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Les sources de l’impasse politique en Guinée

Mamadi Dioubaté  Lundi, 27 Août 2012 09:25

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Cette souveraineté ne s’exerce que dans le cadre des règles fixées par la collectivité.

Actuellement en Guinée le manque de confiance entre les différents leaders politiques et les différentes entités ethniques affaiblit énormément le rôle de l’Etat car la volonté des pouvoirs de manipuler l’appareil de l’Etat pour en faire un domaine privé c’est-à-dire leur propriété, est la source de nos problèmes. Si nous ne prenons garde notre pays risque un chaos qui aura des conséquences incalculables car la haine de l’autre a atteint une dimension extraordinaire.

En 1958 notre indépendance fut possible dans la douceur par ce que tous les hommes politiques de l’époque y étaient favorable et l’avaient affirmé haut et fort ce qui rendit la tâche plus facile au parti démocratique de Guinée (PDG) de proclamer notre souveraineté sans obstacle le 02 octobre 1958.

Ainsi le consentement des différents partis politiques de notre pays engendrait le fondement de l’Etat légitime qui seul permettait la perpétuation de l’Etat.


Le pouvoir du parti démocratique de Guinée

Le parti démocratique de Guinée(PDG) arrivé au pouvoir a tenu compte de ce consensus politique autour de l’indépendance de notre pays en mettant en place un gouvernement composé de tous les partis politiques afin de créer une dynamique pour le développement économique et sociale de notre pays.

Il y eut à l’époque des réticences dans l’armée ce fut la tentative de complot du capitaine Mamoudou Condé en 1959, étouffée par le pouvoir.

Le refus de la France de parrainer notre indépendance et les velléités des services secrets français à déstabiliser le nouvel Etat furent les sources de la dictature implacable imposée par le pouvoir PDG sur notre peuple durant vingt-cinq ans.

La conduite infernale des services secrets français a permis au parti au pouvoir de mettre en place sa machine de répression de manière graduelle: complot des commerçants avec le groupe «petit Touré», la loi cadre contre les commerçants considérés comme trafiquants, le complot des jeunes militaires (Namory Kéita, M’bemgue et autres), le complot Kaman Fodéba, l’agression du 22 novembre avec ces pendus (Magassouba Moriba, Barry III, Kéïta Kara, Baldé Ousmane) et d’autres car il y en a eu dans toutes les grandes villes, chaytane 1975 avec son contingent d’arrestation, le complot peul, etc...

L’arrivée des socialistes au pouvoir en France auraient pu être un facteur de décrispation du régime du PDG si l’ambassadeur de la Guinée avait dit la vérité sur la réunion tenue en Allemagne par un groupe de francs-maçons auquel avait pris part le frère de François Mitterrand et non le chef du PSF car lui n’était pas du tout franc-maçon même si cette obédience avait de nombreux adeptes au sein du parti socialiste.

Ahmed Sékou Touré a commis l’erreur de s’attaquer au PSF et à son chef mais pire il a fait la publicité d’un individu qui ne représentait que sa personne dont moi-même ne veuille pas citer le nom car la volonté de ce dernier est de voir sombrer notre pays dans le chaos.

Cependant malgré tout, le pouvoir socialiste avait voulu aider notre pays à sortir de la situation d’isolement voulu par les gaullistes suite à notre refus d’adhésion à la communauté prônée par la cinquième république sous la houlette du général De Gaule, le premier ministre français socialiste de retour des obsèques du président Sékou Touré nous affirmait lors d’une réunion du comité Désiré Verraghe son fief d’élection à Lille Sud que son gouvernement avait la volonté d’aider la République de Guinée.


Le coup d’Etat militaire à la mort d’Ahmed Sékou Touré

Une semaine après la mort du président guinéen notre armée nationale devint subitement vaillante en s’accaparant du pouvoir soutenu en cela par un enthousiasme démesuré de la population guinéenne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Au cours de plusieurs réunions nous affirmâmes aux différents chefs des mouvements d’opposition au PDG que cet acte était une monumentale erreur qu’il aurait fallu laisser Lansana Béavogui à la manette pour entamer un dialogue franc et profond sur les erreurs du passé pour que nous puissions nous mettre au diapason des autres pays de la sous-région.

Tous les partis étaient aveuglés et refusèrent de faire une analyse saine de la situation et se sont jetés bras et pieds liés dans les mains des militaires.

L’histoire leur donna tort car deux décennies après, les militaires ont non seulement dilapidé tout ce qu’a laissé le défunt pouvoir mais ont anéanti ce qui nous unissait en déclarant après les évènements de 1985 que le pouvoir PDG était uniquement un pouvoir malinké comme si il n’y eut pas au sein du PDG les Diao Baldé, Mouctar Diallo, Diallo Telli, Béavogui, Fodé Mamoudou, etc...

