Mohamed Kefing Kaba Vendredi, 27 Juillet 2012 21:28
Depuis quelques années, l’un des problèmes les plus préoccupants des pays africains est celui de leur armée.
Le non-contrôle de leurs effectifs, la libre circulation des armes de tout genre, la médiocre formation des militaires, constituent entre autres quelques raisons de la grande indiscipline de la grande muette au sud du Sahara.
A leur convenance, elles font et défont les régimes, ce qui est souvent nettement préjudiciable pour les quelques avancées faites en démocratie.
Comment espérer des résultats plausibles d’une armée constituée d’éléments souvent mal formés ou n’ayant aucune formation militaire et ne possédant aucune éthique de vie dans sa grande majorité ?
S’il est indéniable que certaines armées ont récemment montré quelques progrès notamment au nord (Tunisie, Egypte...), en levant un peu le pied en matière de répression de leur propre peuple, force est de reconnaitre qu’elles restent dans leur grande majorité très imprévisibles.
En Guinée, la population croit de plus en plus fermement qu’elle constitue le premier ennemi de son armée qui pourtant, est censée la protéger. Quel paradoxe !
En fait, une armée se doit d’être républicaine, son principal rôle étant la protection de l’intégrité territoriale de l’Etat et celle de ses citoyens sans distinction.
Malheureusement, l’armée guinéenne, renforcée par plusieurs coups de force restés impunis à proprement dit (2-3 février 1996, putsch de décembre 2008, 28 septembre 2009, etc.) se croit finalement tout permis.
L’arrivée d’un nouveau régime à Sekhoutoureya, avait suscité beaucoup d’espoir quant à la réforme et la réorganisation de l’armée. Mais pour l’instant, malgré quelques démarches timides (mise à la retraite de quelques 4200 militaires, recensement général, délocalisation d’armes lourdes) les résultats espérés se font attendre d’autant plus que le président de la République est lui-même ministre de la défense. Cela constitue un autre fait qui atteste du manque de confiance de l’exécutif aux responsables militaires du pays, mais également sa volonté de garder la mainmise sur l’armée afin de mieux la gérer à sa façon. Une vraie réforme requiert un vrai soldat, un vrai leader et non un politique.
Face à cette situation, quelques propositions de solutions sont envisageables. Nous allons donc pour ce faire proposer une démarche en trois 3 phases:
Le recrutement:
Comme toute activité professionnelle, le recrutement de soldats doit obéir à certains critères préalables. Avec une armée dont nous ignorons l’effectif réel, il serait judicieux au prime abord de faire un vrai recensement biométrique exhaustif de tous les militaires guinéens, ensuite déterminer la branche de chacun (garde républicaine, aviation, marine, etc.) et leurs différents secteurs d’activités (médecin, mécaniciens, chauffeurs, …)
Par rapport aux résultats acquis et aux besoins de la République, des études peuvent être faites pour établir si le pays a besoin de plus ou de moins de militaires, de branches concernées, pour ensuite faire face aux modalités d’appartenance à tel ou tel corps, …
Ce coup de balai permettrait à coup sûr de déterminer un effectif réel, et ouvrirait la voie à de possibles recrutements ou réorientations et un meilleur contrôle des salaires et autres avantages.
Une armée républicaine se doit d’être dynamique, fière et orgueilleuse, c’est pour cela que de vrais critères de recrutement seront fixés : Ages minimum et maximum, niveau d’éducation minimal requis, casier judiciaire vierge, citoyen recensé, aptitudes physiques et mentales (poids, santé…). Certains étudiants diplômés en passe d’oublier ce qu’ils ont appris à l’université tellement ils en sont sortis depuis longtemps, sans emploi, pourraient par exemple avec fierté postuler pour des rangs de jeunes officiers qui seront différents des simples soldats.
En contrepartie, l’Etat en fonction de ses moyens leur garantira le nécessaire (nourriture, logement, éducation, santé, avancement en grade si qualifiés, etc.)
Des tests seront organisés pour recruter les nouveaux soldats en fonction des besoins de la République et non d’individus spécifiques, et les meilleurs seront retenus.
