et de son gouvernement.

A mon avis c’est le Pr Alpha Condé qui a nommé librement non seulement tout son gouvernement, mais tous les hauts cadres de l’administration.

C’est pour cela, que j’ai écrit aussi dans la lettre ouverte que :

« Le professeur Alpha Condé, président de la République, a hérité d’un système prédateur et corrompu qu’il n’a pas voulu changer et qu’il ne peut pas réformer ; car le véritable enjeu, c’est de changer le système de gouvernance. »

Deuxièmement, à écouter le Président, j’avais l’impression que c’était le porte- parole de l’opposition, car manifestement l’image de la gouvernance actuelle lui semble complètement négative.

A part les forces de défense et de sécurité, la présidente du CNT, les ministres d’Etat du Transport et des Affaires étrangères, personne n’a grâce aux yeux du président de République.

Tout y est passé, à commencer par ses proches collaborateurs, que personne ne lui a imposés, c’était un véritable passage en revue des symptômes de la pathologie de sa gouvernance. Les tares de l’administration avec la corruption ; le non-respect des lois, l’absence de collaboration et de coordination entre les différents ministères, entre les ministres et leurs propres services, une très riche sémiologie de la sinistrose de l’administration et de la gouvernance !

Le chef de l’Etat est allé jusqu'à se demander si les ministres veulent le changement. Il a parlé de l’état défectueux des installations sanitaires dans certains ministères avec des odeurs nauséabondes dans les toilettes. Cela m’a fait penser à un proverbe de ma chère et défunte mère (paix à son âme) : 

« Lorsqu’une personne tient à énumérer toutes les parties de son corps, elle finit par s’insulter elle-même. »

Le manque de professionnalisme des médias publics, notamment la RTG qui passe son temps à promouvoir les danses de mamaya parrainées par des ministres et des personnalités.

Mais il a oublié de signaler la mainmise totale du RPG Arc-en-ciel sur la RTG où l’opposition ne peut faire aucune émission. Nous voyons régulièrement, pour ne pas dire quotidiennement, à la télévision nationale, les reportages sur les déplacements des membres du gouvernement pour aller ameuter les populations, afin de soutenir les actions du parti-Etat RPG Arc-en-ciel.

Dans ce domaine, il n’y a aucune rupture par rapport au PDG ou au PUP.

Il est difficile d’avoir une chose et son contraire en même temps, le changement doit concerner tous les domaines de la vie nationale. C’est pourquoi le Conseil national de la communication doit interdire à la RTG toutes propagandes de la mouvance présidentielle, en dehors de la période de la campagne électorale.

Les journalistes sont de vrais crieurs publics, qui disent à longueur de journaux télévisés, que tout va très bien en Guinée, grâce au président le Pr Alpha Condé.

Le chef de l’Etat a fustigé l’ethnocentrisme, qui mine la société guinéenne, et qui constitue à mes yeux la vraie hypothèque politique dans notre pays. Il nous faut un vrai débat national sur ces questions de société.

A l’adresse de ses principaux opposants le président de la République a menacé pour la nième fois de publier les résultats des audits. Je pense honnêtement que l’immense majorité des Guinéens voudraient enfin connaître les résultats des ces audits, véritable serpent de mer.

Beaucoup de Guinéens ont cru en Alpha Condé car il a incarné la légitimité de la lutte contre la première et la deuxième Républiques et il avait la virginité dans la gestion du pays. C’était un homme neuf, qui était censé impulser un vrai changement, qui hélas n’est plus à sa portée.

Pour que la Guinée puisse se débarrasser de ce système de mal-gouvernance et de fracture sociale, il nous faut un consensus national doublé d’une volonté politique de la part de l’ensemble des acteurs sociaux ; sans cela, pour le moment aucune politique partisane ne réussira à mettre fin à cette descente en enfer des Guinéens.

Ne nous trompons pas une fois de plus, même si ce pouvoir réussissait quelques prouesses économiques, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, cela ne suffirait pas à enrayer la mal-gouvernance et à réduire la destruction du tissu social. Il n’y aura pas de réconciliation en Guinée, sans un véritable dialogue, pour la vérité et la justice. C’est seulement, après la réconciliation que nous pourrons poser les vrais jalons d’un Etat de droit et d’une démocratie, gages de tout développement social et économique durable.

Mais cela n’est possible que le cadre d’un vrai dialogue inclusif entre le pouvoir et l’opposition en vue de cette réconciliation pour enfin,

« Jeter les bases d’un nouveau contrat social, qui nous engage aussi bien devant notre peuple, que devant la communauté internationale… L’enjeu d’un tel débat dépasse le destin d’un homme ou d’un régime pour concerner le présent et l’avenir de tout un pays et de ses habitants. » Pr AIS.

Je terminerai en formulant un seul vœu. Je souhaite que 2013 soit l’année de la sortie de crise pour notre pays, dans la paix par un dialogue inclusif entre le président de la République, son gouvernement et l’opposition. Il nous faut un grand sursaut national pour engager ce débat, nécessaire et vital pour le pays ; qui ne doit en aucun cas être confondu avec un lieu d’affrontements ou de règlements de comptes irresponsables, mais plutôt des retrouvailles, pour lever les obstacles qui nous barrent le chemin du développement socio-économique. Nous devons avoir le courage de revisiter notre histoire pour exorciser notre douloureux passé commun, et rompre définitivement avec nos mauvaises habitudes.

Vive la Guinée, vive la Paix !


Docteur B. Diakité


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