Imprimer

A propos de l’entretien avec M. Issa Diallo, ancien fonctionnaire onusien

Ansoumane Doré  Jeudi, 22 Novembre 2012 00:30

Facebook

 

DORE_Ansoumane_3_01Je ne vais pas me livrer à d'amples commentaires sur l'entretien qu’Issa Diallo a accordé à Adjidjatou Barry Baud du site GuineeActu. Je vais seulement me limiter aux quelques points qui vont suivre.

Pour quelques-uns qui, comme moi, ont connu, même jeunes, à l'époque (années de l'école primaire et du collège), notre grand député national feu Yacine Diallo, paix à son âme, on ne peut que partager l'hommage filial qu’Issa Diallo rend à son père. Il fut le premier député guinéen à représenter notre pays, alors colonie, à l'Assemblée nationale française avec cinq autres Africains sortis des urnes des premières élections législatives qui eurent lieu pour toute l’Afrique Occidentale Française (AOF), les 21 octobre et 4 novembre 1945 : Lamine Gueye et Léopold Senghor (Sénégal-Mauritanie), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Apithy (Dahomey, futur Bénin-Togo), Fily Dabo Sissoko (Soudan, futur Mali-Niger). La Haute Volta, futur Burkina Faso, faisait partie encore de la Côte d'Ivoire. Aux nouvelles élections législatives du 10 novembre 1946, MM. Mamba Sano et Yacine Diallo seront les deux députés de la Guinée.

Ceci étant dit, tout le rappel historique que fait Issa Diallo me semble bon pour les jeunes générations, sauf à corriger quelques petites erreurs sans grandes importances, comme par exemple le rappel de la Conférence de Brazzaville (30 janvier-8 février 1944) où le général de Gaulle promettait des ouvertures démocratiques pour le futur des colonies. Mais cette conférence n'avait, comme il dit, aucun caractère contractuel métropole-colonies : « vous participez à la guerre (1939-1945) aux côtés de la France pour un changement de vos statuts de colonisés plus tard... » Les troupes coloniales étaient déjà engagées sur les champs de bataille en Europe depuis 1939. En outre la Conférence de Brazzaville n'avait réuni que les hauts cadres de l'administration coloniale: 21 gouverneurs, 9 membres de l'Assemblée consultative et 6 observateurs du gouvernement général d'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc). Aucun indigène africain n’y avait pris part. Selon certains historiens, on a trop souvent exagéré en voyant dans cette conférence, la genèse de la décolonisation. Elle a certes recommandé l'abolition du code de l'indigénat mais a adopté la proposition du gouverneur Félix Eboué (d'origine guyanaise) d'une politique d'assimilation en faveur des colonies.

Même si tout cela ne constitue pas l'essentiel de l'entretien, il faut éviter les approximations, si l'on veut aider les jeunes à comprendre l'histoire qui les concerne.

Pour le reste, j'ai cru lire dans cet entretien, un rapport onusien ou la prudence de la forme l'emporte sur le fond. C'est en général la règle pour ne pas offusquer un pays membre. Pour un Guinéen, les problèmes du pays, aujourd'hui, sont d'une telle gravité que la langue de bois pour en parler ne peut s'assimiler qu'à, soit une inconscience totale, soit un désintérêt affiché pour son pays. Surtout quand il s'agit de Guinéens sur lesquels ne pèse aucune espèce de contrainte. A un moment ou à un autre chaque homme, chaque femme pense à son pays même en n'y habitant pas. Nous savons tous que ce qui s'est passé en Guinée, ce qui s'y passe encore aujourd'hui, est dramatique. Dire les facettes du drame guinéen pour tenir en éveil les jeunes générations guinéennes et en même temps informer à l'étranger tous ceux qui s'intéressent à notre malheureux pays, ne constitue pas un harcèlement du gouvernement de rencontre que préside Alpha Condé. Celui-ci, sans être responsable de l'amoncellement de nos malheurs, avait, des années durant, dans une opposition qui a fait sa fortune, promis aux Guinéens monts et merveilles. Qui n'a pas entendu de lui, alors opposant, que Lansana Conté était l'unique Mal de Guinée et que lui, au pouvoir, ne mettrait pas plus de six mois (181 jours) pour mettre le pays debout ? Et, une fois en place, dire dans le désarroi à la découverte des problèmes, qu'il n'avait « trouvé qu'un pays mais pas un Etat » ne fait pas sérieux pour un homme d'Etat. Un opposant durant 40 ans, n'importe où dans le monde, connaît parfaitement bien la situation du pays à la direction duquel il aspire. Mais sans ciller, Issa Diallo reprend cette expression, comme une justification.

