Le régime du président Alpha Condé ou le dernier épilogue de la mal-gouvernance cinquantenaire guinéenne

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BARRY_Alpha_O_01Je lançais par lettre ouverte, le 2 août 2012 dernier, un appel à Hadja Rabiatou Serah Diallo. Je l’exhortais à assumer un rôle d’arbitre dans l’actuelle crise politique guinéenne. Elle semble avoir plutôt accepté le rôle d’auxiliaire du pouvoir exécutif. C’est dommage, mais espérons pouvoir la ramener à la raison et au service de la Guinée toute entière.

Le président Alpha Condé a su avec son aide sauver la face dans sa reculade face aux exigences de l’opposition par rapport à la CENI.

La procédure adoptée est encore une violation de la constitution et de la séparation des pouvoirs mais le véritable piège se situe ailleurs, car le pouvoir a réellement fait des concessions.

L’opposition risque d’apparaître, si elle s’enferme dans un rejet en bloc du projet de la nouvelle loi sur la CENI, comme l’obstacle à une évolution du processus électoral. Elle devrait plutôt se saisir de ce projet de loi et essayer de l’améliorer de ses propres apports. Il suffirait à mon avis d’exiger la possibilité de désigner:

  • librement au sein du Collectif, de l’ADP et des blocs politiques opposés sincèrement à une nouvelle dictature en Guinée, leurs neuf (9) représentants ;
  • un (1) représentant du centre pouvant être attribué d’office à l’ADP qui se réclame de ce courant politique et s’y était fait enregistrer lors du dernier dialogue politique ;
  • deux (2) représentants de la société civile en contrepartie de la désignation par le gouvernement des deux (2) représentants de l’administration du territoire.

Une personnalité de la société civile de moralité et d’intégrité reconnues par tout le monde pourrait être désignée par un consensus pouvoir/opposition comme troisième représentant de la société civile et président de la CENI.

***

L’opposition devrait dans le choix de ses représentants à la CENI faire preuve de rigueur. Cette institution est d’une importance capitale dans la poursuite de la construction démocratique en Guinée. Le militantisme devrait, dans le choix de ces représentants, céder le pas à la compétence et à l’intégrité.

Nous devons tous tirer les leçons des hypothèques posées sur la transition et le processus électoral par l’incompétence et la corruption de l’actuelle CENI et faire tout pour tirer la nouvelle institution vers le haut. Il n’est quand même pas impossible de trouver parmi les dix (10) millions de Guinéens, vingt-cinq (25) ayant toute la compétence avec une moralité et un patriotisme irréprochables.

La reculade bien camouflée sur la CENI ne signifie en rien que les exigences énumérées ci-dessus s’obtiendront sans une lutte acharnée. L’autre piège est de focaliser les débats sur la parité au sein de la CENI, quasiment assurée selon le schéma proposé ci-dessus et perdre de vue les autres points essentiels :

  • les démembrements de la CENI et autres CARLE à l’image de la configuration de la CENI nationale ;
  • l’audit et la révision du fichier électoral ;
  • la résiliation des contrats de Waymark et de Sabari Technologies et la désignation d’un nouveau partenaire technique ;
  • et le vote de la diaspora.

Le président Alpha Condé semble désormais prêt à aller aux élections avec ou sans l’opposition en présentant valablement à l’opinion cette nouvelle loi sur la CENI comme gage de sa bonne volonté. Le système Waymark lui garantirait, avec ou sans Lousény Camara, des résultats sur mesure.

L’opposition proclame sa capacité d’empêcher de telles élections, ainsi soit-il ! Mais elle devrait réévaluer sa stratégie et s’adapter à la nouvelle donne. Elle devrait négocier tout en maintenant la pression et refuser l’intimidation ayant pris des proportions inouïes le 27 août 2012 dernier. Le président Alpha Condé a encore, à cette occasion, prouvé qu’il est prêt à tout pour mettre les Guinéens sous sa botte.

L’opposition devrait tirer les leçons de cette journée, trouver une stratégie de débordement des forces de l’ordre et leurs supplétifs de « contre-manifestants Â».

