Alpha O Barry Lundi, 19 Novembre 2012 15:18
J’ai initié le 2 août 2012, par une lettre ouverte à Hadja Rabiatou Serah Diallo, une série d’appels en vue d’un accord politique global guinéen pour finaliser la transition et engager une rupture avec notre demi-siècle de dictature. J’ai choisi GuineeActu en raison du niveau des contributions et des débats à ce site.
Depuis l’interminable fin de règne de Conté, j’ai entamé une réflexion sur le régime présidentiel et ses ravages en Afrique. Je militais à l’époque pour un régime parlementaire, mais j’ai évolué et je crois maintenant que l’essentiel se situe à l’équilibre des régions et des communautés dans l’appropriation de l’appareil d’État.
Le drame politique de l’Afrique en général et de la Guinée en particulier est l’appropriation de l’appareil d’État par un individu et son clan. Cette appropriation sera basée sur une mystification de la communauté d’origine de cet individu en lui faisant croire « à la nécessité de dominer » les autres communautés du pays cachant ainsi la vieille recette du « diviser pour régner ».
L’appropriation sera d’autant plus efficace que des personnalités et techniciens de haut niveau de toutes les communautés du pays seront cooptés pour servir le clan et légitimer sa mainmise sur l’État.
Le non développement de l’Afrique après plus d’un demi-siècle d’indépendance est le corollaire de ce drame politique qui paralyse l’énergie créatrice des Africains.
Depuis janvier-février 2007, le peuple de Guinée dans sa majorité, la jeunesse en particulier, s’est engagé dans une rupture avec cette manière de gérer le pays. Notre classe politique n’a encore pas satisfait à cette demande.
Alpha a réussi à s’accaparer de l’appareil d’État et il veut reconduire le même système de gouvernement ; ses adversaires à la présidentielle continuent à tomber dans ses pièges.
Si les démocrates guinéens et la communauté internationale le laissent encore manipuler le processus électoral et se doter d’une Assemblée aux ordres, la Guinée sera ouverte à toutes les aventures.
Je veux revenir sur mes propositions du 13 novembre 2012 et tenter de les rendre le plus concret possible.
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L’opposition guinéenne, pour rester viable, est obligée d’appeler au secours la communauté internationale. Le principe de la subsidiarité les conduira à saisir la CEDEAO. La chance est que l’accord de Ouagadougou est encore valide car Alpha a pris le risque de jouer aux prolongations dans la transition. Sydia, Cellou et Lansana Kouyaté n’auront aucun mal à faire interpeller Alpha Condé par Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO.
L’incapacité de mettre un terme à la transition en organisant des législatives crédibles deux (2) ans après son investiture, justifierait largement la démarche.
Alpha est à mi-chemin d’accaparer l’ensemble des pouvoirs. Les deux (2) ans de sa gouvernance nous ont donné une idée claire de son ambition. A l’instar de Conté, il veut refuser à l’opposition tout espace d’expression pour couvrir son activisme minier dont la direction est déléguée à son fils.
Il retourne contre ses opposants leur service auprès de Conté pour entretenir la confusion et endormir les Guinéens. Le seul moyen pour Sydia, Cellou et Lansana Kouyaté de contrer cette manœuvre est de s’unir et de se mettre pour une fois sincèrement au service de la Guinée et d’oublier jusqu’en 2015 leur rivalité et ambition présidentielle.
Ils doivent faire leur mea culpa de n’avoir pas, au sein des forces vives, mis les garde-fous aux dérives actuelles d’Alpha Condé. Chacun d’eux croyait qu’il serait président aujourd’hui. Ils devraient tirer les leçons et savoir qu’un d’eux ou Alpha sera en 2015 au pouvoir et que sans une rupture avec notre système de gouvernement, le nouveau président rééditerait les mêmes abus.
Cette rupture devait en fait s’engager à l’occasion de l’arrivée de Lansana Kouyaté à la primature en 2007. Nous avions raté cette chance. Elle s’est encore offerte au lendemain de l’accord de Ouagadougou, mais Jean Marie Doré avait refusé tout accord politique global.
