Mamadou Barry Vendredi, 19 Octobre 2012 13:46
Près de deux ans après avoir pris les affaires publiques en main, le président de la République a toutes les peines du monde à mettre un pied devant l’autre dans la réalisation de ses priorités qui sont :
Il semble bien que la réussite ne soit pas au rendez-vous dans ces trois domaines. Mais, il est quand même important de souligner qu’une priorité ne se définit pas une fois aux affaires, mais bien avant à travers un projet qui définit non seulement le problème et le contexte, mais aussi et surtout, propose la solution et en évalue le coût. En effet, il ne s’agit pas de dire en campagne : « Je vais faire ceci, je vais faire cela ! »
Pour une meilleure concrétisation des promesses de campagne, une des meilleures méthodes, surtout pour ce qui est de la situation de la Guinée qui sort de plus de 50 ans de désordre, est l’organisation d’états généraux pour faire le point de la situation et surtout des politiques en vigueur depuis dans le pays. Pour ce faire, il est important d’impliquer certes les acteurs et spécialistes du secteur d’activité, mais également, les acteurs indirects et les bénéficiaires, sous le couvert de la société civile. Ainsi, les techniciens proposeront, les bénéficiaires jugeront et les consommateurs évalueront les actions sur le terrain.
Ces états généraux n’ont jamais vu le jour pour une quelconque évaluation, les actions sur le terrain ne pouvaient donc que ressembler aux précédentes, et on en voit les résultats aujourd’hui avec tout le gaspillage que cela implique en matière de coûts et d’énergie.
L’objet de cette réflexion n’est pas de décortiquer ces trois priorités qui le seront dans de prochaines livraisons. Mais avant de s’attaquer à la troisième priorité, il est important, chers lecteurs, de prendre le temps de donner ma vision, peut-être naïve d’une gestion publique.
Pour ce qui concerne l’autosuffisance alimentaire avec une implication dans l’agriculture comme moteur de cette volonté, il aurait été important de voir, dans le cadre de la diversification alimentaire, le type de produits à soutenir. A ce niveau, durant les deux campagnes passées, tout l’accent a été mis sur la production de différentes variétés de riz et rien d’autre. Est-ce la bonne méthode de ne se concentrer que sur le riz alors qu’il y a aussi du potentiel sur le mil, le sorgho ou autre fonio, sans oublier les tubercules.
Une fois ces types de cultures identifiés, il est nécessaire de définir les sols à utiliser pour ces cultures. A ce niveau, il avait été écrit de voir nos régions non pas comme des regroupements ethniques ou communautaires, mais comme des pôles de développement. S’il est établi que le manioc se produit mieux en Haute Guinée qu’en Basse Guinée, il est obligatoire de respecter ce potentiel. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le principe de base des «avantages comparatifs »
Après l’identification des cultures, il faudrait passer à la viabilisation des terres qui passe par la maitrise de l’eau, les différents aménagements, la formation, la mise à disposition des techniques et des outils, puis la distribution de semences.
Bien évidemment tout ceci doit se faire dans un calendrier cohérent et rigoureux pour une meilleure rentabilité.
En ce qui concerne la gratuité de la césarienne, cette annonce a été faite dès son arrivée aux affaires sans que le candidat-président n’ait eu auparavant la possibilité d’évaluer cette promesse, afin de la rendre effective. En effet, si officiellement la césarienne est gratuite dans nos centres hospitaliers, il est important de dire que tout ceci est un grand parcours du combattant pour nos mères, filles et épouses. Conséquences, l’efficacité de cette gratuité est diluée dans les difficultés quotidiennes au sein même de ces centres. Là aussi, il aurait fallu de la méthode et de la rigueur.
Le premier acte était de savoir quels sont les centres qui pratiquent effectivement la césarienne. Est-ce simplement les CHU, donc de Donka et Ignace Deen, ou bien tous les centres médicaux communaux de la capitale, ainsi que les hôpitaux préfectoraux ?
