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Qui perd gagne

Mamadou Malhado Diallo  Mercredi, 29 Août 2012 13:43

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Chers gouvernants actuels,

Je suis scandalisé par les décisions souvent prises et mises en œuvre par certains gouvernants actuels et ce, en violation flagrante de la constitution. Je le dénonce.

Certains administrateurs pour ne pas dire tous les gouvernants actuels, particulièrement ceux de l’administration du territoire, posent des actes qui m’amènent à me demander s’ils sont pour ou contre le pouvoir de leur président, le professeur Alpha Condé (PPPAC) ? Parmi ces actes, l’interdiction de manifester et le refus d’accès exclusif aux partis politiques de l’opposition des lieux publics sont les plus courants et sont un dénominateur commun à tous. C’est le sujet d’analyse de ce papier. Si la mesure était appliquée à tous les partis politiques, la décision aurait été compréhensible mais c’est une mesure discriminatoire en violation de la constitution. Messieurs les gouvernants, il y a plein d’articles (le préambule aliéna 2, articles 1, 4, 7, 8 et 10 par exemple) de cette constitution qui sont ainsi violés. Or, la discrimination est condamnée par cette même constitution (article 4).

En agissant ainsi, non seulement les droits des militants des partis politiques qui sont des citoyens guinéens sont violés, mais aussi, vous les gouvernants ne mesurez pas les conséquences qui en découlent. Je m’en vais vous en donner quelques unes.


1. Sur le plan économique

La place publique est un domaine de l’État qui a besoin d’être entretenu. Elle appartient au peuple donc aux citoyens et non au pouvoir. La preuve est simple. Les gouvernants arrivent et s’en vont mais les places publiques et le peuple sont là. Pour son entretien, il faut de la main-d’œuvre, du matériel et de l’argent qui viennent sans doute de la poche du contribuable. En refusant l’accès à ces places publiques comme les salles de conférence, le stade, la place de l’Indépendance, etc., vous rendez ces lieux des postes de dépenses permanentes. Ces lieux ne seront donc pas des sources de recettes, de facto, générateurs des ressources nécessaires à leur propre entretien. Ceux qui peuvent et veulent payer n’ont pas accès pour des raisons politiques et ceux qui ne payent pas y ont accès et les salissent voire les endommagent. Messieurs les gouverneurs, préfets, sous-préfets, chefs de quartiers et présidents des CRD, vous ne rendez pas service au peuple en refusant que des citoyens de vos sphères d’influence utilisent les places publiques moyennant payement d’une contribution à leur entretien sans que ceci ne soit à puiser dans les caisses de l’État. Si des recettes étaient générées par l’usage de ces places publiques et que cet argent était dévolu exclusivement à l’entretien des places publiques, nos villes seraient davantage attrayantes et certains auraient de l’emploi.


2. Sur le plan politique

En refusant la place publique à un parti majoritaire dans une région sous le prétexte que c’est l’opposition et en autorisant son usage aux petits partis minoritaires alliés au pouvoir, vous faites de la discrimination flagrante qui provoque de l’amertume dont les conséquences sont désastreuses. Ces gens auxquels vous refusez l’accès vous jugent comme non respectueux de la loi et des principes démocratiques. Vous perdez leur confiance. Vous les perdez totalement. Ces citoyens-là ne seront jamais du même côté que vous. Pensez-vous que la jeunesse de l’UFDG rejoindra le RPG en lui refusant un match de football à cause de Cellou Dalein ? C’est tout le contraire. Lorsque vos veaux refusent de rentrer au parc, vous ne les ramènerez pas en éloignant leurs mères. Ainsi, au lieu de mobiliser de l’électorat en faveur du parti au pouvoir, vous le faites pour l’opposition qui consolide ainsi son électorat. Mieux, même si ces militants étaient tentés de vous rejoindre, c’est perdu. A qui rendez-vous ainsi service ? Pas au pouvoir en tout cas ! Le saviez-vous ? Par ailleurs, et ce faisant, vous favorisez la réaction populaire ou l’adhésion aux marches de protestations de l’opposition et que sais-je encore.

En refusant de servir la majorité pour servir la minorité, vous allez en sens inverse de la loi et du principe démocratique. Demos cratos ! Suivez mon regard. Vous êtes tous des intellectuels.


3. Sur le plan social

Vous êtes dans un milieu organisé sur le plan social. En refusant un service à la majorité vous perdez l’amitié de la communauté. Désormais, vos rapports deviennent basés sur la force du pouvoir et non l’entente. Vous obtiendrez très peu d’adhésion à vos projets et même vos cérémonies familiales vont en souffrir. Car n’oubliez pas qu’en tous les cas, ce sont les populations locales qui vous demandent un service et non le leader politique. D’ailleurs, très souvent ce dernier part le lendemain en vous laissant ensemble avec vos communautés que vous avez rejetées. Les communautés se sentiront ainsi frustrées et ne vont pas répondre franchement à vos appels. Vos relations avec ces communautés deviennent hypocrites ou tendues.


4. Sur le plan moral

Vous étiez des citoyens comme les autres avant d’avoir ces postes que vous perdrez forcément un jour. Cette injustice que vous commettez vous rattrapera un de ces jours. Rappelez-vous cette célèbre phrase inscrite dans certains cimetières et puisée dans le coran. « Hier nous étions comme vous. Demain vous serez comme nous ».

La violation de la loi devrait vous fouetter la conscience et vous conduire à agir en âme et conscience en faveur des communautés et non pour un homme, fût-il le PRG qui ne sera pas éternellement au poste. Votre destin vous avait inscrits à ce poste avant lui.

Finalement, que faites-vous du respect de la parole donnée si chère aux communautés auxquelles vous appartenez? Et cette violation de la loi, cette injustice, comment les ressentez vous lorsque vous êtes seuls avec votre conscience? A méditer!


Conclusion

Par ignorance naïve ou par trahison volontaire du parti que vous, les gouvernants, prétendez servir, vous allez en contre-sens de la bonne gouvernance et de la loi. Relisez le discours de politique générale de votre PM devant le CNT, vous verrez ce qu’il s’est engagé de faire en matière de gouvernance.

Le respect de la loi est un principe cardinal de l’État de droit comme le respect de la volonté populaire est un principe régalien de la démocratie.

Les décisions d’interdiction de manifester et de refus d’accès aux lieux publics aux partis politiques d’opposition, tout en l’acceptant pour le RPG, sont une violation de la constitution guinéenne sur laquelle vous avez prêté serment.

Aux plans politique, économique, social et moral, vous naviguez à contre-sens du rationnel et du bon sens. Revoyez votre copie ; faute de quoi vous rendez plus service à l’opposition que le pouvoir du PPPAC. A moins que vous ne souscriviez au jeu du qui perd gagne ! Quand on aime quelqu’un on lui dit la vérité.

Quel gouvernement et ou institution internationale sérieux traitera avec des gouvernants qui ne respectent pas la parole donnée et qui violent leurs propres lois?

Démocratiquement à vous.


Labé le 29 juillet 2012

Mamadou Maladho Diallo


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