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Alpha Condé et son ministre de l'Enseignement tuent encore un talent à Labé !

Mamadou Barry  Dimanche, 28 Octobre 2012 15:40

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C’est devenu un comportement banal et une suite logique à la politique savamment orchestrée de division et de discrimination d’Alpha Condé dans sa conduite des affaires du pays. C’est aussi et surtout cela « reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée ». En effet, il faut procéder au nivèlement de tout par le bas en mettant en avant la médiocrité au détriment de l’excellence.

Alpha Condé et son gouvernement, dans tous les domaines de la gestion publique, font état et illustrent toutes les contradictions du pays. Dans une politique annoncée de changement pour la mise en place des valeurs comme l’excellence, le président de la République et ses ministres en général, et particulièrement celui de l’Enseignement pré-universitaire, prônent la médiocrité. Quelle contradiction !

Nous avons un jeune ministre de l’Enseignement qui a déjà beaucoup de mal à définir une politique cohérente d’éducation nationale. Un jeune ministre qui est perdu dans la définition même de la notion de performance. En effet, lorsqu’un ministre digne de ce nom se glorifie de 20% de réussite aux examens nationaux de son pays, parce que, selon lui, il a mis fin à la fraude, il n’est même pas en mesure de comprendre que c’est son système éducatif lui-même qui a échoué avec 80% d’échecs.

BAH_Mariama_Tata_04Lorsque le ministre prend le risque de limoger des talents comme Madame Bah Mariama Tata, proviseur du Lycée général Lansana Conté de Labé, non pas pour des critères objectifs de performance, mais simplement pour des raisons d’appartenance politique, il est naturel de se poser des questions sur les objectif de ce ministre et sur la notion d’excellence de ce gouvernement d’Alpha Condé.

Sans exagération et en un laps de temps très court, il m’a rarement été donné de rencontrer un talent comme cette femme dans l’exercice de sa fonction. Elle est la fierté des cadres de Labé en général et celle des femmes en particulier. Un talent qui s’exerce et qui s’affirme tant au niveau scolaire, qu’à celui de la société civile à travers des projets de regroupements, de sensibilisation et de développement des femmes de Labé en dehors de l’école. Un talent qui force le respect des uns et l’admiration des autres.

Comment un ministre, Dr. de son état, à la recherche affichée de talents pour qualifier l’enseignement guinéen, peut-il se permettre de limoger un cadre de la compétence de Madame Tata Bah, simplement pour cause d’appartenance politique ? Mais je crois que l’on a la réponse quand on se souvient que c’est justement à Labé qu’un autre jeune ministre de la Jeunesse, aussi tordu que son homologue de l’Enseignement, qui affirmait que le cadre qui ne se soumettrait pas aux exigences du RPG subirait la force du pouvoir.

Mais, on peut comprendre que, dans une compétition politique, l’on cherche à se débarrasser d’un concurrent gênant pour la conquête du pouvoir, et comme on le dit, c’est de bonne guerre. Mais lorsqu’un ministre de l’Enseignement qui vise l’excellence dans son processus de qualification du système éducatif guinéen, limoge un cadre aussi valable, qui a fait ses preuves et qui peut jouer un rôle fondamental dans l’atteinte des objectifs de performance du secteur, juste pour cause d’appartenance politique, il est clair que l’avenir des futures générations est sérieusement compromis.

Il faut tout de même reconnaitre que des individus peuvent avoir des comportements bizarres dans leur vision et leur prise de position. En effet, Dr. Ibrahima Kourouma, il y a à peine 2 ans, avait du mal à payer le loyer de sa petite pharmacie dans l’enceinte d’un centre commercial dénommé « Chic d’Afrique » à Lambanyi, appartenant à El Hadj Tibou Kann. Malgré ses difficultés de payement, il n’a jamais été question de le vider de là parce qu’il est RPG ou parce qu’il est d’une certaine ethnie. On a vu en lui un jeune Guinéen avec un certain talent et qui cherche à s’en sortir.

