L’urgence d’un Ouagadougou II

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BARRY_Alpha_O_01La Guinée avait une occasion en or en 2010 de revenir, à travers un exercice constitutionnel sérieux, sur son histoire d’un demi-siècle de régime présidentiel ayant conduit, comme partout en Afrique, au pouvoir personnel et clanique, au clientélisme, la mal-gouvernance, la gabegie, la violation systématique des droits de l’homme par la violence d’État.

Malheureusement, nous optâmes pour un replâtrage à la hâte par un CNT totalement décrédibilisé aujourd’hui et la promulgation par un chef de junte ignorant et à la moralité douteuse de la constitution que Conté s’était offerte sur le modèle de la présidence impériale que de Gaulle s’était taillée sur mesure avec la constitution de la cinquième République française.

Alpha, Cellou, Sydia et Lansana Kouyaté étaient tous obnubilés par le pouvoir offert par cette constitution et dont dispose aujourd’hui Alpha Condé contre tout le monde. Aucun d’eux n’a songé à leur vulnérabilité face au président élu. Ils n’ont même pas, malgré les multiples conseils dans ce sens, pris une mesure conservatoire en faisant précéder la présidentielle par les législatives ou en les faisant simultanément. Alpha abuse aujourd’hui allègrement de ce pouvoir soufflé aux autres, mais en jouant aux prolongations dans la transition, il offre à Cellou, Sydia, Lansana Kouyaté et à tous les démocrates guinéens, une chance inespérée de corriger cette faute.

L’opposition devrait abandonner les sempiternelles disputes techniques sur la CENI et l’opérateur Waymark et se focaliser sur une implication de la CEDEAO dans une relance de l’accord de Ouagadougou en vue d’un accord politique global guinéen pour :

  • la finalisation de la transition entamée sous ses auspices ;
  • et une rupture définitive avec le super présidentialisme clanique et dictatorial passé et présent.

***

Un accord politique global guinéen Ouagadougou II, se focalisera sur la finalisation de la transition par :

  • le réaménagement de la nouvelle CENI ;
  • la fiabilité du fichier électoral et la sécurisation du vote.


Le réaménagement de la nouvelle CENI :
l’opposition pourrait user de la violation des délais et des procédures dans la promulgation de la loi et la mise en place de la nouvelle CENI, la volonté de Jean Marie Doré à faire reconnaitre un centre, le projet de loi sur la CENI soumis par le gouvernement au CNT pour pousser au réaménagement de la nouvelle CENI.

La nouvelle CENI pourrait comme l’avait envisagé le gouvernement avoir :

  • neuf (9) représentants de la mouvance,
  • neuf (9) représentants de l’opposition,
  • et deux (2) représentants du centre.

L’ADP qui avait initié son divorce avec l’Arc-en-ciel en se proclamant du centre pourrait se contenter d’un représentant à transférer avec celui de Jean Marie Doré, leur ancien camarade, à ce centre. Les places libérées ainsi par l’ADP et Jean Marie Doré reviendraient de droit à l’UFDG et à l’UFR. Mais elles ne devraient pas nécessairement être occupées par des militants de ces partis mais plutôt par des personnes aux compétences et expériences électorales avérées.

La nouvelle loi sur la CENI devra aussi et surtout supprimer le vote des deux (2) commissaires venus de l’administration. Ils doivent tout simplement servir d’interface entre l’administration du territoire et la CENI. La loi devrait aussi équilibrer le pouvoir du président avec les autres organes de la CENI.


Le fichier électoral et la sécurisation du vote:
l’opposition devrait éviter des retards supplémentaires dans un long bras de fer sur Waymark et une procédure de recrutement d’un nouvel opérateur.

Elle devrait opter pour une opération manuelle dans la révision du fichier et le comptage des votes. Elle pourrait, avec l’aide d’experts électoraux et de ses commissaires, identifier les points sensibles du processus en vue d’y apporter des éléments de contrôle et empêcher les fraudes.

Le point le plus important est la sécurisation du vote. Dès lors qu’Alpha Condé se trouvera dans l’impossibilité de frauder, il incitera à la violence comme à l’entre deux (2) tours de la présidentielle. La FOSSEPEL devra être encadrée par des observateurs militaires de la CEDEAO.