L’arme paraitrait ainsi plus prestigieuse, et plus attractive, et par ricochet absorberait une bonne partie de la jeunesse au chômage. Une fois la phase du recrutement très rigoureux passée, on penserait ainsi à la formation des futurs soldats.
La formation initiale
Il faut beaucoup de changements dans la vie d’un civil pour devenir un militaire effectif. C’est justement pour faire face à ce besoin qu’une formation militaire est nécessaire. Elle pourrait s’étendre de huit (8) à dix (10) semaines dans des centres établis dans ce cadre et avec des encadreurs spécifiques mis en place pour cette tâche. La formation initiale permettrait au soldat d’apprendre la courtoisie militaire (discipline, force physique, mentale et émotionnelle, combat, maniement des armes, leur portée, leur effet et surtout leur maitrise, quand faut-il les utiliser et contre qui, pourquoi, sur ordre de qui, comment, etc.)
Elle serait suivie d’une autre formation de durée également variable en fonction des choix professionnels des soldats dans l’armée, c’est-à-dire leur profession quotidienne puisque le soldat n’est pas que soldat, il est aussi une grosse force de production. Il doit donc, à côté de son métier de soldat, produire des biens et services pour la République notamment en période pacifique (paix).
En cas d’échec dans l’une ou l’autre des phases, des sessions de rattrapage sont organisées, après plusieurs échecs certains seront simplement renvoyés à la vie civile. Si la règle est d’or, et que l’on veuille bâtir l’excellence, alors il nous faut donc une rigueur sans égale sinon les conséquences retomberont sur le pays tout entier.
Après quelques mois de formation loin des siens, on est enfin prêt à entamer la vie de militaire.
La vie professionnelle
Nos recrues sont enfin des soldats ou des officiers, formés militairement mais aussi des forces de production nationale et dans tous les domaines (médecine, soudure, logistique, …).
Ils vont donc avoir à se soumettre aux règles établies par le code militaire mais aussi respecter les autres lois de la République. Ils auront droit à un salaire convenable et à des garanties établies par la loi (Assemblée Nationale). Nos soldats sont désormais des cadres de la République et seront traités comme tels. Ils seront également soumis aux rigueurs de la loi de manière plus drastique.
Ils connaitront bien mieux leurs équipements et sauront mieux se maitriser et respecter le peuple dont ils sont les garants de la liberté. Le port des armes devra être réduit aux situations d’entrainement ou en cas d’urgence. Mais dans les moments de détente les militaires doivent se faire rares dans les rues et rester occupés dans leur base ou lieux de travail.
Fonction des besoins de l’Etat, l’armée sera divisée en branches active et réserve. Cela réduirait les dépenses mais lui permettrait toujours d’avoir une force de réaction en cas de besoin, telle que la situation au Mali. Le principe de rotation (3 ans en général) devra également prévaloir.
Il convient en définitive, de rappeler que nos armées ne sont pas forcément mauvaises, mais c’est la manière dont elles sont formées et entretenues qui les conduit à certaines dérives. Une armée républicaine constitue un vrai gage de stabilité politique et démocratique et pourrait constituer un vrai frein aux abus de l’exécutif.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire, faisons donc ce qu’il faut pour éviter que les tristes situations du passé ne se reproduisent. Aussi, ne laissons pas les crimes passés impunis, faisons en sorte que le militaire ait plus peur de la loi que le civil dont il est l’employé.
Nous espérons également que si le code militaire existe désormais, il serait convenable de former des juges militaires et mettre en place une cour martiale qui a manqué par exemple lors de quelques situations passées (les massacres du 28 septembre 2009, arrestation du colonel Moussa Keïta, des accusés militaires pour l’attentat présumé du 19 juillet, …)
Guinéennes et Guinéens, battons-nous ensemble pour faire de ce rêve une réalité, car ne l’oublions pas, chaque militaire vient d’une famille civile, ce ne sont donc pas des bourreaux mais nos frères, sœurs, fils, ...
Mohamed Kefing Kaba
Kandahar, Afghanistan