Oury Barry Mercredi, 20 Juin 2012 15:05
Sous la première République, la révolution avait protégé cette unité industrielle, dont la construction avait été engagée par l’administration coloniale. Elle était liée au projet du barrage du Konkouré, réalisé 30 ans plus tard (Garafiri).
Lorsque les partenaires de FRIALCO cédèrent leurs actions à l’Etat guinéen en 1997 pour 1 USD (les dettes pour 98 millions d’USD étaient reprises par la Guinée), le ministre des Mines F. Fofana délocalisa le fonds de commerce de l’unité industrielle au Delaware, en créant ACG Inc (actionnaires : F. Fofana, K. Fofana, M. Reynolds, M. Karim Kardjan, Mme K. S. Conté) et prit la gestion de l’unité industrielle au travers d’un contrat de location gérance (L’alumine était vendue à prix coûtant à Conakry, les profits étant dégagé par ACG Delaware).
Après plusieurs années d’exploitation sans investissements importants (maximum de profits) l’unité industrielle étant à bout de souffle au niveau technique, le groupe rechercha des partenaires et vendit ACG au groupe Rusal qui fut dans l’obligation de faire immédiatement des investissements de maintenance importants. Dans une deuxième phase, Rusal rachetait l’unité industrielle pour environ 120 millions de dollars, composés de près de 105 millions de dette et soldait la différence au gouvernement.
Depuis ce rachat et les différents évènements politiques du pays, l’exploitation de l’unité industrielle et sa modernisation ont été en permanence troublées par la politique et le social. Malgré ces handicaps, la production était maintenue et le représentant de Rusal, A. Patchenko arrivait à trouver un équilibre et un dialogue jusqu’aux incidents avec le Cap Dadis (grande scène télévisuelle).
Les successeurs, et la méthode de gestion délocalisée à Moscou, ont conduit à une rupture de dialogue avec le syndicat et une gestion calamiteuse de l’usine qui conduit aujourd’hui à une situation de blocage et à l’arrêt de la production du marché de l’alumine.
La conjoncture internationale (la tonne d’alumine est vendue par la Chine 10% moins chère que le prix de revient de la tonne produite à Fria), l’âge de l’unité industrielle, les investissements nécessaires à son extension, le manque de dialogue, l’obstination des syndicats et l’absence d’une politique industrielle, conduisent l’unité industrielle vers sa fermeture et son démantèlement.
Il est urgent que le premier groupe d’aluminium mondial, Rusal, reprenne le dialogue avec son personnel, mais aussi que le gouvernement guinéen prenne ses responsabilités afin d’arrêter un mouvement syndical qui détruit l’unité industrielle.
Les syndicalistes devraient se mobiliser pour dénoncer les véritables acteurs de ce désastre industriel. Ce ne sont pas des étrangers mais des Guinéens qui ont détourné et détruit l’entreprise Friguia.
A vouloir maintenir des demandes irréalistes en période de crise, le coût du social (électricité, eaux, hôpital, etc…) de la ville de Fria sur l’unité industrielle (la population de la ville est passée de 10 000 à plus de cent mille en 15 ans) met en danger l’existence même de l’unité industrielle.
L’esprit des syndicats et des travailleurs vagabonde dans des illusions entretenues par des politiques. Ce ne sont ni la Chine, ni Dubaï, ni l’Afrique du Sud qui vont venir redresser et investir dans l’unité industrielle. Les prix de l’alumine sont au plus bas et ne permettent pas une visibilité sur le moyen et long terme. Il est urgent que le gouvernement, les syndicats et Rusal fassent chacun un effort dans l’intérêt de la Guinée et dans leur propre intérêt.
Cette usine est un symbole africain et guinéen. Rusal doit prendre la mesure de cette spécificité et ne peut gérer cette unité industrielle comme si elle était en Ukraine.
Les Guinéens doivent comprendre qu’une société minière ne peut être gouvernée comme à l’époque de la révolution. La ville de Fria (comme celle de Kamsar) ne peut être supportée par les sociétés minières, mais par l’Etat qui perçoit des taxes et des redevances minières. L’Etat doit jouer son rôle et ne pas abandonner les sociétés minières face aux populations.
La République de Guinée est la première réserve de bauxite au monde. L’Institut des Mines de Boké avait été créé pour être une université minière pour toute l’Afrique. Qu’a-t-on fait de cet outil remarquable ?
Il est urgent que les ‘’Guinéens’’ arrêtent de détruire de la valeur et se mobilisent pour construire enfin leur pays.
Oury Barry
Conakry