Je répète encore une fois qu'il ne s'agit nullement d'accabler qui que soit mais notre pays a toujours vécu sous la houlette de phraseurs et en général les phraseurs sont incompétents dans ce qu'ils font et ne laissent derrière eux que des ruines. Il faut le dire et le répéter car ils prospèrent dans une population largement analphabète. On ne peut pas continuer à prendre des gants pour ces personnages d'opérette qui ont étiqueté toutes nos institutions guinéennes, « républicaines », institutionnelles, administratives, judiciaires, etc., des mêmes étiquettes que les pays démocratiques tout en appliquant journellement et nuitamment les petites tactiques politiciennes pour se maintenir au pouvoir, une fois qu'ils y sont .

Les septuagénaires doivent sans relâche dire ces faits aux jeunes pour qu'ils ne se laissent plus manipuler. Un gouvernement si minable soit-il ne sera jamais désavoué sur cet aspect par le monde extérieur et ce n'est d'ailleurs pas son rôle. Ce sont les nationaux qui doivent le faire. C'est une lapalissade que j'utilise sciemment ici pour dire que de simples contacts entre gouvernants guinéens et des personnalités étrangères, sont pris par eux comme une reconnaissance du sérieux de leurs actions politiques.

Issa Diallo, comme moi, est de la génération décennale des septuagénaires, nous n'attendons plus (c'est mon cas) des faveurs de personne pour ne pas dire ce que nous croyons. C'est d’Allah Seul notre Créateur que nous implorons la miséricorde.

Je dis et je répète que l'entretien donné ici, ressemble à un exercice de fonctionnaire de l'ONU, du FMI ou de la Banque Mondiale pour ne citer que ceux-là. Le style précautionneux qu'il use convient mal, d'après moi, devant les calamités qui s'accumulent encore en Guinée. Je ne recommande pas qu'il faille à tout prix utiliser la philippique contre le pouvoir d'Alpha Condé. Mais le survol, même en raccourci, des grandes questions lancinantes qui minent le pays, s'imposait, en soulignant la vacuité des thérapeutiques envisagées par le Pouvoir. Par exemple le fléau de l'ethnocentrisme que d'aucuns balaient d'un revers de main comme si de rien n'était alors qu'ils le pratiquent, le serpent de mer que sont devenus les problèmes institutionnels, bloqués par de petites combines de chambre et qu'on ne désigne pas comme telles, les violences criminelles qu'Alpha Condé avait, à un moment, présentées comme en voie de réduction. Les assassinats qui n’ont jamais cessé viennent de frapper la directrice nationale du Trésor public, Mme Aissatou Boiro. Le même malheur vient de frapper M. Paul Cole, ingénieur chargé des télécoms à Eti SA. Paix à l'âme de ces compatriotes et de bien d'autres moins connus. Le problème d'insécurité a-t-il été jusqu'à toucher le ministère de la Sécurité et de la Protection sociale en proie à des flammes, sans heureusement faire de victimes humaines ? On a dit qu'il s'agissait de court-circuit électrique. Ainsi, soit-il... Tous ces maux sont présents et il ne s'agit pas de les attribuer tous au pouvoir d'Alpha Condé, en place depuis deux ans. Mais pourquoi avoir déclaré depuis déjà un an que les questions de sécurité étaient largement résolues ? N'est-ce pas ce qu'on appelle de l'amateurisme ? Ce n'est donc pas la longue opposition politique qui fait un bon président. On commence d'ailleurs à voir au Sénégal la traînée de casseroles qu'Abdoulaye Wade , autre intellectuel, de longue date opposant politique, a laissée derrière lui. Mais tous ces gens ont pensé qu'ils devaient inéluctablement devenir président de la République. Or, faut-il, enfin, comprendre que, dans une démocratie, nul n'est obligé d'être fonctionnaire ou président, c'est-à-dire au service de la collectivité nationale ? Et ce service doit s'accomplir à titre de locataire mais pas de propriétaire,

Toutes ces questions, mon compatriote Issa Diallo, je crois que nous devons (ceux qui écrivent) les dire et redire, jusqu'à ce qu'une normalité des nations démocratiques prenne racine en Guinée. Je l'ai déjà écrit plus d'une fois, au stade de notre développement et des aspirations qui animent un très grand nombre de Guinéens pour la chose publique, répondre à une question relative aux élections législatives comme vous faites : « à mi-mandat, il accuse un certain retard sur son programme », est un des meilleurs morceaux du type de conversations que tiennent les moisissures de salon qui ne sont pas face à des problèmes de la taille de ceux des Guinéens.


Ansoumane Doré
Dijon, France

 
AAA_logo_guineeactu_article 

Facebook