Naby Laye Camara Dimanche, 03 Juin 2012 13:29
L’un des grands problèmes de la société guinéenne, c’est son incapacité ou son refus de vivre dans la réalité. Il y a un refus volontaire de comprendre la différence entre « ce qui est » et « ce qui n’est pas ». « Ce qui est » n’est autre chose que le présent. C’est ce qu’on vit. C’est ce qu’on sent, maintenant. C’est le présent avec tous ses événements et significations. « Ce qui n’est pas », n’est pas. Il n’existe pas. C’est de l’illusion. Le néant.
La réalité guinéenne, aujourd’hui, c’est ce grand blocage autour de l’organisation des élections législatives. La problématique autour de la personnalité de Lousény Camara, l’actuel président contesté de la CENI. Le doute sur le bon état du fichier électoral. Quel consensus trouver, entre les parties, pour que les élections se passent de façon convenable et juste ? Tous ces problèmes sont de l’actualité et qu’il faut résoudre. En cherchant à trouver solution à cette problématique, l’on s’occuperait de « ce qui est » et non de « ce qui n’est pas ».
S’occuper de « ce qui n’est pas », c’est bien ce qui vient de passer sur l’esplanade du Palais du peuple. Lorsque la Coalition citoyenne, composée des femmes et des jeunes, invite le chef de l’Etat pour lui apporter son soutien et légitimer tous les actes du gouvernement, il y a lieu de se demander si l’on ne vit pas dans les nuages. Le soutien aux actes du gouvernement ! Cela sonnerait de l’hypocrisie ! Quels actes du gouvernement, soutient-on, lorsqu’il est incapable d’organiser les législatives ? Lorsqu’il est incapable de mettre à la touche un seul individu qui ‒ avec orgueil ‒ bloque toute une institution démocratique ?
Et ladite Coalition se dit être apolitique. Ce qui est ridicule et insultant. Car, le président Alpha Condé ne partagerait pas cet avis de non-politisation. Son discours de remerciement à la Coalition citoyenne en est la preuve. Il dénonce et enfonce le clou en accusant l’opposition de préparer un autre « 28 septembre ». Ce point est significatif. Il signifierait que le massacre du 28 septembre 2010 était une action voulue, préparée et organisée par l’opposition. La logique dans le discours du chef de l’Etat est d’une évidence manifeste. Se trompe-t-il ? C’est possible. Car la langue de Molière n’est pas la sienne. Les idées se seraient confondues face à la multitude.
De toute façon, rien d’étonnant dans la gouvernance du professeur Condé. La politique vivra activement aux dépens de l’économie. On se souciera beaucoup plus de l’action politique que de l’action économique. On se souciera beaucoup plus de comment maîtriser et dominer l’opinion publique guinéenne que d’encourager un climat de dialogue franc entre les parties. L’accent sera mis sur la politique politicienne, cette forme de gouvernance qui se bornera, seulement, aux aspects techniques de la politique. Comme conséquences, les vrais problèmes guinéens ne seront jamais résolus. Des questions liées au chômage, au coût de la vie, au manque d’électricité et d’eau, demeureront sans réponses.
La Coalition citoyenne qui s’est réunie ce samedi, 2 juin, sur l’esplanade du Palais du peuple, en compagnie du chef de l’Etat et de ses ministres, a eu un succès sur la forme et non sur le fond de son action.
Un succès sur la forme en coupant l’herbe sous les pieds de l’opposition qui prévoit de manifester dans la rue. Un échec sur le fond en se trompant de slogan ou de discours du jour. Au lieu de soutenir les actes du chef de l’Etat qui sont inefficaces ou voire inexistants face aux problèmes de l’actualité, elle aurait plutôt profité de l’opportunité en donnant un ton d’encouragement au processus de recherche d’une solution définitive pour l’organisation des élections législatives.
L’opposition aura-t-elle l’occasion de faire une manifestation sans fautes ? Sur le fond, elle clamera, haut et fort, les valeurs démocratiques pour des élections libres et transparentes. Elle insistera pour que la CENI se débarrasse, enfin, de Lousény Camara. Sur la forme ? Attention au piège ! Un homme averti en vaut deux ! L’esplanade du Palais du peuple est d’ores et déjà autorisée.
Naby Laye Camara
Bruxelles