« Je prendrai la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ! »
« Je commencerai à perdre mon pouvoir à la date à laquelle Sékou Touré l’a perdu ! »
Décidément, c’est une question de destin ! En effet, s’il était écrit qu’Alpha Condé allait être président de la République de Guinée dans sa vie, il est tout aussi écrit que la Guinée ne sera certainement plus la même après ce lundi 27 août 2012, parce que le peuple de Guinée a décidé de dire NON 35 ans, jour pour jour après le NON des femmes à la police économique de Sékou Touré.
Un observateur de la vie politique de la Guinée faisait comprendre que ces derniers temps, les grandes dates sont toujours à la base d’un sursaut de patriotisme de la part du peuple de Guinée. Nous avons vécu ce grand moment qui restera à jamais gravé dans la mémoire des Guinéens un lundi 28 septembre 2009, date à laquelle en 58, les Guinéens avaient dit non à la France et date à laquelle plus de cinquante ans plus tard, une autre génération avait dit NON à la candidature de Moussa Dadis Camara.
Le 27 août 1977, sous une pression insoutenable et une misère qui n’avait pas de nom, les femmes, victimes d’un blocage économique et d’une restriction de toutes les libertés d’entreprise et de commerce, ont dit non à la police économique, désavouant et démystifiant ainsi toute la puissance de l’autorité du Responsable Suprême de la Révolution, le 27 août 2012, soit 35 ans plus tard, le peuple de Guinée a la ferme intention de se joindre aux femmes pour dire non à la gouvernance d’Alpha Condé.
35 ans après les femmes et la police économique de Sékou Touré, les problèmes de la Guinée se sont accrus, avec une nouvelle génération de plus en plus exigeante, une Guinée plus exposée aux marchés externes et à la mondialisation, un besoin de gestion plus efficace des affaires publiques, une population de plus en plus attentive aux valeurs républicaines et avec des attentes plus grandes en ce qui concerne le respect des droits, des libertés et de la bonne gouvernance.
C’est justement cette nouvelle donne qu’Alpha Condé n’a pas totalement intégré dans sa vision pour la Guinée, d’où une gestion en complet déphasage par rapport aux attentes des uns et des autres :
- sa gestion calamiteuse du tissu social et son manque de repères font de lui, un étranger qui ne comprend pas les fondements mêmes de la société guinéenne ;
- sa drôle de conception de la promotion de l’Etat de droit, en tant que professeur de droit et combattant pour la démocratie, l’amène à bafouer tous les textes et lois du pays ;
- sa volonté de gérer et de mettre au pas tous les acteurs de la vie publique du pays fait de lui le dictateur qui veut se donner tous les pouvoirs dans le pays contre et envers tous ;
- sa méconnaissance du fonctionnement correct d’une administration moderne l’a conduit à mettre en place un système opaque de gestion des fonds publics qui montre sa volonté de s’enrichir sur le dos du contribuable à travers des cessions de patrimoines qui inquiètent tous les observateurs ;
- son incompétence et son incapacité à donner une vision claire pour son quinquennat montrent que le commandant Alpha Condé navigue à vue dans des eaux à grandes tempêtes.
Face à de tels défis et après 20 mois d’exercice du pouvoir dans la totale confusion, le peuple de Guinée se rend bien compte que le changement n’est pas et ne sera pas au rendez-vous. Dans cette attente, le citoyen s’inquiète et n’a aucune perspective et les jeunes doutent. Le pouvoir en place multiplie les bavures dans la définition des priorités, dans la gestion du processus électoral, dans l’allègement du coût du panier de la ménagère, dans le renforcement de l’Etat de droit et dans la protection des libertés, des biens et des personnes.
Alors le peuple crie son ras-le-bol et a l’intention de l’exprimer le lundi 27 août 2012 à Conakry, à l’intérieur du pays et dans les principales capitales étrangère. Ce cri se fera pour manifester un manquement du pouvoir et surtout un manque total de volonté pour faire face à :
- Des élections libres et propres : depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, le monde entier demande des élections libres et transparentes dans le pays et tout est fait pour permettre, à tout prix, à celui qui a aujourd’hui moins de 18% de l’électorat, d’avoir la majorité à la prochaine Assemblée nationale. Pour ce faire, très tôt, la machine s’est mise en marche avec l’implication des cadres de l’administration territoriale pour faire du RPG, le seul parti en Guinée, la dissolution des conseils communaux pour mettre en lieu et place des délégations spéciales acquises à sa cause. Au-delà de cette implication de l’administration, la CENI, avec son président, est à la dévotion du président de la République qui facilite l’arrivée d’une société sud-africaine dans la plus grande opacité d’attribution du marché, dont les capacités à réviser le fichier électoral ont sérieusement été mises en causes par des rapports d’audits tant du PNUD que de l’OIF. Alpha veut aujourd’hui remettre en cause la légitimité même du CNT à prendre ses responsabilités.