La diaspora guinéenne devrait se remobiliser et appuyer de l’extérieur la lutte intérieure de l’opposition tout en sensibilisant les grandes capitales et les institutions internationales sur la situation du pays.

Tout porte à croire que le président Alpha Condé a utilisé pendant sa campagne le slogan « changement Â» sans y croire. Or la bataille pour le changement à laquelle il a participé et apporté une grande contribution depuis 1991 est irréversible. Il refuse à ses risques et périls d’intégrer cette réalité. Il n’accepte pas non plus l’impossibilité de gagner des élections, ou de gouverner la Guinée sans une véritable coalition dans laquelle on ne caporalise pas ses alliés.

L’opposition devrait capitaliser sur cette vision étriquée de l’histoire politique de la Guinée du président Alpha Condé. Elle gagnerait à s’ouvrir à tous les blocs politiques voulant sincèrement éviter une nouvelle dictature en Guinée, notamment le FDP de Baadiko. Elle devrait même établir le dialogue avec le CDR de Jean Marie Doré et Kassory et tous ceux de l’Arc-en-ciel qui refusent le diktat du RPG et veulent exister et avoir leurs députés à l’Assemblée.

L’objectif est d’éviter une majorité RPG-Arc-en-ciel à la prochaine Assemblée nationale en associant toutes les bonnes volontés.

L’essentiel est d’amener tous les acteurs politiques à prendre la mesure du risque réel d’une nouvelle dictature en Guinée et de l’empêcher en refusant la majorité au président Alpha Condé à la prochaine Assemblée. Il a donné toutes les preuves de son autoritarisme et de sa volonté d’écraser tous les contre-pouvoirs.

Mais le contrôle de l’Assemblée ne devrait en aucun cas servir de moyen d'empêcher le président Alpha Condé de jouir de ses prérogatives de chef de l’État. Cet enjeu est l'envers de la crise politique actuelle. L'opposition devrait, dans ses discours et actes, en tenir compte. Le problème guinéen dépasse la personne d’Alpha Condé. Il s’agit en fait d’une gouvernance dont il faut se débarrasser. Le seul départ d’Alpha Condé, comme tout récemment celui de Dadis, et hier le décès de Conté, avant-hier celui de Sékou, ne résoudrait rien.

***

L’idéal serait la formation d’un gouvernement d’union nationale après l’élection du parlement. Une collaboration de toute la classe politique garantirait la paix sociale et une meilleure chance de relever les défis de la rupture avec la mal-gouvernance cinquantenaire guinéenne.

Ce gouvernement et les nouveaux députés engageraient, au sein de la nouvelle Assemblée nationale fonctionnant de fait comme une constituante, les débats fondamentaux sur:

  1. la réforme et la détribalisation des forces de défense et de sécurité ;
  2. la réforme, la professionnalisation et l’équilibre régional de l’administration ;
  3. la réforme de la justice, la lutte contre l’impunité et la réconciliation nationale ;
  4. un projet de société, une vision Guinée 2040 ;
  5. une réforme constitutionnelle en prélude d’un référendum et d’élections générales en 2015.

Mais en raison de l’expérience des 20 derniers mois et de l’acharnement du président Alpha Condé à gouverner comme ses prédécesseurs, il est permis de douter d’une telle perspective. Il est capable de nous pousser vers un ultime épilogue de la mal-gouvernance cinquantenaire guinéenne et de notre récurrent destin manqué.

Je réitère mon appel à Hadja Rabiatou Serah Diallo. Elle a encore le temps de se ressaisir, d’user de son autorité morale acquise pendant la révolution de janvier-février 2007 et de l’accord de Ouagadougou établissant sa légalité, et d’en appeler à l’aide de la CEDEAO pour jouer son véritable rôle de contre-pouvoir au président de la République et d’arbitre dans la crise politique actuelle.

L’état actuel de fragilité et de polarisation du tissu social guinéen recommande un accompagnement du pays par la communauté internationale dans son cheminement vers une rupture avec sa mal-gouvernance cinquantenaire, ses démons et son passé tragique et tumultueux.


Alpha O Barry


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