Après cette identification des lieux de césarienne, il est primordial de se baser sur des statistiques, afin de mettre en valeur l’existant :
Voilà des questions élémentaires et de bon sens qui devraient être posées avec des réponses positives avant de promettre une quelconque gratuité. En effet, il ne sert à rien de dire tout haut, gratuité de la césarienne si une fois à l’hôpital, la patiente doit payer tout le nécessaire pour s’en sortir.
Ceci est juste ma conception de ce qui devrait être fait par le Président de la République pour faire de ces promesses de campagne et autres priorités de son quinquennat, une réalité sur le terrain. Mais aujourd’hui ; force est de constater que ces deux priorités n’ont pas été atteintes. Conséquence, les deux Ministres concernés perdent leur postes, ceci entraînant certainement cela ou simple coïncidence !
Revenons maintenant plus en détail sur l’objet de cette réflexion qui est la réforme des forces de défense et de sécurité de Guinée. Il faut rappeler que cette volonté n’es pas venue d’Alpha Condé, mais bien avant et surtout depuis le massacre du 28 septembre. En effet, il faut se souvenir des propos de Dadis à l’époque : « Ces éléments sont incontrôlables, je suis pris en otage ! » Il faut aussi se souvenir que le gouvernement de transition avait 2 missions principales :
Les choses ont donc commencé avec Sékouba Konaté et se poursuivent sous la gouvernance d’Alpha Condé. Mais si nous sommes tous d’accord sur ce besoin de restructuration ou de réforme, il est crucial de se dire que la méthode, encore une fois laisse à désirer. En effet, restructuration ou réforme ne veut pas dire renvoi de militaire dans les casernes et disparition d’armes lourdes ou encore mise à la retraite de 4000 militaires simplement. Il ne sert à rien de faire rentrer les militaires dans les casernes et de les sortir sous une autre tenue dans le but de massacrer les manifestants. Il ne sert à rien de mettre officiellement 4000 militaires à la retraite pour faire revenir une bonne partie pour cause d’appartenance à une certaine ethnie. Il ne sert à rien de sortir des jeunes qui ont été recrutés à Gbantama pour les faire remplacer par des jeunes de la Casse. Il ne sert à rien de mettre de côté certains et d’habiller en civil de nouveaux-venus d’Angola.
Mais prenons le temps de mettre sur la table, tous les enjeux de cette réforme ou restructuration des forces de défense et de sécurité. Il est important que nous soyons sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la notion de « réformes ». Il s’agit d’abord et avant tout de se poser la question de savoir : de quelle forces avons-nous besoin pour la République de Guinée ? Pour répondre à cette question, prenons le temps de faire un petit tour en arrière, avec votre permission.
Abordons la question de manière générale et revenons tranquillement sur le cas spécifique guinéen. En Afrique sub-saharienne et particulièrement francophone de l’Ouest, on peut dire que l’accession à l’indépendance n’a pas fait l’objet de grandes violences avec une implication militaire. Nous avons essayé de mettre en place une armée avec des tirailleurs revenus de la grande guerre. Ce fut globalement l’armée des indépendances plus ou moins organisée et structurée suivant le bon vouloir de l’empire colonial. A cette époque et bien plus tard, l’armée était considérée par les uns comme un débouché comme un endroit pour les personnes de castes et par les autres comme un lieu pour redresser les délinquants.
C’est à partir des premiers coups d’Etat que les armées ont commencé sortir du silence et à être objet ou acteur d’instrumentalisation politique. A ce moment précis, les pouvoirs civils ont commencé à s’intéresser à la grande muette pour un plus grand souci de renversement et les pays ayant connu un coup d’Etat se sont mis à se militariser davantage. Le point commun entre les deux aura été la tribalisation, en plus de la politisation de l’armée. Le président en place, pour « sécuriser » son pouvoir, recrutait sa famille, son ethnie et sa région. La tribalisation a ainsi pris de l’ampleur.