Nous l’avons déjà signalé, le drame guinéen est l’égocentrisme de son élite. A chaque occasion, l’élite en général et les grands ténors politiques en particulier se focalisent sur le moyen d’accaparer l’appareil d’État à leur seul avantage.
Rabiatou n’a finalement pas dérogé à la règle malgré le grand espoir suscité en janvier-février 2007 avec son compagnon, feu Dr. Fofana. Dans ma lettre ouverte du 2 août 2012, je lui suggérais de faire appel à Issa Ben Yacine Diallo pour l’aider à organiser un dialogue entre le pouvoir et l’opposition en vue d’un accord politique global.
L’interview à la une de GuinéeActu avec ce grand diplomate me confirme dans mon idée qu’il peut faire partie de la solution guinéenne malgré son compagnonnage avec le CNDD. Je crois que le problème guinéen est tellement complexe et les défis tellement énormes que toutes nos compétences et expériences sont nécessaires.
Je souhaite même le concours de Jean Marie Doré, qui me semble le seul, parmi les grands ténors politiques, à savoir tenir tête à Alpha et déjouer ses manœuvres. Il est mercenaire dans l’âme, prêt à trahir pour empocher des bénéfices, mais il s’engage parfois dans le sens de l’histoire. Il a tout fait pour mobiliser le parlement et El hadj Biro contre l’emprisonnement de Bah Mamadou par Conté. Il a refusé de siéger dans le dernier parlement sur mesure de Conté. Il a aussi refusé de suivre Dadis par opportunisme ethnique. Il connait le danger de se livrer pieds et mains liés à Alpha Condé, d’où ses manœuvres pour se positionner comme chef de file d’un centre d’où il monnayera ses allégeances.
Mais il faudrait l’aider à faire reconnaitre le centre dont il se réclame et rétablir ainsi la parité selon la formule de partage et le réaménagement de la CENI où lui et Lansana Kouyaté auront chacun un représentant. Lansana Kouyaté avait initié son divorce avec l’Arc-en-ciel en se proclamant du centre. Les places libérées ainsi reviendraient de droit à l’UFDG et à l’UFR. Mais elles ne devraient pas nécessairement être occupées par des militants de ces partis, mais plutôt par des personnes aux compétences et expériences électorales avérées. La mouvance ramènera aussi son quota à neuf (9).
La nouvelle loi sur la CENI devra aussi et surtout supprimer le vote des deux (2) commissaires venus de l’administration. Ils doivent tout simplement servir d’interface entre l’administration du territoire et la CENI. La loi devrait aussi équilibrer le pouvoir du Président avec les autres organes de la CENI et instaurer le vote des 2/3 pour toutes les décisions importantes.
L’opposition devrait même faire la paix avec Baadiko et le FDP. Il s’agit en fait de forger un large front national contre une nouvelle dictature en Guinée par la mise en place d’une démocratie consensuelle basée sur nos quatre (4) régions naturelles.
Le principe de cette démocratie consensuelle consistera à établir des parlements régionaux, un dans chaque région naturelle et un cinquième dans la zone spéciale de Conakry ayant une forte représentation de toutes les communautés nationales. Les partis feront une compétition à ce niveau régional d’abord, on verrait ceux qui ont une vocation nationale par le nombre de députés qu’ils réussiront à faire élire dans chaque région. Ces partis seront ensuite obligés de faire des alliances nationales pour aborder l’élection des députés à l’Assemblée nationale et au Sénat. Ce Sénat sera fourni à égalité par chaque région naturelle et chaque commune de Conakry. Le chef de l’Exécutif sera élu par ces parlements régionaux et national et le Sénat. Les forces de défense et de sécurité, et l’administration centrale seront restructurées et fournies à égalité par les communautés des quatre (4) régions naturelles.
La solution du problème guinéen passe par un réalisme politique consistant à amener notre élite politique à comprendre la nécessité de mettre en place un système de gouvernement protégeant tout le monde contre les abus.
