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Le requiem pour la CENI en Guinée

Bah Oury  Dimanche, 21 Octobre 2012 14:31

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BAH_Oury_6_01L'adoption par le CNT de la loi relative à la recomposition paritaire de la CENI marque un pas décisif pour le contrôle de l'ensemble du processus électoral par le régime d'Alpha Condé. En effet, la stratégie qui a permis à une commission ad-hoc composée de représentants du patronat, du Conseil économique et social, d'une ONG féminine pro-gouvernementale et du CNT, de proposer sur mesure trois schémas de sortie de crise assortis d'une recommandation expresse que le chef de l'Etat est « souverain » d'en choisir un, a ouvert un boulevard pour la domestication complète des institutions issues de la transition (CENI, CNT).

Cette loi sur la CENI, au lieu de tirer les leçons de la faillite de l'organisme qui porte la responsabilité des échecs des élections présidentielles et de la non-organisation des élections législatives voilà maintenant près de trois ans, a accentué par des dispositions iniques la mainmise totale de la CENI par l'exécutif. Comment en est-on arrivé à ce point ?


A ‒ Les intentions de messieurs Alpha et Alassane Condé, respectivement chef de l'Etat et ministre de l'Administration du territoire étaient connues dès leur installation au pouvoir, à savoir anéantir l'indépendance d'une CENI fortement écornée par les affairismes en son sein et l'organisation calamiteuse des consultations présidentielles. La méthode est simple : dans un premier temps, violer la Constitution et les textes fondamentaux de la République. C'est ainsi qu'une entente signée par Lousény Camara et le ministre Alhassane Condé scelle la mise sous tutelle de cet organisme chargé d'organiser toutes les consultations électorales et à qui la Constitution du pays confère une totale indépendance. Ni la Cour suprême qui joue le rôle de Cour constitutionnelle, ni le Conseil national de la transition (CNT), en charge de la supervision de la transition, ne s'émeuvent devant ce coup d'Etat institutionnel. En plus pour s'arroger le contrôle de tous les leviers devant s'impliquer dans l'organisation des élections, des délégations spéciales issues du RPG-Arc-en-ciel sont installées dans les principales communes du pays au mépris du Code des collectivités publiques. L'objectif ultime est la « confection » d'un nouveau fichier électoral pour rejeter celui conçu par la Sagem au profit d'un autre qui lui permettra de manipuler les prochaines consultations électorales sans que des preuves irréfutables ne puissent prouver les fraudes et les tricheries.


B ‒ L'opposition tétanisée par la défaite aux présidentielles reste passive hormis la circulaire de l'UFDG de la mi-juillet 2011 appelant « à la mobilisation générale contre la dérive dictatoriale de la gouvernance d'Alpha Condé » que j'avais signée en tant que président par intérim du parti. Par la suite, les arrestations arbitraires de civils et d'officiers militaires sous le prétexte fallacieux de leur implication dans « l'attaque contre le domicile privé du chef de l'Etat » le 19 juillet 2011, neutralisent des forces susceptibles de s'opposer à l'effacement des acquis démocratiques. Là aussi, au lieu de mettre avant les combats pour le respect des droits de l'homme et la primauté du droit sur les violences extra-judiciaires du pouvoir, l’indifférence coupable des acteurs politiques et sociaux facilite la stratégie gouvernementale. En face des manœuvres, planifiées, systématiques et déterminées d'une gouvernance hors-la-loi, l'opposition appelle à des manifestations pacifiques pour exiger « un dialogue politique avec le pouvoir ». Ces manifestations seront violemment réprimées avec plusieurs morts, des blessés et des centaines d’arrestations. Ce combat inégal s'assimile au duel du pot de fer contre le pot de terre.

Il n'est donc pas étonnant, à l'aune de la durée, que le ministre de l'Administration du territoire soit devenu de fait le personnage central de la composition de la CENI. L'absence de dispositions réglementaires permettant de définir les critères assurant à un parti politique en fonction de son poids politique et de sa représentativité nationale d'indiquer le nombre de postes de commissaires auxquels il pourrait avoir droit, permet de placer M. Alhassane Condé comme arbitre, en dépit de ce que cela soit une violation de la constitution. Par ailleurs, la non-prise en compte de l'examen de l'honorabilité des proposés par la mise en place d'un jury hautement qualifié dont les audiences seront publiques et qui a le pouvoir de récuser les postulants qui ne rempliraient pas les critères pour être membre de la CENI conformément aux textes organiques de l'institution, nous amène à reconduire les fautes de la précédente équipe. Dans cette optique les choix seraient responsables et rationnels et chaque commissaire serait tacitement lié à un contrat moral et de confiance au parti dont il est issu.

Ces deux manquements annoncent une crise mortelle pour le processus électoral en Guinée. Les effets dévastateurs sont déjà visibles :

Le nouvel épisode de la vie de la CENI ruinera pour longtemps l'idée de la constitution d'un organisme indépendant capable d'organiser des élections crédibles, inclusives et acceptées de tous. Les populations qui n'ont ménagé aucun sacrifice (plus de 600 morts lors de manifestations pacifiques ces cinq dernières années) sombrent dans le désespoir et la misère, car jusqu'à présent les acteurs politiques, sociaux et militaires, n'ont pas encore réussi à rendre possible le rêve des Guinéens d'être unis et réconciliés dans un pays stable, prospère et qui consacre l'autorité de la loi.


20 octobre 2012

Bah Oury
1er vice-président de l'UFDG


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