Cinquante ans après ces indépendances, nos armées n’ont pas suivi l’évolution du monde, au point de permettre à nos dirigeants de se poser la question de savoir de quelle armée nous avons réellement besoin en général et en Guinée en particulier. Nous ne pouvons plus imaginer une guerre entre un pays et un autre de nos jours. Il peut y avoir des différents frontaliers ou des crises ponctuelles, mais jamais une guerre entre deux armées. La guerre, elle est de nos jours sur un autre terrain et la réforme de l’armée doit tenir compte de ce besoin d’adaptation aux réalités actuelles.
En effet, les guerres de nos jours ne mettent plus des hommes en face les uns des autres avec des tenues différentes. L’ennemi, de nos jours, est dans tes propres rangs, dans ta propre population, dans ta propre vie de tous les jours. Comment lutter contre cet ennemi ? Les plus grandes puissances du monde ont du mal à lutter contre ce nouvel ennemi depuis des décennies en Afghanistan, en Irak, en Somalie et en Occident même. Nous devons intégrer cette réalité dans nos réformes à nous pour savoir quelle armée nous allons mettre en place.
C’est justement cette menace de la nouvelle guerre contre la drogue, le grand banditisme, le terrorisme et l’islamisme, qu’il va falloir se préparer et bien préparer à mener. Nous avons à notre porte un défi au Nord Mali avec un ennemi qui a fait fuir l’armée malienne parce que non préparée à cette nouvelle guerre. Nous avons vu en Côte d’Ivoire, la défaite de l’armée parce que ne connaissant pas vraiment qui est l’ennemi. Nous suivons le mouvement du M23 en RD Congo. Nos armées conventionnelles ne sont plus adaptées à la nouvelle notion de « guerre » et nos pouvoirs devraient intégrer cette réalité dans sa vision de réforme. Il est grand temps d’en finir avec une armée tribalisée qui n’a pour activité que le massacre de jeunes, le viol de femmes et des bastonnades de vieux dans les mosquées. Il y a un ennemi qui est en face que tu ne verras pas aussi facilement parce qu’il n’est pas comme on a l’habitude de l’imaginer.
Nous avons suivi tout récemment le renvoi de 25 ressortissants maliens qui sont rentrés en Guinée, qui ne se sont pas fait enregistrés à leur ambassade et qui tiennent des réunions secrètes. Quand moi, je vais à Dakar ou à Bamako, je ne vais jamais à l’ambassade de Guinée pour me faire enregistrer. Quand je tiens des réunions politiques ou de famille, je n’informe jamais le ministère de l’Intérieur. Mais cela ne fait pas de moi un islamiste ou un terroriste. Il faut encore une fois que nos forces de sécurité et de défense fassent preuve d’un minimum de discernement pour ne pas faire du n’importe quoi au nom de la sécurité nationale. Il faut aussi savoir que la réciprocité existe en matière de diplomatie. Si la Guinée expulse des ressortissants maliens sans une rigueur dans l’objectivité, les Maliens en feront de même pour des ressortissants guinéens, de la même manière.
Il faut se rappeler que nous n’avons pas besoin de voir le pouvoir en Guinée instrumentaliser cette histoire de Maliens pour restreindre les libertés des uns et des autres et donner carte blanche aux forces de sécurité et de défense de remettre les barrages à tous les niveaux, et d’avoir le droit de visiter les maisons et de réquisitionner tout ce qu’ils veulent au nom de la sécurité nationale.
Le constat en matière de restructuration des forces de sécurité et de défense est amer et au même titre que les deux premières priorités, cette dernière non plus n’est pas en mesure d’être atteinte parce que de nouveaux défis font surface et rien ne nous met sur le bon chemin.
On peut dire que face à ces trois échecs d’Alpha Condé, les deux premières priorités ont perdu les ministres concernés pour certainement manque de résultats. Il en est de même pour celui de la Sécurité.
Au fait, qui est ministre de la Défense ? Je ne dis pas ministre délégué, je dis bien ministre de la Défense. Il me semble bien que c’est le commandant en chef.
Monsieur le Président, vous devez donc tirer toutes les conclusions de votre politique après deux ans de pouvoir.
Conakry, le jeudi 18 octobre 2012
Mamadou Barry
Analyste financier