Mais au-delà des législatives, le plus important en Guinée, est la rupture définitive avec plus d’un demi-siècle de dictature, conséquence d’une constitution super présidentialiste.

Les abus actuels d’Alpha nous confirment que le changement de président tout en gardant le même système nous ramène toujours aux mêmes travers. Nous avions vécu la même désillusion avec Conté et la douche était encore plus froide avec Dadis.

Le vote communautariste lors de la dernière présidentielle et l’actuelle guerre larvée entre les communautés hali pular et mandingue nous poussent à sortir des schémas habituels de pensée.

La Guinée a besoin d’un régime politique consensuel et équilibré entre ses différentes communautés. Nous n’avons, heureusement, pas besoin de réinventer la roue. Les expériences indienne, hollandaise, libanaise, belge, suisse, sud-africaine, etc. peuvent servir d’inspiration à adapter à nos propres réalités.

L’accord politique global guinéen Ouagadougou II devrait faire de l’Assemblée issue des prochaines législatives, une assemblée constituante, devant rédiger une nouvelle constitution intégrant nos identités régionales et instituant des garde-fous contre la domination d’une communauté. La Guinée peut se doter de parlements régionaux, un pour chaque région naturelle et un cinquième pour la zone spéciale de Conakry où toutes les communautés sont fortement représentées. Les élections à ces parlements mettront en compétition les leaders et partis partageant le même électorat.

Ces différents leaders et partis seront obligés de faire des alliances nationales pour les élections nationales. Cette pratique créera avec le temps de grands partis nationaux à l’écoute des différentes sensibilités régionales. Ces grands partis seront obligés, pour établir et consolider leur assise nationale, d’instaurer une rotation régionale de leur leadership et un équilibre des régions dans leur désignation des chefs de l’exécutif, du gouvernement, du législatif et du judiciaire. Un équilibre entre ces différents pouvoirs renforcerait la nature consensualiste du système. Un Sénat fourni à égalité par chaque région naturelle et chaque commune de Conakry éviterait la domination des régions naturelles les plus peuplées. La représentation égalitaire au sein de l’administration centrale et des forces de défense et de sécurité renforcerait ce garde-fou. Une justice indépendante le renforcerait davantage. L’élection du président de la République ou du premier-ministre, selon que l’on aura choisi un régime présidentiel ou parlementaire, par les assemblées régionales, l’Assemblée nationale et le Sénat réduirait les tensions communautaires électorales. Ce système de gouvernement peut fonctionner dans un État unitaire, une fédération ou une confédération.

***

L’accord politique global guinéen Ouagadougou II pourrait aussi instaurer un gouvernement d’union nationale pour accompagner l’Assemblée constituante dans l’élaboration d’une nouvelle constitution, la préparation d’un référendum pour son adoption en prélude d’élections générales en 2015, mais celui-ci devra surtout s’atteler à :

  • inculper et poursuivre les auteurs des crimes contre l’humanité du 28 septembre 2009,
  • saisir cette procédure judiciaire pour entamer un processus vérité, justice et réconciliation sur toutes les terribles violations des droits de l’homme en Guinée de 1958 à 2012, rompant ainsi avec l’impunité tout en réformant la justice et en établissant et renforçant son indépendance,
  • la réforme des forces de défense et de sécurité et de l’administration centrale en prélude de l’application de la règle de la représentation égalitaire des quatre (4) régions naturelles.

Les Guinéens de tous les bords politiques et de toutes les régions ont besoin d’un sursaut et d’un dépassement pour empêcher que la guerre larvée entre les communautés hali pular et mandingue ne se mue en conflit ouvert et armé. Toute la Guinée et tous les Guinéens y perdront.

Après l’élection présidentielle chaotique de 2010 et deux (2) années de retard dans l’organisation des législatives, nous devons boire notre honte et demander humblement à la CEDEAO de nous aider à sortir de cette transition interminable. Nous devrions saisir l’opportunité pour rompre avec nos démons et créer un vivre ensemble guinéen.

La Guinée et tous les Guinéens y gagneront beaucoup.