L’aveuglement était tel qu’on oubliait que celui qui était le nouveau chef de notre pays était chef d’état-major adjoint et un homme de confiance de l’ancien président, ce qui prouve que le PDG était loin d’être un parti ethnique comme nous le constatons actuellement par les donneurs de leçon qui pourtant se sont sucrés lorsque le PDG était au pouvoir au moment où nous dénoncions les dérives du système et au moment où les grandes villes de la Haute Guinée se dépeuplaient.

Aussi certains oubliaient que la plupart des officiers originaires de la Haute Guinée ont non seulement initié ce coup d’Etat mais sans leur adhésion, il aurait été impossible d’ébranler un système mis en place durant un quart de siècle.

Ces officiers furent exécutés plus tard simplement parce qu’ils étaient malinkés, car rien ne sert de camoufler cela, il n’y eut jamais le 04 avril 1985 un commencement de prise de pouvoir ,simplement il y eut une volonté manifeste d’éliminer des personnes à cause de leur appartenance ethnique.

Le médiateur actuel de la République dans une intervention d’une rare violence sur ces faits à Paris était même allé plus loin en jurant sur le coran que le colonel Diara n’avait pas participé au coup d’Etat et fustigeant du coup tous ceux qui ont été arrêtés. Pour la première fois en Guinée des personnes étaient massacrées du fait de leur appartenance ethnique et les auteurs se pavanent encore dans les rues de Conakry et occupant toujours le devant de la scène politique et continuent en plus d’accuser les Malinkés de jouir du pouvoir dont ils ignorent totalement les délices.

Un reportage de la télévision guinéenne montrait les femmes de Kankan chargeant le sable sur la tête pour le vendre afin de nourrir leur famille, ce ne sont pas elles qui ont bénéficié de don de camions, cependant les vendeuses de poissons de la capitale en ont bénéficié car ce que les compatriotes ignorent, c’est que tous les pouvoirs successifs de notre pays pensent que la Guinée s’arrêtent à Conakry, seul le PDG tenait compte des provinces et faisait leur promotion ce qui a rendu célèbres des villes comme Guékédou, Kissidou, Mamou, etc...


L’arrivée au pouvoir du capitaine Moussa Dadis

L’histoire dans notre pays se produira toujours de la même manière car la volonté de se dire la vérité est laissée à Dieu il fera tout à notre place car il suffit de lire le coran pour que tout aille mieux.

Nous oublions que Dieu a donné l’intelligence à l’homme pour non seulement influer sur son environnement mais aussi s’organiser. Cependant nous refusons à chaque occasion de débattre sur ce qui nous divise, sur nos erreurs du passé afin de tracer de meilleures voies du futur pour les générations à venir car la politique c’est cela.

A la mort du général Conté, les militaires prirent le pouvoir avec des déclarations fracassantes dénonçant les dérives du régime passé et promettant de mettre fin aux vols et détournements des deniers publics, c’étaient les nouveaux révolutionnaires.

Dès leur prise nous téléphonâmes en Guinée pour demander l’avis de nos amis sur ce coup d’Etat. Certains affirmèrent qu’il le fallait pour la protection de notre pays car les héritiers de Lansana Conté étaient des prédateurs, nous acceptâmes cette analyse en attendant de voir plus clair.

En mars 2008, en vacances en Guinée et témoin du discours tenu par le capitaine Dadis à la bourse du travail à Boulbinet, j’ai compris qu’une dictature violente et barbare se préparait dans notre pays. Après avoir invité mes amis à refuser cela je téléphonai aux amis de Paris à quatre heures du matin heure locale pour les mettre au courant du danger de dictature naissant en Guinée.

Je ne fus pas surpris du 28 septembre, c’était inéluctable car Dadis n’était pas fait pour gouverne. Il croyait qu’il avait la capacité or il lui manquait non seulement la compétence mais la culture.

Le 28 septembre, ma nièce, la première petite-fille de ma mère perdit la vie au stade du même nom laissant huit enfants. Elle était membre du bureau national du RPG.

Une fois encore le sang des Guinéens était versé inutilement par les fils de ce pays qui sont payés par les impôts du peuple, l’éternel recommencement de l’histoire, des pleurs toujours des larmes.


Ouaga et la transition avec Konaté

Sur invitation du président du Faso, les Guinéens devaient aller discuter de l’avenir de leur pays au pays des hommes intègres.

