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L’impérative lutte contre l’impunité en Guinée
Tierno Madjou Sow Dimanche, 03 Juin 2012 13:54
Le pouvoir en République de Guinée, depuis l'indépendance, viole les droits de l'homme. Le peuple guinéen souffre principalement du non respect de ses droits. Depuis 1958, il y a eu des répressions barbares qui ont visé aussi bien les Guinéens que les étrangers. Bien que la République de Guinée ait adhéré à la plupart des conventions sous régionales, régionales et universelles des droits de l'homme, aucun coupable n’a jamais été jugé. L’impunité totale est la règle en Guinée.
Le 28 septembre, jour anniversaire de la décision historique du peuple de Guinée de dire non à la domination coloniale, les forces vives de ce même peuple décidèrent d'une manifestation pacifique contre une candidature éventuelle du chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidence de la République ; ce qui allait de fait perpétuer le régime militaire.
En ce jour, une marée humaine venant des cinq communes de la capitale Conakry, se rassembla au stade du 28 septembre. C'est alors que des éléments de la soldatesque envahirent ce stade (Mémorial du choix décisif de 1958). Les soldats bloquèrent toutes les issues. Ils couvrirent le dessus des murs du stade par des fils électrifiés et se mirent à tirer à balles réelles sur la masse humaine inoffensive. Ils se livrèrent à des viols de filles et de femmes en plein air, devant le public en débandade, affolé, criant et tentant de sauver sa vie en fuyant de tous les côtés. Mais les balles et les baïonnettes, les couteaux et les bâtons les rattrapaient dans leur fuite éperdue, les blessaient, les estropiaient, les tuaient... Oui ! Ce fut un spectacle d'enfer ! Il semblait que Satan était devenu maître du lieu. Les forces vives, fleurs du peuple qui s’étaient rassemblées avec des rameaux et des chants de paix crurent voir la fin du monde devant elles ce jour. Le sinistre spectacle accoucha de plus de 150 morts, de 132 filles et femmes violées et de plus de 1000 blessés. On ne pourra jamais déchiffrer le nombre exact de morts et de disparus. Beaucoup de corps furent cachés. Bon nombre de filles et de femmes furent internées dans des maisons anonymes et violées pendant des jours. Certaines furent simplement exécutées après les viols par des balles réelles ou des baïonnettes enfoncées dans leur parties intimes souillées ; horreur indicible ; comble de sadisme !
Les hommes de droit ont qualifié ces crimes abominables de « CRIMES CONTRE L'HUMANITE ». Oui ces crimes ne s'adressent pas à nous seuls les Guinéens ! Ce sont des crimes contre l'humanité entière. Comme les crimes de guerre, de génocide… Un tribunal spécial a été créé pour s'en occuper. C'est la Cour Pénale International (C.P.I.) qui est un tribunal de second degré.
Aujourd’hui, les milliers de blessés, de morts, ces filles et femmes violées, ces disparus demeurent dans le cœur de leurs parents, amis et collaborateurs. Les survivants, sans soutien matériel et financier vivotent péniblement. Des filles et femmes victimes de viol sont parfois renvoyées par leur famille, mari ou fiancé parce qu’elles sont considérées comme impures ; elles vivent sans moyens. Traumatisées, certaines ne peuvent supporter la vue d’un béret rouge (garde présidentielle) ou toute personne en tenue sans défaillir. D'autres sont troublées à la simple vue d’une foule. D’autres encore n'osent pas se rendre dans un hôpital. D'où les difficultés de les soigner dans les centres hospitaliers ou dans les cabinets médicaux, créés dans les quartiers pour servir de lieux de soins. En somme, la situation sanitaire, familiale, sociale et psychologique de ces personnes laisse à désirer. Ces victimes ont besoin de justice, de réparation, d'assistance sanitaire et psychologique et de réinsertion sociale.
La raison principale de cet état de fait est l'impunité qui reste le problème fondamental en République de Guinée. Les événements cruels de ces dernières années, de 2007 à 2010-2011 sont restés impunis. Faut-il aussi ne pas mentionner le Camp Boiro ou les évènements de 1985 ? Aucune décision n'a été prise par les autorités politiques, militaires ou de la sécurité pour condamner ces crimes.
Les événements de 2009 enregistrent de timides actions judiciaires grâce aux pressions internationale et nationale. Ces actions sont toutefois loin de satisfaire la soif de justice du peuple de Guinée. Un trio de magistrats ainsi que trois greffiers ont été commis à juger les présumés coupables de crimes contre l'humanité du 28 septembre 2009. Ces magistrats ont fait un parcours modeste. Ils ne semblent voir le bout du tunnel, tant sont nombreux les obstacles réels sur leur chemin. Il est donc impératif que les forces vives de la République de Guinée qui luttent contre l'impunité se mobilisent. Les institutions internationales habilitées à lutter pour la justice et les partenaires bilatéraux de la République de Guinée se doivent de soutenir ces actions judiciaires sur la base des conventions sous-régionales, régionales et universelles des droits de l'homme.
En outre, l’action contre l'impunité ne peut réussir sans un réseau interne de forces convergentes et engagées à cet effet. Les forces externes d'origine guinéenne, quant à elles, sont organisées et engagées avec fermeté dans cette lutte. Elles ont déjà pris des avocats en Europe et aux États-Unis d'Amérique dans le cadre de la compétence universelle. Elles informent et sensibilisent toutes les organisations régionales européennes, africaines et américaines et le système des Nations Unies. Ce 4 juin 2012, les femmes guinéennes des États Unis d'Amérique organisent une grande manifestation à Washington pour informer, sensibiliser et protester contre l'impunité en République de Guinée.
Il est de notre devoir de les soutenir. L'OGDH demande à toutes les institutions, à toutes les organisations, à toutes personnes sensibles au respect des droits de l'homme de soutenir le peuple de Guinée dans cette lutte pour faire respecter la personne humaine et sa dignité.
Docteur Tierno Madjou Sow
Président de l’OGDH
Commentaires
CT, le jeun'Guinéen err@nt.
"Le bon Avocat connait le droit, le meilleur lui connait le juge..."