Alpha O Barry

 
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Commentaires  

 
+1 #4 Ibrahima MBemba SOW 16-11-2012 19:25

Cette analyse a au moins le mérite d'inciter à rompre avec nos habitudes d'examen souvent superficiel de la faillite systémique de l'Etat guinéen. En effet, l'idée d'une nouvelle conférence type Ouagadougou I s'impose d'autant plus que les probabilités d'embrasement social du pays ne font que s'accroître avec la gouvernance voyoucratique du pouvoir actuel. Mais cette conférence, pour déboucher à quelque chose de viable pour le pays, ne devrait se dérouler ni à Ouagadougou, ni sous l'égide du même médiateur burkinabè.
Une fois le cadre neutre et consensuel trouvé, il faudrait que les acteurs judicieusement choisis (en dehors de toutes rêveries intellectualistes) pour mener ces débats s'entendent sur les objectifs à atteindre - qui ne devront en aucun cas s'écarter du but de reconversion de l'Etat centralisé actuel en une Fédération de 4 ou 5 Etats (le plus) largement autonomes.
L'horizon novembre 2015 offrirait effectivement une date raisonnable pour faire démarrer les dispositions qui découleraient ainsi des accords de la dite conférence et surtout du référendum au suffrage universel qui aura été organisé. D'ici là, l'exécutif actuel achèverait le mandat du PRG AC avec le CNT dont les prérogatives seraient redéfinies, s’il le faut, en fonction des perspectives de refondation de l'Etat. La restructuration des forces de défense et de sécurité serait reprise sur des bases de parité régionales et ethniques; la nouvelle CENI serait dissoute et remplacée en temps utile par une autre mieux équilibrée et plus consensuelle, en prévision notamment de l'élection de la future Assemblée nationale qui précéderait ainsi la présidentielle fédérale de 2015.
Quant aux activités du gouvernement, notamment en termes d'attribution et/ou de suivi de concessions minières et de nouveaux marchés d'investissement industriel (énergie, grosses infrastructures diverses), elles seront tout simplement gelées ou réduites au minimum nécessaire de manière à pouvoir être plus adéquatement contrôlées par des commissions neutres et compétentes agissant sous l'égide du CNT.
Et ce n’est là, que ce qui relèverait de l'essentiel. Soient tellement d'hypothèses que l'on se surprendrait à rêver debout! Mais, toujours est-il que CDD et ses pairs de l’opposition qui auront compris que c'est un imparable piège électoral qui leur a été tendu collectivement à travers cette nouvelle CENI se verront, on l'espère pour l’avenir de la nation, dans l'obligation de réfléchir sans plus tarder à d'autres alternatives dont cette solution que détaille cet article de M. Alpha O Barry.
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-4 #3 Patriote 15-11-2012 07:19

Oui au comptage manuel et à la sécurisation des votes. Oui à une autonomie des régions. Mais non à un gouvernement d'union nationale au cours du mandat de Alpha Condé, sinon ce serait l'anarchie. Non aussi à la présence d'une quelconque force étrangère. Soyons réalistes.
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+2 #2 Gandhi 14-11-2012 17:36

Pour faire des économies 5 commissaires (un par région) de la mouvance et de l'opposition seraient suffisant, et un président obligatoirement juriste pourraient composer la CENI. Le Centre n'existe pas en Afrique, la différence se ferait entre ceux qui veulent limiter le rôle de l'État au minimum et ceux qui considèrent que l'État doit tout gérer.
L'opération manuelle est effectivement à envisager, je l'ai évoqué dans deux textes précédents sous réserve de sécurisation de la communauté internationale.
Oui une autonomie des régions, dans l'attente de l'éducation des populations, semble une voie de sortie de nos dictatures.
Enfin un gouvernement d'union nationale, mais avec des objectifs clairs (y compris la mise en place d'une nouvelle génération de cadres) sur la résolution des problèmes passés, mais surtout l'élaboration de politiques économiques fiables, apparait nécessaire.
Enfin la Cedeao n'est pas forcément la mieux placée pour donner des leçons de démocratie à la Guinée, il ne faut donc pas se limiter à elle.
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+3 #1 diallo boubacar doumba 13-11-2012 22:18

Oui avant tout à de solides institutions consensuelles et démocratiques, garantes d'un état de droit !
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