C’est là que les problèmes furent mis en exergue car certains ont pensé qu’ils étaient plus qualifiés que d’autres de parler de notre pays, c’est pour cela qu’ils ont essayé d’en exclure d’autres qui sont aussi des Guinéens...

Ouaga fut une erreur, il aurait fallu tenir cette réunion en Guinée en invitant les associations, les sages, les intellectuels, les paysans, etc. et débattre sur tous les maux de notre pays pour mettre fin à la culture de la violence en Guinée.

Malheureusement certains se sont laissés piéger en acceptant ce fait en dehors de la Guinée, excluant les forces vives de la nation et les bâtisseurs de ce pays qui ont construit ce pays avec beaucoup d’abnégation et de volonté.

Ouaga est à l’origine de nos problèmes actuels car les problèmes d’une famille se règlent à l’intérieur et non à l’extérieur car l’étranger est loin de percevoir nos pulsions et impulsions.

Actuellement cette transition est fustigée par sa gestion et sa manière d’avoir organisé les élections présidentielle. C’est aussi une des sources de nos difficultés actuelles.


L’élection présidentielle

Personne n’ose le dire, c’est feu Ben Sylla qui a mal géré la Commission électorale, cette mauvaise gestion a engendré tous les problèmes dès le premier tour.

Nous qui connaissons notre pays savions qu’aucun candidat ne pouvait obtenir un score de quarante pour cent si un recensement correct avait été fait, or il n’en était pas question.

D’énormes fautes dans le recensement furent détectées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il bénéficiera de notre pardon suite au cancer qui le préoccupait, cependant il aurait dû démissionner afin de nous éviter les problèmes actuels.

Une élection chaotique, des urnes jetées à la mer, des falsifications de procès-verbaux, des comportements injurieux envers les autorités de la transition, un climat de suspicion tribal nous ramenant au Moyen-Age.

Le deuxième tour ne fut pas mieux malgré des alliances tissées par les deux qualifiés. Le climat politique est devenu plus explosif en raison des campagnes ethniques et l’incitation à la haine des deux camps encouragée par certains intellectuels en mal de sensation.

Cette atmosphère de haine a occasionné des bagarres ethniques surtout en Haute Guinée région dotée d’une culture d’accueil depuis des siècles.

Malgré ces obstacles, le vaillant peuple de Guinée a su se transcender pour élire Alpha Condé, ce qui fut accepté d’ailleurs par les autres candidats afin d’éviter à notre pays le drame rwandais.


Ce que j’attendais du nouveau pouvoir

La cible des calomniateurs manquant de conviction, aimant le plaisir au bonheur, ne possédant aucune conviction politique, je me suis retiré du RPG dès les années 1997 car ne partageant plus rien avec ce parti.

Cependant je n’avais aucun regret de ce que nous avons fait car même ceux qui nous combattaient hier sont actuellement plus RPG que ceux qui sont là depuis les périodes de répression. Ainsi va la politique en Guinée.

Je l’ai constaté à la mort du président Ahmed Sékou qui avait foi en la génération des Somparé et autres, ceux-ci se sont liés aux militaires sur des considérations ethniques, or ils savent plus que tous que le PDG n’a jamais favorisé la Haute-Guinée et qu’au contraire c’est la région qui a énormément souffert de la révolution.

Le comportement opportuniste n’est pas propre à la Guinée.

En Afrique les présidents aimant les flatteurs se font entourer de ces personnes pour ne pas entendre la vérité car la vérité les agace.

Lorsque les alliances commencèrent à se dessiner, j’ai téléphoné au président Lansana Kouyaté pour l’encourager à signer avec le RPG car il m’était difficile de demander de signer un accord avec Cellou vu sa proximité avec un pouvoir que j’ai combattu avec beaucoup d’énergie.

Nous lui avons demandé que l’accord soit signé devant la communauté nationale et internationale afin de lui donner un caractère solennel.

Une alliance politique est faite pour être respectée car non seulement elle permet de créer un climat de confiance et engage les différentes parties vis-à-vis de la nation et l’étranger.

L’alliance du RPG, signée avec feu Bah Mamadou, s’est terminée comme je l’avais prévu, c’est à dire qu’à la mort du général les héritiers de ce dernier ont brandi l’accord qu’ils avaient signé avec l’UNR solennellement devant les caméras de la télévision guinéenne. C’est ce que Solano a fait en s’alignant derrière Cellou Dalein.

Nous avons espéré une grande réconciliation nationale avec l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir.

Dès la fin de la prestation de serment je me suis rendu compte que je me suis trompé.

