Ismaël Bah Samedi, 07 Juillet 2012 13:46
Le dimanche 1er juillet, Alpha Condé en visite privée en France, a affirmé que « depuis que Sarkozy est parti, je dors bien, voire même très bien, mon médecin peut le confirmer ». Ce propos a été tenu à l’occasion d’une rencontre avec la communauté guinéenne dans l’un des hôtels de la place.
Lors de cette rencontre improvisée et organisée par des amateurs, le message à faire passer auprès des Guinéens était qu’il faut encenser Ousmane Bah de l’UPR pour mieux effacer Cellou Dalein Diallo de l’UFDG. Dans le même temps, il faut diviser en Basse Côte, pays soussou, diviser entre eux Sydia Touré, Kassory Fofana et Saïd Fofana, afin de gagner les élections législatives prochaines.
Dans cet hôtel, le RPG, parti du président a fait venir de toute l’Europe des militants du parti par bus au frais de notre pays. Cet espace était sécurisé par la police française à la demande de l’ambassade de Guinée en France et des agents de sécurité privée issus de son ethnie. La police française a d’ailleurs remarqué qu’il y avait une véritable sélection ethnique à l’entrée.
Lors de l’entretien avec le président François Hollande, celui-ci, comme il s’y était engagé, a signifié à son hôte que la démocratie vaut partout dans le monde et notamment en Guinée. Dès lors, les Guinéens doivent choisir leurs parlementaires. Comme président de la République il n’accepterait pas des élections qui auraient été frauduleuses, pas de mansuétude ; il sera encore beaucoup plus exigeant avec ceux qui se réclament de lui ou qui se disent membres de l’Internationale socialiste, et doivent donc donner l’exemple. Il a rappelé que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy avait déjà haussé le ton contre certains présidents qui voulaient s’accrocher au pouvoir.
Ainsi, sauf à prendre toutes dispositions, et le plus vite possible, pour organiser des élections véritablement démocratiques en Guinée, le président de ce pays pourrait constater, à ses dépens, que le nouveau président français n’est pas, loin sans faut, moins exigeant que son prédécesseur
Celui qui se fait appeler professeur Condé s’est immédiatement montré conciliant au passage, avec ses deux véritables professeurs (Hollande et Fabius) pour appuyer les efforts entrepris en la matière par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). N’ayant pas obtenu le soutien de François Hollande et surtout de Laurent Fabius, il tentera désormais de s’appuyer sur la structure que dirige Abdou Diouf. Sur ce, point tout dépendra désormais de la manière dont les partis politiques et la société civile vont s’organiser.
Monsieur Fabius a fermement précisé à Monsieur Condé que la situation de la Guinée est plus que préoccupante. « Nous avons reçu une note de Monsieur Jacques Legendre, sénateur socialiste, qui nous dit et c’est bien notre conviction, que la première priorité de la Guinée doit être de se doter d’un parlement élu démocratiquement. Tant que cette condition ne sera pas remplie, il n’est pas possible d’avoir des relations entre le parlement français et la Guinée.
Dans ces conditions, le nouveau report sine die des élections législatives prévues le 8 juillet prochain, interdit toute mise en œuvre d’une véritable coopération entre l’Europe et la Guinée ».
Devant cette légitime pression, le président guinéen s’est engagé à organiser les élections législatives après le ramadan et la saison pluvieuse. Laurent Fabius, ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a alors très sèchement rétorqué « Monsieur Condé vous avez déjà énoncé cette promesse ! »
Récemment, un parlementaire français de gauche me disait que « Monsieur Condé n’est plus le président de tout les Guinéens ; il semble tomber dans le même travers que ses prédécesseurs, enrichissement personnel et de ses proches. Tant que le pays n’est pas stable, aucun investisseur ne s’y risquera. »
Ces derniers temps, ceux qui ont porté au pouvoir monsieur Condé ne ratent aucune occasion de s’attaquer au pouvoir sur le terrain de la mal-gouvernance et de l’ethnocentrisme. Récemment encore, Ibrahima Kassory Fofana, président de GPT, attirait l’attention des Guinéens sur ce régime ethno-malinké qui stigmatise et harcelle les Peulhs. Il dénonce cette manière de ne nommer à des postes important que des gens de son ethnie. En outre tous les décrets sont filtrés par une « commission de Malinkés » Entre autres ces décrets avant publication portent nomination des hauts cadres de l’État et des entreprises privées. « Récemment encore le président que nous avons porté au pouvoir nous reprochait de l’avoir foutu en prison. Ce monsieur est là pour régler des comptes. Alors, lors de mes déplacements, je dis souvent aux Guinéens que je rencontre "Alpha Condé Kôbiri nakhan sooma Woyira, Waa Tongo, wa don, a mougnèkhinê !"
Un autre leader de parti politique signale qu’au nom de la prise en main du pays par le parti ayant remporté les élections, on a assisté à une véritable campagne de purification ethnique dans l’administration. Sous la houlette d’idéologues extrémistes appuyés par des coordinations régionales, tout l’appareil d’État a été entièrement investi, de haut en bas de l’échelle.
Sur la mal-gouvernance, monsieur Sidya Touré président de l’UFR donne une précision importante : « Les 25 millions de dollars US, disons-le, c’est la partie visible de l’iceberg. Nous savons ce qui se passe aujourd’hui avec l’usine de Fria. Nous savons également ce qui s’est passé avec les 15 millions d’euros payés par le groupe MTN. Quel Guinéen peut nous parler de la destination exacte des 700 millions de dollars de Rio Tinto ?
On parle des 25 millions de dollars US, dont certains affirment que ce sont des rumeurs. Ce sont des de questions sérieuses. 700 millions de dollars ont été donnés au gouvernement. On entend encore que 145 millions de dollars ont, semble-t-il, été injectés dans l’électricité pour faire tourner 50 Mégawatts à Tombo. On avait par ailleurs dépensé 150 millions de dollars pour le projet de Kaléta. Tous ces montants donnent le tournis. »
On entre je pense dans une ère de normalisation. Il ne faut plus fantasmer sur le poids de la présence française en Afrique. Si Nicolas Sarkozy a pu soutenir l'élection d’Alpha Condé comme l’ont fait Lansana Kouyaté, Ibrahima Kassory Fofana, le président Condé a fini par ne pas respecter ses engagements. Je ne pense pas que François Hollande s’impliquera de la même manière d’autant plus qu’il n’a pas a priori d’engouement particulier envers l’Afrique.
L'Élysée a fait savoir que l'entretien avait permis à François Hollande de souligner les principes qu'il souhaite voir guider les relations entre la France et la Guinée, évoquant donc la lutte contre la corruption et l’ethnocentrisme, et pour le pluralisme démocratique.
Notre organisation non gouvernementale remercie nos collaborateurs en Guinée et ceux qui, comme madame Pau-Langevin, députée de Paris et ministre, qui nous ont permis de rencontrer le conseiller diplomatique du président Hollande, de garder les contacts avec ce dernier, les présidents des groupe amitié France-Guinée au Sénat et à l’Assemblée nationale française, la communauté guinéenne et africaine de France, et ainsi d’accompagner notre pays vers une véritable démocratie.
Ismaël Bah
Président de Guinée Codéveloppement