- Une situation économique catastrophique : De mémoire d’homme, la vie du Guinéen n’aura jamais été aussi misérable. Pardon, il fut un temps que les plus jeunes ne connaissent pas, en 1975, avec le fameux « en attendant le bateau ! ». Il faut rappeler que ce fut le « bon » temps de Sékou Touré et apparemment, Alpha veut nous faire vivre cette dure période pour tout un peuple. Mais il doit se souvenir que c’est ce qui a entraîné le défoulement des femmes à peine 2 ans plus tard. Les femmes, moteur de la vie familiale, ne savent plus de quel côté donner de la tête avec des coûts des denrées de premières nécessités qui sont hors de portée. Un marché du travail qui ferme toutes les portes à des jeunes qui n’ont qu’une seule perspective, la fuite vers l’étranger. Au-delà de ce manque de vision, les Guinéens se retrouvent tous les jours devant des scandales financiers à l’actif de ce président qui se dit « propre » parce que n’ayant jamais été dans l’administration et la gestion des affaires de ce pays. Les Guinéens en ont pour leur argent depuis l’arrivée d’Alpha Condé aux affaires. Nous vivons la passation de marché dans la plus grande opacité, des secrets d’accord de prêts qui sont dévoilés par la presse étrangère et la mort annoncée d’un des fleuron de l’économie guinéenne avec tout ce que la crise de Fria pourrait entraîner comme catastrophe économique pour le pays et drame social pour les milliers d’employés et dizaines de milliers de personnes à charges.
- Un non-respect des droits et libertés : Un opposant historique qui revendique 40 ans de lutte pour la démocratie dans son pays arrive aux affaires et compte après à peine 20 mois d’exercice, 15 morts à son actif, des centaines de blessés dont plus de la moitié par balles, des centaines d’arrestations et de condamnations à des peines de prison ferme pour, entre autres, occupation illégale de la voie publique lors de manifestations pacifiques autorisées par la constitution. Une implication directe du président de la République dans la gestion des associations et des syndicats. Une volonté manifeste de museler la presse à travers des acquisitions de radios et télé pour ne plus permettre l’accès équitable de tous les acteurs politiques aux médias tant publics que privés. Pour justifier ses entraves aux libertés les plus élémentaires, Alpha Condé a inventé un complot pour faire croire à une tentative d’assassinat un certain 19 juillet 2011. De plus en plus de voix, bien autorisées, commencent à douter de la véracité de cette « attaque ». L’entrave à la procédure judiciaire et donc à l’indépendance de la justice a tout simplement entraîné une démission, bien que camouflée de son ministre de la Justice, Garde des sceaux.
- La tribalisation et à la volonté de diviser le pays : Il est tout à fait aisé de gagner des élections, surtout en Guinée, sur une gestion tribale et régionale de la vie publique. Mais il est quasi impossible de gérer les affaires d’un pays, dans un programme cohérent de développement, en ignorant une bonne partie des fils et filles de ce pays. Ce que nous avons en partage est le pays, mais aussi les compétences et la volonté de faire de la Guinée un exemple de la sous-région, voire de l’Afrique et du monde. Cette vision n’est la propriété d’aucune ethnie. Alpha Condé se retrouve pris au piège de son propre jeu. En voulant isoler une communauté en pensant la mettre sur le banc des accusés de tous les maux du pays, il fait face à son propre isolement. Une gestion du pays qui montre que, pour lui, une seule ethnie est guinéenne et les autres ne sont que des faire-valoir. Mais la réalité guinéenne est toute autre et le peuple montre que cette gestion n’est pas sa vision et le fait savoir de plus en plus.
Voilà les grande lignes de cette volonté qu’affiche le peuple de Guinée à vouloir marcher le lundi 27 août 2012 sur l’ensemble du territoire national et à l’étranger.
Mais avant cette date qui va marquer une nouvelle page de l’histoire de ce pays, une autre manifestation se fera le jeudi 23 août 2012 pour exprimer un soutien aux victimes de la barbarie à Zoghota dans N’Zérékoré. Il faut rappeler le limogeage quasi insignifiant des préfets de Siguiri et de N’Zérékoré, comme si cela réglait le vrai problème de fond.
Le jeudi 23 août donc, une manifestation aura lieu pour exprimer cette solidarité africaine et surtout guinéenne pour montrer que lorsque ton voisin a un malheur, il faut s’en approcher parce que nul ne sait qui sera la prochaine.
C’est bien le lieu et surtout l’occasion rêvée de faire comprendre aux cadres, leaders religieux et de partis politiques de toutes sensibilités que les massacres de Zoghota ne sont pas une affaire de Forêt et de Forestiers, c’est un drame national et devrait être considéré comme tel par les uns et les autres. Lorsqu’on est démocrate et républicain, le non-respect de la loi et les violations des libertés les plus élémentaires doivent être un crime contre l’humanité toute entière. Il s’agit donc pour nos amis politiciens de la Forêt de ne pas penser que le drame qui frappe nos parents de Zoghota n’est rien d’autre qu’une affaire interne à la Forêt et aux Forestiers. C’est une affaire nationale.
Si les affaires de l’axe Hamdallaye-Bambéto-Coza, certains considèrent que c’est juste un problème des populations qui y vivent, il faut savoir que les entraves à la liberté, la faillite de Friguia, le mort à Siguiri et le drame de Zoghota sont des crises qui dérangent tous les démocrates de ce pays.
La manifestation du 23 a pour principal objectif justement, de montrer à la face du monde que c’est le pays qui est touché par le drame de la Forêt et qu’il n’est plus acceptable de revivre ce genre de drame et que des responsabilités doivent être établies et les fautifs sanctionnés conformément à la loi. Cette manifestation de soutien montre aussi que l’injustice n’a pas de frontière et le combat doit être national et non régional.
La manifestation du 27 août quant à elle, est pour dire à Alpha Condé :
Dégage !
Conakry, le vendredi 17 août 2012
Mamadou Barry
Analyste financier