Les quatre (4) grands ténors politiques : Sydia, Cellou, Lansana Kouyaté et Jean Marie Doré, drainant un large électorat d’une de nos quatre (4) régions naturelles dont chacun d’eux est originaire, symboliseraient et légitimeraient cette volonté de mise en place d’une démocratie consensuelle basée sur ces quatre (4) régions naturelles.
Face à Alpha, Sydia, Cellou, Lansana Kouyaté, voire Jean Marie Doré, sont obligés pour leur survie politique, peut-être même physique pour certains, de se donner la main et aider à engager Alpha Condé, par l’entremise de la CEDEAO, dans un accord politique global guinéen en vue :
Alpha est à mi-chemin d’accaparer tous les pouvoirs, il est déterminé et n’est pas du genre à lâcher prise ; sa première réaction face à une interpellation de la CEDEAO, sera de vouloir passer en force les élections législatives aux résultats déjà programmés. Apparemment, François Hollande est acquis à un tel scénario, probablement travaillé par les réseaux des Bernard Kouchner, Tony Blair et Abdou Diouf.
Mais la France ne pourra rien imposer à la CEDEAO. L’opposition devrait sensibiliser Ouattara, Compaoré, Boni, actuel président de l’UA, Macky Sall, Goodluck Jonathan sur les dérives d’Alpha, les risques de mutation de la guerre larvée entre les communautés hali pular et mandingue en conflit ouvert et armé. Ils devraient aussi faire du lobby auprès de la nouvelle présidente de l’UA, Mme Zuma, certains ténors de la scène africaine et le secrétaire général des Nations Unies.
Alpha Condé est sensible à la pression diplomatique, surtout française. L’opposition devrait interpeller Hollande sur la différence erronée qu’il établit entre Alpha Condé et Joseph Kabila. Elle devrait pour cela engager l’opposition et les médias français, le Département d’État américain, l’Union européenne et l’Allemagne. La diaspora guinéenne pourrait aider dans ces démarches de lobby et par des manifestations dans les grandes capitales occidentales. Mais il sera peut-être aussi nécessaire d’user de façon ponctuelle de la rue en Guinée.
L’autre point important sera la fiabilité et la sécurisation du vote. Dès lors qu’Alpha Condé se trouvera dans l’impossibilité de frauder, il incitera à la violence comme à l’entre deux (2) tours de la présidentielle. La FOSSEPEL devra être encadrée par des observateurs militaires de la CEDEAO.
Ceci n’est nullement une violation de notre souveraineté. Au lendemain de janvier-février 2007 et du 28 septembre 2009, la majorité des Guinéens, y compris Alpha Condé, aurait souhaité un encadrement de nos forces de défense et de sécurité.
Alpha aujourd’hui le refuserait pour les motifs qu’avançaient Conté et Dadis, chacun à son époque. Sékouba l’a refusé pendant sa transition, demandez son opinion aujourd’hui après l’emprisonnement illégal et la mort en détention de ses amis.
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Si l’opposition réussit à impliquer la CEDEAO et à amener Alpha à la table de négociation, elle devrait abandonner les sempiternelles disputes techniques sur la CENI et l’opérateur Waymark et se focaliser sur une relance de l’accord de Ouagadougou en vue d’un accord politique global guinéen pour:
Alpha, par son amateurisme depuis son investiture, a suffisamment prouvé son impréparation à la magistrature suprême. Il avait lui-même demandé dans son discours d’acceptation de sa victoire la formation d’un gouvernement d’union nationale avec son adversaire, Cellou.
Les multiples défis de la Guinée et le déficit de légitimité du président ‒ Alpha a eu 18% au premier tour ‒, militent pour un tel gouvernement d’union nationale. Il accompagnera l’Assemblée constituante dans l’élaboration d’une nouvelle constitution, la préparation d’un référendum pour son adoption en prélude d’élections générales en 2015, mais celui-ci devra surtout s’atteler à :
Alpha O Barry