Moustapha Diallo Jeudi, 30 Août 2012 21:25
Les combats menés par le peuple de Guinée dans les années 2006 et 2007 contre la dictature de Lansana Conté et 2009 contre la velléité de Dadis Camara d’instaurer une nouvelle dictature militaire, avaient revêtu deux aspects d’une portée inestimable. Le premier est celui de l’obtention d’acquis significatifs dans la promotion du dialogue inter guinéens et du processus de démocratisation, et le second fut celui d’avoir montré que la Guinée était une nation dont les fils et filles étaient capables de se lever comme un seul homme pour défendre leurs droits.
Ces combats qui avaient exigé de sacrifices énormes avaient permis néanmoins de poser les jalons d’un processus de démocratisation de notre pays et redonné l’espoir au peuple der voir ses droits respectés et ses conditions de vie améliorées.
Malheureusement la prise effective du pouvoir par Alfa Condé au lendemain de la fusillade qui a mis le capitaine Dadis hors d’état de nuire avait anéanti d’un revers de la main tous ces acquis obtenus au prix de tant de vies humaines et brisé le rêve de tout un peuple de vivre libre et épanoui. Il faut dire clairement que le départ de Dadis et l’instauration du processus de la transition miné à l’avance avaient donné les mains libres à Alpha Condé et lui avaient ouvert toutes les portes pour réaliser ses basses œuvres en vue de s’accaparer du pouvoir. Il l’avait clairement dit que l’essentiel pour lui était qu’il aille au second tour pour être élu président de la République. Ainsi il réussit à pervertir et à assujettir à sa cause tous les organes de la transition, notamment la présidence de la transition, la primature et la CENI ainsi que la Cour suprême et les forces de sécurité. Et plus grave il se livra à la manipulation et à l’incitation à la haine ethnique et régionaliste, poussant le cynisme jusqu'à envisager la création de la coalition des trois composantes de la nation contre les Peuhls avec le mot d’ordre « jamais un Peuhl au pouvoir ». Il ira jusqu'à concocter une intoxication contre ses propres militants et accuser les Peuhls en vue d’inciter à la violence contre ceux-ci.
Il ne faut pas cependant se leurrer, car AC ne méprise pas que les Peuhls, mais tous les Guinéens sans distinction aucune. Son acharnement contre les Peuhls s’explique par le fait qu’il voit cette communauté comme un facteur très gênant à son ambition d’usurper le pouvoir et instaurer la dictature, étant donné que cette communauté se laisse moins assujettir à la manipulation politicienne. Son indulgence vis-à-vis des autres communautés n’est rien d’autre qu’un opportunisme politique qui lui permet de les utiliser pour neutraliser ce qu’il considère être la véritable entrave à son ascension politique, notamment l’UFDG et les Peuhls. Mais c’est un adepte naturel de la haine et de la violence.
De par ses agissements, la Guinée est aujourd’hui sérieusement menacée dans son existence en tant que nation. La cohésion sociale est fortement entamée et les différentes communautés se regardent en chiens de faïence avec un danger réel d’explosion de violences intercommunautaires. Ces risques d’implosion sont également accentués par la misère généralisée résultant d’une gouvernance caractérisée par l’improvisation et d’un amateurisme ahurissant. Une gouvernance qui magnifie l’incompétence et la médiocrité, et institue la dictature, la corruption, l’exclusion, le vol, le clientélisme, la stigmatisation et la répression pour ne citer que cela.
Aujourd’hui nous sommes tenus à l’évidence que la gouvernance d’Alpha Condé n’apportera jamais le changement tant réclamé par le peuple de Guinée. Au contraire, elle constitue un véritable fléau qui menace la paix sociale et les libertés individuelles des citoyens. C’est un régime criminel et dictatorial qui méprise profondément les Guinéens et qui, à défaut de vouloir et pouvoir améliorer leurs conditions de vie, est résolu à user de la violence pour les réduire au silence. Alpha Condé avait promis de reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée, ce qui d’ailleurs avait indiqué le degré du mépris qu’il voue à la Guinée et aux Guinéens. Malheureusement, il tient sa promesse et passe même maître dans sa basse oeuvre. En moins d’un an d’exercice du pouvoir les faux complots suivis de répressions féroces et d’assassinats, la répression dans le sang de tout mouvement de contestation (Zowota), la délation et l’intimidation, la création de milices ethniques au service de la répression, les arrestations arbitraires, le kidnapping et la séquestration, sont redevenus le quotidien des Guinéens.
Face à tous ces dangers qui guettent notre peuple, il est évident qu’il faut se lever et reprendre à zéro la lutte de la libération de notre pays. C’est un véritable leurre de croire que ce processus de transition engagé depuis bientôt trois ans connaitra un dénouement heureux et cela d’autant plus qu’il a été perverti et miné avant même d’avoir commencé. Alpha Condé sait qu’il n’a pas gagné la présidentielle et que par conséquent il n’a aucune chance de gagner les législatives dans des conditions transparentes et équitables, raison pour laquelle il est inutile d’attendre de lui qu’il lâche du lest.
Ceci dit, il ne sert plus à rien de continuer à mener la lutte sous sa forme actuelle, qui consiste à vouloir l’amener à accepter le dialogue franc et le compromis. D’autre part, la machine de la transition est irrémédiablement grippée et tous ses organes sont devenus caducs et inopérants.
Par conséquent le seul combat qu’il vaille de mener maintenant est celui de mettre fin purement et simplement à ce régime et mettre sur pied une nouvelle transition démocratique. Cela est urgent et primordial pour empêcher qu’il ne finisse de détruire le reste du fondement de notre nation. Pour cela toutes les forces politiques, sociales, militaires et paramilitaires, ainsi que tous les citoyens guinéens, où qu’ils soient, doivent se lever comme un seul homme, comme par le passé, et combattre par tous les moyens à bord ce régime rétrograde d’un autre âge. Il y va de la survie du peuple de Guinée en tant que nation, dans laquelle toutes ses filles et tous ses fils seront résolus à vivre ensemble dans la tolérance et l’acceptation mutuelle, et œuvrer ensemble à la création de conditions propices à un développement socio-économique profitable à tous et toutes.
Dr. Moustapha Diallo
Heidelberg, Allemangne