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Le temps de l'indignation : l'assassinat du colonel Issiaga Camara
Bah Oury Samedi, 08 Septembre 2012 14:43
Traumatisée par plus de cinq décennies de violences politiques et de mauvaise gouvernance, la société guinéenne a perdu sa capacité d'indignation devant l'injustice criarde qui la gouverne.
Emprisonné depuis décembre 2008 par le CNDD, le colonel Issiaga Camara, aide de camp et neveu de feu le général Lansana Conté, a payé ainsi sa fidélité. Cet emprisonnement a été reconduit par M. Alpha Condé, nouveau chef de l'Etat, sous le prétexte fallacieux que le colonel Camara est impliqué dans ce que la presse nomme « l'affaire du 19 juillet 2011 ». En juin dernier, les juges de la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Conakry rendent un non-lieu en sa faveur ainsi qu'en celle de quatorze (14) autres de ses compagnons d'infortune. Courroucé, M. Alpha Condé, à travers le parquet, interjette appel auprès de la Cour suprême. Celle-ci rend son arrêt le lundi dernier 3 septembre 2012 en invalidant la décision de non-lieu en faveur des quinze innocentes victimes et prolonge ainsi leur privation de liberté. Le colonel Issiaga Camara, devant cette injustice supplémentaire, affaibli par des années de prison et de tortures, n'a pas pu résister. Il est mort, loin des siens, faute d'assistance médicale appropriée le mercredi 05 septembre 2012.
Un innocent est mort en prison sans jamais avoir été formellement condamné par la justice. Ceci s'apparente à une exécution à mort extra-judiciaire car, malgré les demandes incessantes de sa famille, il n'a pas bénéficié de la part des autorités guinéennes d'une assistance de personne en danger. La Cour suprême domestiquée par le pouvoir exécutif s'est rendue coupable de forfaiture.
Dans des circonstances analogues, un autre prévenu, Thierno Soufiana Diallo, s'est éteint en prison le 18 janvier dernier des suites des séquelles des tortures qu'il a subies.
Ces deux morts nous jettent à la figure notre boueuse histoire collective faite de sang et de larmes de milliers de nos compatriotes. Aucun des régimes qui se sont succédé au pouvoir à Conakry n'ont fait exception face à cette terrible tragédie. Dans le silence et l'indifférence du plus grand nombre, des femmes et des hommes souffrent et meurent tout simplement parce que les dirigeants du moment l'ont décidé ainsi. C'est ainsi que nous avons eu le Camp Boiro, la déchirure du 04 juillet 1985, la destruction de Kaporo-rails en 1998, le massacre du 22 janvier 2007, la barbarie du 28 septembre 2009, le pogrom en Haute-Guinée entre les deux tours des élections présidentielles de 2010 et la tuerie de Zogota le 3 août dernier. Il est impossible de citer toutes les péripéties où le sang de paisibles citoyens a été versé du fait de la responsabilité de l'Etat. A chaque fois, après quelques larmes de crocodile et de vaines incantations de « plus jamais ça ! », le pouvoir responsable de ces malheurs reste impuni car l'indignation nationale n'est pas assez forte et large.
Le gouvernement guinéen ayant pris conscience tardivement que l'indignation et la colère populaires ne font que grossir, a décidé de décréter le vendredi 07 septembre 2012 comme « journée de deuil national pour les naufragés de Kassa et les morts de Zogota ». Dans tous les pays du monde, des accidents et des catastrophes peuvent survenir, mais les 34 morts noyés aux larges de Conakry, sans que tous les moyens de l'Etat n’aient été mobilisés pour secourir les naufragés, pointent du doigt la responsabilité des pouvoirs publics. L'absence de moyens dédiés à la protection civile et l'inexistence d'infrastructures de transports adéquates entre les îles Kassa et Conakry, font que les insulaires et les pêcheurs sont à tout moment en insécurité. La catastrophe de Kassa n'a pas malheureusement suscité dans le pays l'indignation qu'elle mérite.
Il en est de même des dizaines de morts du choléra dus à l'insouciance avec laquelle cette épidémie est gérée alors que les causes sont connues : insalubrités du fait de la mauvaise gouvernance et de l'incompétence de l'administration territoriale, totalement phagocytée par l'appareil politique d'Alpha Condé. Là aussi nous assistons sans réagir de manière adéquate à la propagation de la maladie et sa cohorte de morts et de deuils.