Le serment est le moment solennel donnant un caractère sacré au pouvoir et permettant à l’assistance de comprendre que Dieu le miséricordieux vient d’être témoin de la promesse prise de gérer le pays de manière loyale. Cette prestation s’est déroulée dans une déconcentration consternante.

Depuis l’élection présidentielle on semble oublier la souffrance du peuple à savoir la vie chère, l’appauvrissement de la classe laborieuse, les détournements des deniers publics au profit d’un clan et la mort programmée des secteurs éducationnels et sanitaires, j’en passe.

Nous avions cru à la fin de l’impunité, avec une ferme condamnation des vendeurs de stupéfiants qui ont empoisonné durant deux décennies plusieurs jeunes Guinéens hélas ils furent libérés et décorés dommage!

La caution de notre soutien était aussi d’amorcer une nouvelle vision du monde, une nouvelle méthode de travail caractérisée par la politique de rassemblement national.

Ce combat ne peut pas être mené avec les opportunistes, seuls les hommes de conviction ayant l’amour du pays peuvent le conduire. Or le professeur, comme on l’appelle en Guinée, a fait le choix des flatteurs, mouvance présidentielle qui s’est accaparé de notre télévision nationale pour sa propagande; attendons un peu ils vont se «bouffés»

Le peuple a rejeté Conté et Dadis, qu’a-t-on fait après?

Au lieu d’une relecture de la gestion politique de notre pays, nous nous sommes replongés dans les anciennes pratiques de gestion étatique.

On a fait la promotion d’individus lugubres qui avaient tout fait pour saboter l’avènement de notre pays au système multipartite.

Les alliances politiques que nous avions perçues très vite comme danger malgré la calomnie honteusement menée par un cercle s’avère actuellement vrai. Il aurait fallu leur demander de bannir les velléités régionalistes et l’ethno-stratégie source de division et de déchirure du tissu social national.

Au plan politique nous avons manqué la construction et la consolidation de l’appareil d’Etat national dans toutes ses composantes: administration centrale, armée, gendarmerie, police et les autres branches sécuritaires, religion, culture...

Un véritable appareil d’Etat centralisé et décentralisé avec des pouvoirs et contrepouvoirs.

Au lieu de se pencher sur cette consolidation, on a mis en place un Etat néo-patrimonial caractérisé par une gestion familiale, une télévision rappelant les périodes sombres de notre histoire, les journalistes ne se rendant pas compte de l’effet contraire de ce qu’ils recherchent.

Aussi chaque fois qu’il y a un don, la presse nationale, je voudrais parler de la presse étatique, bombarde nos oreilles de « le professeur a donné ». On a l’impression que cette presse a honte de dire que le pays a fait un don dommage!

Cette logique a entraîné la promotion de certains individus mêlés à des crimes horribles dans notre pays.

Autre manquement dans la consolidation de l’appareil d’Etat est la priorité accordée au débauchage politique inspiré par des personnes sans vergogne ni dignité et incapables d’expliquer le moindre programme de leur mentor.

Sydia, Kouyaté et Cellou ont bien compris ce jeu de dupes qui consiste à dire aux uns et aux autres que c’est parce que tu es lié à mon ennemi tel que j’ai du mal à travailler avec toi, cette façon de faire la politique ne peut être acceptée.

L’Arc-en-ciel dans sa forme initiale aurait permis, avec le talent et la culture de l’ancien secrétaire général de la CEDEAO, de mettre en place une base de réflexion pour une nouvelle politique de développement, de réconciliation et de rassemblement.

Une définition d’un plan macroéconomique, micro économique et méso économique aurait pu être mise en place en rupture avec les pratiques du passé.

Macroéconomique: réalisation d’équipements nationaux, routes, ponts, barrages, élécommunication et autres infrastructures à caractère social. Ces infrastructures auraient non seulement soulagé les populations et engendré une croissance facilitant l’investissement créateur d’emplois.

Microéconomique: faire émerger un nouveau Guinéen entreprenant et créateur d’emploi aidé en cela par la participation du capital privé étranger. Aussi la mise en place d’une politique d’éducation, de santé, de l’habitat, de transport et autres domaine socioéconomiques.

Notre pays depuis l’élection présidentielle est devenu dangereux car tous les facteurs criminogènes y sont réunis avec une absence de programme sur la sécurité.


Les solutions à l’impasse

Pour les difficultés actuelles de notre pays il faudrait organiser une conférence nationale souveraine, qui nous permettra de mettre sur la table tous les problèmes qui nous divisent et discuter franchement afin d’exorciser les maux qui risquent de faire énormément mal à notre jeune pays.

