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Sauvez-moi de la volte-face guinéenne
Moussa Bella Barry Samedi, 22 Septembre 2012 20:38
Le président guinéen veut montrer qu’il a appris, changé. Désormais il se veut différent, car il est devenu un président qui a acquis et muri par une certaine expérience du pouvoir. Il veut être vu comme un démocrate. C’est ce qui explique sa conduite récente. Le président de la République déclare lors du forum économique de Guinée de ce mois de septembre 2012 ce qui suit : « je vais être clair. La tenue rapide d’un scrutin juste et transparent est indispensable pour notre transition démocratique, ..., ces élections sont un test majeur pour notre jeune démocratie... ». Cette déclaration augure-t-elle du courage et de la force de renverser la vapeur pour aller vers des élections libres, transparentes et inclusives? Gardons l’œil dessus pour nous assurer que cela n’est pas un simple effet d’annonce.
Toutefois cette déclaration du président est d’autant plus surprenante que cette estime présidentielle se passe après un immobilisme de plus d’un an ; toutes les tractations auprès du régime pour réconcilier les positions de l’opposition et celles du pouvoir ont été infructueuses, à présent il reconnait la nécessité d’éviter le blocage. Ce pouvoir ne pouvait-il pas nous faire l’économie d’une telle volte-face ? Vous conviendrez avec moi que l’exécutif n’a pas effectué un travail solide dès le départ. Au départ, les questions fondamentales pour aller aux élections n’ont jamais été posées, et encore moins répondues. Par exemple comment résoudre les épineuses questions relatives à la représentation paritaire à la CENI et à la révision du fichier électoral ?
Le président Condé est bien un personnage inhabituel du paysage politique guinéen. Avec l’épithète élogieuse d’opposant historique, sa personnalité est sujette à une discussion soutenue entre Guinéens. Les Guinéens mènent une controverse passionnée sur la vision politique et les nombreuses actions du président, à savoir, si son actionnisme réussit ou pas, ses prises de position politique sont guidées par des objectifs suprêmes ou par l’intérêt tactique, ou s’il faut le regarder comme démocrate ou déjà dictateur, ou en tant que les deux ou rien des deux.
Cependant tout le monde reste unanime que l’art de manouvrier politique du président est avéré (voir ses multiples alliances politiques, voire déclarations fracassantes ...).
Le motif d’être sur les barricades partout ailleurs et aussi en Guinée est le manque de dialogue entre les acteurs politiques. L’irrespect de la loi par les pouvoirs publics est contagieux pour le citoyen et implique aussi l’affaiblissement des institutions. Et bien sûr, ce régime ne peut pas corriger en si peu de temps tous les gâchis des décennies de mal-gouvernance et de mauvais comportement. Soit ! Personne ne demande l’impossible au régime Condé. Mais comment ce régime, qui se dit du changement, peut-il manquer aujourd’hui de volonté pour aller contre l’usage établi de mal-gouvernance et des mauvais comportements des forces publiques ?
Nous sommes champions de la volte-face ! Depuis quelques années, la Guinée est en transition. Beaucoup de Guinéens se réclament démocrates, mais les exigences démocratiques sont méprisées par plus d’un. Or, la représentation démocratique commence obligatoirement par des scrutins libres et justes, inclusifs et transparents.
Avant les événements fâcheux de Zowota, il y en a eu malheureusement d’autres. Ce n’est pas la première fois que je m’étonne de la volte-face de mes concitoyens. Pour être sincère, je m’étonne à longueur de journée de la vitesse du changement de foi du Guinéen. Les appréciations opportunistes du politique et du simple citoyen, l’énorme degré de violence des forces publiques m’étonnent.
Le politicien guinéen m’étonne. Après la première République et le pouvoir kaki, il y a eu une élection plurielle sensée instaurer les bases démocratiques en Guinée. Beaucoup, comme moi, se disaient géniaux. Enfin une perspective démocratique en Guinée ! Pourtant que constate-t-on ? Des clous ! Bien que le politicien guinéen se soit engagé, devant l’opinion nationale et internationale, de cultiver la doctrine démocratique en Guinée. Elle aurait aussi pu l’être, s’il n’y avait pas eu une volte-face permanente des acteurs politiques
Je m’étonne de la volte-face de ce citoyen avec qui je partage ma concession et ma maison, avec qui j’ai un lien de sang ou d’alliance familiale séculaire. Ce même citoyen qui est jusqu’à maintenant mon convive me découvre subitement en tant que pullo, kissi, sosso, kpele, maninka, ..., il ne me souhaite que décadence et privation à cause d’un pouvoir oligarque qui ne lui profitera jamais individuellement, mais il me déteste au motif qu’il est d’une autre communauté que la mienne, ou parce qu’il prétend être du clan des oligarques au pouvoir. C’est une vision maléfique du pouvoir !
Je m’étonne de l’ignorance de la configuration sociale de notre société par nos princes décideurs dans les nominations partisanes, népotistes et clientélistes, dans les corps de l’Etat, ces nominations ne se basent sur aucun critérium rationnel (responsabilité, compétence, probité morale et intellectuelle, ...) je m’étonne de ces forces publiques qui abusent et massacrent leurs propres citoyens au lieu de les protéger. Je m’étonne au quotidien de l’impunité totale pour les atteintes à l’intégrité psychique et physique du citoyen, et à la destruction de biens des citoyens, et que celles-ci soient cautionnées par des institutions sensées les protéger.
Je vous demande ! Est-il méprisable et dénigrant, est-ce une subversion que de se lever contre ces imperfections de notre société ? Ces défauts ne peuvent-ils pas être sujet de passion, voire de colère ? Comme vous le savez ces excès ont engendré et engendrent encore de la division et des souffrances, des frustrations en cassant des carrières et contaminant des amitiés.
Sauvez-moi de la volte-face guinéenne par un ensemble de principes et de valeurs sur lesquels repose notre démocratie en gestation, sauvez-moi par l’organisation rationnelle des normes et structures sociales qui assurent la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général, et nous affranchissent de la dictature communautariste instaurée comme mode pour se faire une opinion.
Moussa Bella Barry
Commentaires
Je vois déjà nos jeunes extrémistes, que je comprend par ailleurs, qui vont rageusement me noter et me critiquer négativement, mais leur éducation et leur culture est différente de la mienne et ressemble beaucoup a celle de mes enfants tous adultes avec qui je discute en profondeur et donc je les comprend.
De toutes façons nous voulons tous la même chose : une Guinée (unie ou fédérale) prospère et développée...
Je suis d'accord par contre sur une chose avec eux: si on te gifle sur la joue droite ne tend pas l'autre joue. Il faut tendre des guet-apens a ces maudits gendarmes et policiers qui pénètrent dans les concessions pour faire des exactions et des arrestations. Une raclée mémorable, "comme il faut", 1 ou 2 fois et ils ne recommenceront jamais cette petite aventure partout en Guinée. A planifier et bien organiser...








