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Guinée: l’Alpha et l’oméga
Vincent Hugeux Mercredi, 04 Juillet 2012 22:02
Epilogue d’une visite de travail de 5 jours, la conférence de presse donnée hier mardi par le président guinéen Alpha Condé dans un salon de l’hôtel Raphaël, palace parisien au chic désuet voisin de l’Arc de Triomphe, laisse une tenace sensation de malaise.
L’exercice avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Réfractaire à la pompe en vigueur dans ce genre de cérémonial, l’ancien « opposant historique » vient saluer chacun des journalistes présents, gourmandant l’un, apostrophant l’autre sur un ton familier. Mélange de rugosité et de fraîcheur, son propos liminaire puise à la même source, quitte à rudoyer son entourage. « Il est vrai que mon gouvernement ne brille pas par la qualité de sa communication, concède le ‘patron’. Et je me vois obligé de surveiller chaque ministre comme le lait sur le feu. » En clair : je dois tout faire moi-même, sinon c’est le bazar. Habillés pour la saison des pluies, les intéressés apprécieront. D’autant que celui qui, fin 2010, hérita d’une patrie en lambeaux, anéantie par un demi-siècle de dictature militaro-clanique, enfoncera le clou. « Je n’ai aucun complexe à faire venir des blancs chez moi. Nous n’avons pas les compétences et sommes à ce stade incapables de gérer le pays. Il ne faut pas avoir honte de ses faiblesses. » Voilà qui a au moins le mérite de rompre avec la langue de bois d’akoumé, de teck ou d’acajou d’ordinaire en usage. De même, comment ne pas souscrire au courroux d’« Alpha », 74 ans, quand il préconise une riposte vigoureuse mais africaine au funeste essor du cancer djihadiste dans le Nord-Mali?
C’est après que ça se gâte. Pour m’être enquis du calendrier d’un scrutin législatif qui aurait dû être convoqué dans les six mois suivant l’investiture, soit il y a plus d’un an dernier carat, j’eus droit à une longue tirade contre les ténors de l’opposition ‒ « tous ces anciens Premiers ministres qui ont mis le pays à genoux ». « Les législatives, ce n’est pas mon affaire, tranche l’orateur, mais celle des partis politiques. Moi, j’ai été élu par le peuple guinéen. » Nous qui croyions bêtement que le président de la République, docteur d’Etat en droit public à la Sorbonne dans une vie antérieure, avait aussi pour mission de garantir le fonctionnement régulier des institutions… La sortie paraît d’autant plus insolite que, la veille, lors de la rencontre à l’Elysée avec « son ami François Hollande », le même Condé s’était montré conciliant, priant au passage Paris d’appuyer les efforts entrepris en la matière par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ; et que dans un entretien accordé à l’AFP, il s’engageait à « tout faire pour que les élections se tiennent avant la fin de l’année ». La fin de l’année, soit. Mais laquelle ? S’il flétrit volontiers la « démocratie à géométrie variable », l’enfant de Boké ne craint pas d’en enrichir le manuel. Ainsi, pour justifier son hostilité à la tenue à Kinshasa du 14e sommet de l’OIF, il invoque le dévoiement ‒ patent et grossier d’ailleurs ‒ du processus électoral en République démocratique du Congo.
Interrogé sur l’impunité dont jouissent encore maints acteurs-clés du massacre perpétré à l’automne 2009 par les séides du putschiste Moussa Dadis Camara au stade de Conakry, théâtre d’un rassemblement d’opposants, Alpha Condé avance deux arguments sidérants. Un, il faut laisser œuvrer une justice guinéenne qualifiée quelques minutes auparavant de « complètement pourrie ». Deux, celui qui a connu la prison, l’exil et une sentence de mort par contumace refuse de « s’enfermer dans le 28 septembre. » « Il y a eu beaucoup d’autres crimes avant, assène-t-il. Les victimes du camp Boiro [cloaque et mouroir où périrent des milliers de dissidents réels ou supposés sous Ahmed Sékou Touré] sont devenues bourreaux ensuite. Un mort vaut un mort. » Et un assassin impuni en annonce dix autres…
Au fond, le drame d’Alpha Condé, c’est de n’être jamais vraiment descendu des estrades électorales. De céder trop souvent encore aux délices et aux poisons d’une logomachie nationaliste et populiste. Plutôt que de consacrer toute son énergie ‒ et Dieu sait qu’il n’en manque pas ‒ à panser, avec tous les compatriotes de bonne volonté, les plaies d’une nation meurtrie. Et Dieu sait qu’elles ne manquent pas.