Il faudrait en un premier temps décentraliser ce débat: chaque département pourrait organiser sa conférence, ferait une synthèse tout en choisissant ses délégués pour la grande conférence qui pourrait se dérouler à Conakry sous l’autorité d’un intellectuel africain dont l’autorité morale ne souffre d’aucune contestation.

La conférence nationale était le leitmotiv de l’actuel locataire du palais Sékoutouréya, et je crois qu’il la voudra pour que notre pays sorte de la situation de morosité, d’incompréhension, de suspicion et de méfiance.

En 1991 notre combat se situait dans la demande de la conférence nationale, il y avait des personnes qui étaient pour et certains y étaient opposés, nous avions réussi à faire organiser un débat à la radio entre Ansoumane Bangoura, journaliste qui était contre, et un banquier qui était pour. Et ce débat s’est déroulé de manière civilisée, chacun défendant son argument.

L’argument de ceux qui sont contre était qu’une telle initiative pourrait entraîner des dérives car certains auraient accusé d’autres d’avoir été à l’origine de l’arrestation et de la mort de leurs proches.

La conférence serait une manière pour notre pays de réconcilier ses enfants car seule la vérité triomphera et permettra aux uns et aux autres de se retrouver et de comprendre ce qui s’est réellement passé, cela sera une vraie thérapie vers la vraie guérison des enfants de Guinée.

En refusant la conférence nationale notre pays sera toujours plongé dans la violence avec des pratiques barbares ou le droit humain est bafoué avec toutes sortes d’humiliation comme cela fut le cas des pendus, de l’ancien premier ministre Diara, de ce soldat torturé que tous les Guinéens ont vu sur le net en train de pleurer car accusé d’être complice de Toumba Diakité.

Nous éviterons ainsi les crimes horribles de Zogota et la répression de Siguiri, aussi les suspicions d’empoisonnement entre les différentes ethnies.

Ce débat franc nous permettra d’indiquer à notre armée ce qu’il ne faudrait pas faire et que celui qui par zèle ou par opportunisme franchirait les lignes de respect des droits humains serait sévèrement puni.

Des fois nous avons l’impression que notre armée est dressée pour torturer ses propres concitoyens et y trouve du plaisir, le film de la torture de l’ancien premier ministre Diara Traoré et les témoignages sur les exécutions en font foi.

La politique c’est la force de l’argument et non l’argument de la force.

J’ai encore foi à l’acceptation de la conférence nationale car en évitant la rigueur de la vérité après une campagne électorale au cours de laquelle une grande partie de notre pays a refusé l’ancien système et l’ethno-stratégie en pensant qu’avec l’âge le président actuel aurait pu regrouper l’ensemble de la nation.

Le général Conté malgré son statut de militaire avait cédé à nos revendications pour le multipartisme il ne pouvait pas faire autrement car nous étions déterminés et étions prêts à toutes sortes de sacrifices pour la terre de nos ancêtres.

Ceux qui entourent le président lui font croire que le pays lui est acquis car lui-même n’hésite pas à rappeler que les femmes de Conakry ont chanté de le porter au dos jusqu’à Sékoutouréya «a bamba n’fari han sékoutouréya».

Ce sont des mots qui n’ont aucun sens car elles le disaient aussi il n’y a pas si longtemps pour Conté, Dadis.

Le président qui est aussi universitaire sait les vertus de la démocratie, la liberté, je ne comprends toujours pas pourquoi il refuse aux autres de manifester, de rencontrer leurs militants, de voyager à l’intérieur de la Guinée, d’être simplement libres de s’exprimer.

Tout pouvoir quel qu’il soit baignant dans le mensonge pour exploiter les populations, les appauvrir, les humilier et les avilir, est un pouvoir sans avenir et finira un jour dans l’abîme.

L’arrivée au pouvoir du président actuel n’est pas pour moi une surprise je l’avais dit à tous mes interlocuteurs car cela est dû à un long combat et un travail de fond, ce qui m’a fait dire dès le premier tour que malgré les quarante et quelque pour cent de Cellou, le professeur aurait remporté le suffrage car le peuple considérait Cellou comme étant Conté bis.

Cependant, malgré l’enthousiasme du peuple, pourquoi ce pouvoir tombe-t-il dans un populisme aussi médiocre?

Une télévision où s’exhibe toute sorte d’organisations, de mouvements, de lecteurs de coran, comme si nous étions encore dans les années soixante avec à travers toute l’Afrique la prolifération des partis uniques.

Nous espérons encore l’acceptation de la conférence nationale souveraine qui seule pourra créer un climat de confiance entre les fils de la Guinée.

Vive la Guinée unie, vive la République!


Mamadi Dioubaté

 
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