Naby Laye Camara Dimanche, 10 Juin 2012 12:25
C’est toujours une bonne nouvelle que les corrupteurs et corrompus de la République soient dénoncés et traduits devant la justice. Lorsque le président de la République, dans l’intérêt de la nation, prend des mesures drastiques contre les fonctionnaires coupables de malversations, c’est un acte qui mérite d’être salué et encouragé. L’exécutif joue son rôle. Les citoyens et l’opposition doivent noter ce fait avec beaucoup d’objectivité. Cependant, ces mesures présidentielles doivent être propres et égalitaires.
Dans la loi fondamentale guinéenne, dans son article 45, il est noté que « le président de la République est le chef de l’Etat. Il préside le Conseil des ministres. Il veille au respect de la Constitution, des engagements internationaux, des lois et des décisions de justice ». Il incarne l’unité de la nation. Le chef de l’Etat doit veiller au respect de la Constitution ! Un point déterminant. Car dans cette même Constitution, dans son article 4, il est noté, que « la loi punit quiconque ‒ par un acte de discrimination raciale, ethnique ou religieux, ou par un acte de propagande régionale ‒ porte une atteinte grave à la sérénité de l’Etat, à l’intégrité du territoire de la République ou du fonctionnement démocratique des institutions ». Ce qui laisse entrevoir que le président Condé vient de faire un bon pas en avant en dénonçant les voleurs du pays. Mais, cette réaction du président est-elle suffisante ? Car des cas aussi graves restent impunis. Tels que les propos injurieux à l’égard de l’ethnie peule, l’an dernier, du médiateur de la République, M. Facinet Touré.
Facinet déclarait que les « Peulhs doivent se contenter uniquement de la chose économique. La chose politique ne leur convient pas ». Et de poursuivre : « Si les Peulhs ont le pouvoir économique et que les autres ethnies se partagent le pouvoir politique, il y aura la stabilité dans le pays. Le cas échéant, la paix ne tiendra pas plus de deux jours ». Quoi de plus injurieux et destructeurs de l’unité nationale que de tels propos. Et avec des circonstances aggravantes. Il s’agit bien du médiateur de la République dont la tâche est « d’œuvrer dans la stricte limite de la loi afin d’éviter tout dérapage ». Son rôle est « de rassembler, réconcilier et raffermir les liens de la solidarité entre les fils du pays ».
Lorsque des cadres de l’administration publique volent de l’argent du contribuable guinéen, c’est une faute grave, mais pas une menace potentielle pour l’unité nationale. Par contre, lorsqu’une personnalité publique insulte une des ethnies du pays, c’est non seulement une faute grave, mais aussi et surtout une réelle menace pour la stabilité du pays.
Le passé très récent nous a montré que le président Alpha Condé a une bonne marge de manœuvre de contourner, ou d’aller plus vite que des procédures judiciaires. Les maires élus sont limogés pour malversations financières. Les conseils communaux élus sont dissouts pour les mêmes raisons. Certains membres de la Cour Suprême ‒ qui ne peuvent être limogés qu’avec l’autorisation de l’assemblée générale de ladite Cour ‒ sont, aussi, limogés par le président Condé. Dans l’article 129 de la Constitution, le médiateur de la République ne peut être démis de ses fonctions qu’en cas d’empêchement définitif ou de faute grave constatée par la Cour Suprême.
Si la politique de deux poids deux mesures ne fait pas obstacle, Facinet Touré devait (ou aurait) compter ses jours comme médiateur de la République. Et là, Alpha Condé aurait manifesté son réel désir de mettre fin aux mauvaises habitudes qui gangrènent l’administration guinéenne depuis 1958.
Naby Laye Camara
Bruxelles