Avant ce statut de pharmacien, Dr. Kourouma a été délégué médical sous la tutelle et le coaching d’un certain Dr. Fodé Oussou Fofana. Il n’a jamais été question de le brimer ou de briser sa carrière parce qu’il est du RPG ou parce que venant d’une certaine ethnie. Cela vient du fait que le potentiel des gens doit être préservé, exploité et propulsé dans un environnement qui leur permette de s’exprimer totalement sans entraves. C’est uniquement dans cette expression que l’excellence tant recherché verra le jour.

Le talent de Madame Tata Bah s’est exprimé au Lycée général Lansana Conté et au-delà, à travers tout Labé. Après plusieurs tentatives infructueuses de récupération de la part des agents du RPG/Arc-en-ciel, il n’y avait plus aucune autre solution que de la limoger de son poste. Des voix se sont élevées pour dénoncer cet acte qui prouve que ce n’est pas sa compétence qui est en cause, mais simplement son appartenance à l’UFDG.

Pour se défendre, les autorités lui reprochent sa trop grande implication dans les activités et la vie de l’UFDG, alors que, toujours selon eux, son poste lui dicte une certaine obligation de réserve et de retenue. L’acte de limogeage est signé par le ministre en personne sans aucune autre forme de procès.

Ce ministre de la République qui limoge un proviseur de lycée parce qu’affilié à un parti de l’opposition. Pendant ce même moment, Dr. Ibrahima Kourouma, en tant que secrétaire général du GRAIN, un Groupe de Réflexion et d’Action du RPG, anime une conférence de presse pour expliquer comment mettre en place une machine à la base pour assurer la victoire aux prochaines législatives.

Un ministre de la République qui gère un groupe de réflexion du parti au pouvoir, alors qu’on du travail à faire dans un département aux défis énormes. Il est aisé de comprendre à ce niveau que le principe sacrosaint de la neutralité de l’administration n’est pas pour demain dans notre pays. Il est tout aussi aisé de comprendre comment les ressources de ces ministères pourraient être mises à contribution pour des objectifs partisans et sectaires. Dans la même logique, on a un directeur national du patrimoine bâti public, supposé être à la disposition de la nation, qui se retrouve en même temps président du Mouvement de jeunes pour la majorité présidentielle.

Alpha Condé et son gouvernement continuent à mettre les bases d’une gestion partiale et sectaire du pouvoir à travers des politiques non seulement qui divisent la nation guinéenne, mais aussi et surtout qui montrent que seule une partie de la Guinée est légitime et que l’autre partie est laissée pour compte.

Un appel est donc lancé à Gassama Diaby, le tout nouveau ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques pour faire de ce cas de Madame Bah Tata, une cause qui prouverait qu’il est là pour tous les Guinéens. Dans une suite logique, elle devrait être tout naturellement remise dans ses droits si la Guinée est une et indivisible et si la liberté d’association est un droit inaliénable en République de Guinée.

Si cette injustice reste non corrigée, afin de permettre à la victime d’être rétablie dans ses droit, non seulement nous serons en droit de douter du rôle et des prérogatives de Gassama Diaby, mais aussi et surtout, on saura qu’il n’est pas à la hauteur des défis de son ministère. A partir de cet instant, il faut que tout le monde se mette en tête qu’un jour viendra où chacun sera dans l’obligation de se faire justice.

Lorsque les frustrations atteignent un certain seuil, sans que la justice et le droit ne soulagent les souffrances des uns et des autres, le citoyen n’a plus rien à perdre. A ce moment-là, et dans cette situation de ras-le-bol du citoyen, ce sont les tenants du pouvoir qui ont des choses à perdre.

Un homme averti en vaut plusieurs !


Conakry, le vendredi 26 octobre 2012

Mamadou Barry
Analyste financier

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