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Déclaration d’Alpha Condé : Décision populiste ou vrai changement de direction ?
Mohamed Kouyaté Mardi, 05 Juin 2012 15:42
Les Guinéens et la communauté internationale ont été surpris ce week-end par les propos du président de la République : « D’ici au dimanche prochain, beaucoup de têtes vont tomber et beaucoup iront en prison ».
Une question taraude l’esprit de maints observateurs de la scène politique guinéenne : ou le président Alpha Condé veut-il effectivement s’écarter des pratiques du passé, ou veut-il faire une simple annonce populiste dans les perspectives électorales, ou veut-il simplement se débarrasser de ses anciens alliés devenus encombrants ? Ne pouvant avoir de réponse de la part du prestigieux locataire du palais de Sékoutouréyah, nous allons tenter d’analyser ces trois postulats de façon discursive en tenant compte des réalités sociopolitiques de la sphère guinéenne.
I. Alpha Condé veut-il s’écarter des anciennes pratiques ?
On aurait du mal à comprendre la cohérence de l’annonce du président Alpha Condé avec les actes qu’il pose depuis son élection à la magistrature suprême. En effet, nul n’ignore que la gestion de la République de Guinée par Lansana Conté au crépuscule de son règne avait été décrié pour corruption, clientélisme et népotisme de ses collaborateurs mais aussi de sa part à lui-même. L’arrivée de Dadis au pouvoir avait été l’occasion de jeter la lumière des projecteurs sur certains de « ces gros caïmans », disait-il sommairement à l’époque lors de ses shows télévisés. Dadis avait peut-être raison de demander des comptes aux différents grands commis de l’administration publique sur beaucoup de dossiers louches ; mais la procédure pour laquelle il avait opté était « maladroite ». Ne respectant quasiment pas les règles de base du droit. Son mérite toutefois aura été d’éveiller la conscience collective sur la gestion de la chose publique quoique sa gestion à lui aussi ait été empreinte de beaucoup d’irrégularités et d’opacités. Finies les parenthèses « Dadis-Konaté » en 2010, on aurait cru que l’arrivée d’Alpha Condé aurait permis de réchauffer cette bouillabaisse politico-économique de notre chère patrie. Hélas, en « super-rassembleur », Alpha Condé fait appel à beaucoup de caciques contéistes ayant en moyenne trois décennies de fonction chacun au détriment de jeunes cadres bien formés et pétris dans la culture du résultat. Des caciques parmi lesquels beaucoup ont des comptes à rendre de leur gestion de la chose publique. Avec donc Alpha, c’est la fermeture de cette honteuse parenthèse de poursuite entamée par Dadis. De ce fait, des décrets tous azimuts pleuvent avec une pléthore de conseillers à la présidence. Les anciens accusés et inculpés sont réhabilités et même promus. Certains d’entre eux partent jusqu’à vouloir réécrire l’histoire, leur histoire, l’histoire d’un peuple qu’ils ont trahi, un peuple qui leur a pourtant tout donné, confiance et matériel.
Que s’est-il réellement passé ? On aurait cru qu’avec l’avènement d’un juriste à la tête de la nation, le peuple de Guinée allait connaître un audit clair et impartial de la gestion publique mais c’est mal connaître le virus de Guinée, un cocktail enivrant composé de bassesse politique de tout genre, de maraboutage, de familiarité et d’affiliation ou parenté loufoque. La question donc qu’il faut se poser est de savoir si l’actuel président veut vraiment se débarrasser des anciennes habitudes des cadres des rivières du sud ? Si oui, ne savait-il pas que beaucoup de ces cadres qu’il a réhabilités sont sujets d’une clameur publique ? Il est vrai que si la clameur publique ne peut faire nommer ni démettre un cadre, elle peut toutefois éveiller l’attention de celui qui se veut administrateur des ressources humaines car généralement derrière toute clameur, se cache une part de vérité, petite soit-elle.