S'indigner c'est refuser de considérer que le déclin de notre pays, l'expansion de la misère et les tueries opérées par et au nom du pouvoir actuel, est une fatalité. S'indigner c'est refuser que le mensonge soit érigé en système pour piller et détruire ce que nous avons de plus précieux : notre conscience nationale et notre humanité. S'indigner c'est pouvoir construire un pouvoir alternatif en mesure de répondre aux attentes et aux aspirations des populations. S'indigner c'est avoir foi en l'avenir de la Guinée.
La violence engendre la violence et la haine nourrit la haine. La gouvernance d'Alpha Condé doit s'en souvenir pour faire libérer les innocentes victimes qui croupissent en prison de par sa seule volonté, et arrêter de martyriser davantage nos concitoyens.
Enfin je suis profondément indigné par la mort du colonel Issiaga Camara. A sa famille, à ses proches et à ses compagnons de captivité, votre souffrance et votre tristesse sont aussi les miennes.
Que l'âme du défunt repose en paix. Amen!
Le 07 septembre 2012
Bah Oury
1er vice-président de l'UFDG
Commentaires
A mon humble avis , Le Problème GUINEEN n' est pa ETHNIQUE !
Si vous prenez la SOMALIE , ils sont labas , tous SOMALIS , et pourtant il n' y a qu ' a un peu observer pour voir tous les problèmes qu' ils ont , depuis le " départ " de SIAD .
De l' autre cote , prenez le Senegal ! Même peuplement que le notre .
Je crois qu' il plutôt ÉCONOMIQUE notre PROBLÈME . Le jour ou la PAUVRETÉ reculera , on parlera moins d' appartenance ethnique .
Ça je le parie 100 contre 1 ! Pensons-y !
Bien a vous !
Sans me substituer au démocrate Sylla, je vous rappellerai que ce n'est pas pour rien que les sages disent souvent: "Itan Khî Sabari!" Si les questionnements et arguments-conseils de votre posting sont tout à fait pertinents à mes yeux, je crois qu'il faut cependant se garder de verser dans les excès inhérents aux commentaires. Car, même si le "leader principal de l'opposition" n'assume (peut être) pas (toujours)son job comme il se devrait, on ne peut pas vous laisser insinuer que CDD puisse être complice ou au service du pouvoir d'AC, comme d'autres Peuhls que vous citez à juste titre, par ailleurs.
Dans cette analyse somme toute "de politicien courageux" que nous livre Bah Oury, j'aurais surtout voulu qu'il condamne avec véhémence l'imposture politique qui se cache derrière l'initiative de regroupement de deux évènements catastrophiques - qui n'ont aucune corrélation possible -, en les célébrant officiellement ENSEMBLE le 7 septembre 2012. Si AC est proprement incompétent en matière de gouvernance, nous le verrons CONSTAMMENT s'avérer une vraie redoutable "anguille politique" rompue à TOUT l'art de manipuler son monde pour duper l'opinion publique. Bien à vous!
Je ne plaiderai pas pour un Nouhou Tiam , car ils sont ceux qui ont mis Alpha au pouvoir sous l autorite de Sekouba.
Concernant Issiaga Camara , qu on se refere au verset cite plus haut.
Qui est chef d’état-major général des armées ?
Qui est chef d’état-major de la gendarmerie nationale ?
Qui est président du CNT ?
Qui est ministre de la justice ?
Qui est leader principal de l’opposition ?
Faites gaffe aux soussous ! Ok ?
Je pouvais vous comprendre si entant que soussou, vous vous engagiez à dénoncer vos parents soussous qui cautionnent la dictature d’Alpha, mais en les nommant car ils sont presque tous connus, et poussiez les autres communautés à faire la même chose. Mais se limiter à des affirmations confusionnistes, n’arrange pas. N’ayez peur de personne, soyez honnête quand il s’agit de la guinée, car ce pays nous appartient à tous et surtout, n’écrivez pas pour faire plaisir à qui que ce soit.
Salut.
Mohamed Sadibou Camara.
Il faut avoir beaucoup de ressources morales pour avoir foi en l'avenir de la Guinée.
Trop de criminels, trop de crimes, trop de victimes et jamais de coupables. C'est extrêmement douloureux...
Concernant la mort du colonel Issiaga, c'est vraiment regrettable de ce qui lui est arrivé, et ça prouve aussi qu'Alpha Condé est tout sauf démocrate, mais en même temps, on le dira jamais assez, tous ceux qui tournent autour d'un pouvoir, parents, amis ou connaissances, doivent savoir absolument que Dieu ne dort pas .








