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De Zakariaou-2011 à Zowota-2012

Boubacar Barros Diallo  Jeudi, 23 Août 2012 14:11

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DIALLO_Boubacar_Barros_01D’un symbole à l’autre, les Guinéens vont-ils demeurer indignes de leurs martyrs?

Une semaine après l’assassinat de Zakariaou Diallo en avril 2011 par des sbires armés et dirigés par Alpha Condé, j’avais exprimé mon dégoût et ma déception dans le texte « la manifestation du 28 septembre était aussi interdite » que j'avais entamé par l’interrogation ouverte suivante :Zakariaou Diallo, paix à son âme, sera indubitablement un symbole, lequel ?


Éléments de réponse :

Tel un fouet, sa mort m'a sorti de l'illusion d’une Guinée qui aurait tiré les leçons du passé pour s'interdire toute nouvelle dictature assassine. Elle m’a rappelé que si les miens avaient marché et réclamé liberté et justice pour Alpha Condé, alors prisonnier politique, ce dernier n’était pas avec nous lorsque son bourreau nous a chassés de Kaporo-Rails, quelques années plus tôt ; comment ai-je pu croire que cet homme pourrait veiller à ma sécurité ? Cela dit, l’idée que les miens et moi ne devons absolument rien à cet homme est loin de me déplaire. Au contraire!

J'ai douloureusement ouvert les yeux sur une Guinée hypocrite et sélective où condamner un crime aussi crapuleux semblait si pénible pour certains « frères » que j'ai préféré les soulager de l’effort. Que de tergiversations, de contorsions verbales, pour entendre Oui... mais... peut-être !


Maintenant Zowota : mon deuxième symbole, va-t-il réveiller les consciences ?

Les images des dernières victimes d’Alpha Condé m’ont soudainement rappelé mon devoir envers la première. Je ne peux nier ce que j’ai ressenti et personne ne me dictera les sentiments que je dois éprouver et exprimer car, en vérité, Zowota m’a révolté autant que Zakariaou. Faut-il le cacher comme s’il s’agissait d’un vulgaire péché ?

Manifestement, torpiller Zowota ne protègera pas Ayndè Foulasso ! Ma grand-mère connait l’objet de ses frustrations : l’Etat et son chef ! Personne ne lui fera croire que son problème était M. Kolié, qu’on vient d’assassiner et qu’elle n’a jamais rencontré!

Qu'on crie à l’hypocrisie (que je dénonce en longueur de journée) ou me traite de récupérateur ne m’empêchera pas de proclamer mon engagement pour un monde meilleur. Certains ont perdu le privilège de me faire la leçon, d’autres ne l’ont jamais eu, je n’en ferai à personne. Mais, je m’indignerais sans gêne à côté de tous ceux qui oseraient revendiquer leur citoyenneté malgré l'adversité de leurs parents. À mon avis, ils sont les véritables héros, souvent anonymes, de l’humanité!

On oublie souvent que si l’esclavage du noir a été aboli c’est aussi beaucoup (pour éviter de dire surtout) parce que des blancs ont tenu tête à leur propre « establishment ». Rien qu'entre nous, « nègres », on en serait encore à choisir entre « champ, jardin et/ou pacotilles ». L'histoire ne nous a pas beaucoup changés car nous sommes incapables d’apprendre de nos malheurs. Nous préférons les chanter!

Si j’étais à Conakry, j’aurais participé à toute manifestation pour Zowota :

Va donc, pour Zowota ! Au départ nous serons peu nombreux, à l’arrivée... toute l’humanité !


Mauvaise nouvelle?

Je viens de lire que la manifestation de demain, 23 août, a été annulée. A cette allure, cet autre calvaire ne suscitera que quelques déclarations et beaucoup d'intellectualisme puis, dans quelques années, nous entendrons « victimisation » dès que le "Z" sera prononcé.

Pour Zakariaou, nous, ses « braves parents », avons montré nos limites : l’individualisme et l’exclusivité victimaire. Beaucoup de nos braves ne marchent que s’ils mènent le peloton; ne portent plainte que s'ils sont l’avocat du dossier ; ne s'associent que s'ils dirigent.

Comme toujours, depuis 1958, nous avons hypocritement accepté de « prendre Dieu et pardonner » aux noms d’unité nationale, justice Divine et autres chansons à la gloire de nos égoïstes avantages terrestres, que certains ont jalousement convoités des bourreaux, au nom de la paix des imbéciles de la République : ceux qui « attendent leur tour »... Devant le peloton d’exécution. Dès qu’un d’entre nous dit « action », chacun se vautre derrière l’écran de sa gloire pour que son clavier rende « vive MOI » ! Aucun mouvement de revendication pour nos morts, rien que des déclarations qui, d’ailleurs, se font de plus en plus rares.

En vérité, nos papiers blasphématoires, ne sont que « victimisations et lamentations » de carriéristes extravertis. Quand on a choisi la justice de Dieu, il ne faut plus se plaindre, on prie et attend. Ma seule prière est que l’expérience Zowota ne me fasse pas la fermer, à nouveau.

Comité de crise, vous êtes prévenus ! Ne décevez-pas ! Pour le reste, que chacun déguerpisse « hypocrisie » de sa case!

Penser. Parler... Oser être.


Montréal le 22 aout 2102

Boubacar Barros Diallo

 
 

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