II. Une simple annonce populiste dans les perspectives électorales ?
On a du mal aussi à comprendre les raisons de cette annonce après des semaines de manifestations de l’opposition guinéenne qui aussi, à force de contester et de protester, finirait par perdre la face car le peuple n’est pas dupe. Il voit tout, entend tout et comprend tout. Mais, revenons sur le meeting de ce samedi. Alpha Condé avait-il besoin de faire une déclaration de la sorte ? Quelle valeur institutionnelle donner à celle-ci ? Celle d’un leader politique qui se prépare dans les starting-blocks d’une élection ou celle d’un président de la République ? Dans le premier, c’eût été mieux de laisser cette tâche aux nervis du RPG qui seraient les mieux placés pour ce faire car, lui Alpha, il doit désormais se considérer non pas comme l’émanation de son parti politique mais de tout le peuple, donc ce meeting ne saurait être le lieu d’une déclaration de cet acabit ; dans le second cas, une adresse à la nation par les canaux appropriés suffirait pour donner une solennité à la déclaration. Mais en politicien averti, on pourrait parier que le meeting du samedi passé est bel et bien une riposte du parti présidentiel à la valse récurrente de l’opposition. Que dire de ces personnes qui se font passer pour des jeunes alors qu’elles ont chacune dépassé la limite supérieure d’âge d’être considérées comme des jeunes. La charte africaine de jeunesse dont la Guinée est signataire, ne dit-elle pas qu’est jeune, toute personne se trouvant dans la tranche de 15 à 35 ans ? Alors qu’on arrête de parler au nom des jeunes quand on ne l’est plus. Les jeunes aspirent aussi à parler avec leurs propres mots et leurs propres bouches pour prendre part à ce qui leur paraît juste et raisonnable. Que ceux qui ont dépassé les 35 ans cessent de se servir de cette fragile couche de la société pour monter dans l’ascenseur politico-administratif de notre cher pays que nous aimons tous. On a vu ce qui s’est passé au temps de Dadis et de Konaté. Des postes distribués à tout vent à coup de mamaya et de camarilla. Puisse le président Alpha Condé éviter ce chemin qu’on souhaite lui faire emprunter sinon, la Guinée consommera à nouveau le plat fade du retard de développement.
III. Alpha Condé veut-il simplement se débarrasser de ses anciens alliés devenus encombrants ?
L’annonce de ce samedi a certainement rappelé de mauvais souvenirs de Dadis exhibant certains cadres de l’administration sur les plateaux de Koloma. Cette sortie d’Alpha n’est-elle pas un remake du Dadis-show ? Car désormais, le peuple de Guinée va impatiemment attendre les ministres et hauts cadres qui seront débarqués du « Titanic » pour les prendre comme les causes du malaise de la Guinée même avant et sans procès. En livrant ses futurs anciens collaborateurs à la vindicte populaire, le président ne fait-il pas d’une pierre deux coups ? S’affranchir d’une part des contraintes liées aux engagements politiques d’entre les deux tours présidentiels de 2010 en indexant les déchus comme étant eux-mêmes à la base de leur sort vis-à -vis de leurs partis politiques qui les ont portés au gouvernement ; et d’autre part régler ses comptes à certains opposants. Ne soyons donc pas surpris des poursuites judiciaires dans les jours à venir succédant au mini-remaniement en vue.
Cependant, si pour l’instant il n’est un doute pour personne de la volonté d’Alpha Condé d’épurer la gestion publique, quelques uns de ses actes soulèvent de sérieuses inquiétudes de la part des Guinéens qui se posent la question du bien-fondé de certaines procédures.
Vivement la fin de l’incertitude à la tête de la Guinée ! Alpha, kôrô Alpha, le peuple t’a fait confiance, ne l’oublie pas.
La Guinée en nous éternellement !
Mohamed Kouyaté
Sociologue
Rouen, France
Commentaires
Il a les mains liées car ceux qui l'entourent sont ceux là qui l'ont aidé à usurper du pouvoir donc il n'osera sanctionner personne au risque de s'exposer à des révélations.
Alpha Condé ne va rien pouvoir apporter à la Guinée car il s'est mis à dos la majorité de la population, il a installé une instabilité politique et sociale ce qui décourage les investisseurs.
Donc le temps qu'il va passer à la tête du pays sera du temps perdu.