Vincent Hugeux
Source : blogs.lexpress.fr, "L’Afrique en face" le blog de Vincent Hugeux
Commentaires
(...) Et je sais de quoi je parle pour avoir été un fidèle d'AFRIQUE-PRESSE mais aussi un fidèle auditeur de RFI depuis une quarantaine d'années.
Et qui l'eût cru!
CT, le jeun'Guinéen err@nt
Elle est ou la jeunesse ici ,CT ? Si depuis une " une quarantaine d'années( quand meme !!!) "vous avez été "un fidèle d'AFRIQUE PRESSE mais aussi un fièle auditeur de RFI"?
Bien sur que le forum est subtilement squatté par des ciboulots mythos , eternels jeunets au bagou savoureusement empoisonnant .C'est le fiel bonifiant qui m'a rabbatu sans detour sur la cantonnade.Et les « collantes –p...s » ! Tiens ! c’était pourquoi je gerbais à m'en decroter les viscères .
Curieuse epoque ou on est plus prompt à prendre des vessies pour des lanternes qu'a se mater en face .
La chiquenaude au prophète denude l’imposture. La vache! On est quand meme pas des daubets!!! Si à 40 balais on est encore jeune , plus precisemment « jeun'Guinéen err@nt », « Et qui l'eût cru! », c'est qu'il faut imperativement revoir la notion du temps et de la jeunesse .On a de bonnes raisons d'etre accro au masque !...
Meme si je perdais la boule , faut ou moins avoir 18 piges, on est bien d'acc., et pas la tete en l’air pour bitter la logorhée des fortes fortes. A 20 berges et plus , c’est possible , encore qu'on soit pas beotien , meme vicelard.
Tout se passe dans la caboche au final , si vous voyez mino à 90 ans et que vous sentiez bien dans votre peau , bah Alors! Devorez à grandes dents "votre jeunesse".Et inversesment .Yas des vieux en petits modèles tout comme des vieux schnocks ados en grand format . La pulpeuse Madonna, Johnny halliday ne veulent pas veillir .C'est moche viellir...
L'obsession de la jeunesse est bien une realité .
Après la com à l’ENA de Bordeaux ( ?) , ya eu l'entrevue à l'elysée , puis le tete à tete avec....OBAMA .Lui, Molière, serieux , le roi n'est pas son cousin.
Comme on innove à l'epilogue par des saillies pour la route .Ya lieu d'en placer une :
le mensonge n'a pas de memoire ,et « qui dit un mensonge en dit cent » .La sagesse est française.
Seigneur remplace le par un guinéen qui fera le bonheur et l'honneur de TOUS les guinéens.Amen
Vincent Hugeux, est comme tout le monde, inspiré parfois, moins d'autres fois, mais il a fait un commentaire sur cette visite, que je trouve réaliste.
A défaut de spécialiste, je pourrai employer le mot spécialisé (et considérer l'inanité du premier terme selon votre définition). Ce qui vous ravira moins cependant, c'est la lecture de son dernier ouvrage : "Afrique : le mirage démocratique", 2012, CNRS Éditions. Je vous invite à lire la page 28 concernant AC et le Guiness book, vous y trouverez ma référence, car je ne vois pas l'émission dont vous parlez. Et je préfère l'écrit, car on dit que la parole s'envole, mais que les écrits restent.
plus de spécialiste de tout un continent (54 États hétérogènes, le mot dans son essence même). Les grands fidèles de l'émission "Afrique Presse" connaissent bien M. Hugeux. Oui, lucide dans certain débat mais pas dans tous. Et je sais de quoi je parle pour avoir été un fidèle d'AFRIQUE-PRESSE mais aussi un fidèle auditeur de RFI depuis une quarantaine d'années.
Et qui l'eût cru!
CT, le jeun'Guinéen err@nt
"Le bon avocat connait la loi, le meilleur lui connaît le juge..."
Au moins un journaliste lucide.








