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Le pouvoir actuel guinéen, pourrait ne pas résoudre les problèmes du pays

Naby Laye Camara  Samedi, 26 Mai 2012 12:28

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CAMARA_Naby_Laye_3_01Il y a un préjugé selon lequel le changement doit être rapide et fulminant. Mais la vie nous démontre que ceci n’est pas toujours ainsi. Il y a des possibilités qui exigent le risque du temps pour qu’elles donnent de bons résultats.

Après vingt-six ans de dictature et de propagande politique sous le régime de Sékou Touré, et vingt-quatre ans de pouvoir dépensier et autoritaire sous le régime de Lansana Conté, et le passage transitaire anarchiste de Dadis et de son groupe de militaires, il sera logique de raisonner que la Guinée vient de loin, et que la pose d’une bonne structure de changement ne sera pas une tâche aisée.

Cellou Dalein Diallo ou Sidya Touré, à la présidence, aurait rencontré les mêmes difficultés structurelles de la politique guinéenne consolidées durant de nombreuses années.

Cette théorie n’est pas un argument pour rendre compréhensibles et tolérables les problèmes actuels de la présidence du professeur AC. Loin de là.

Le sage et moraliste chinois Confucius disait : « La nature est la même en tous les hommes, ce sont les habitudes qui les différencient ». Ce qui signifie que, si quelqu’un veut changer sa vie (nature), il doit, au prime abord, revoir ses habitudes et les redéfinir pour déterminer qui il désir être. Si la Guinée veut un réel changement, elle doit redéfinir ses habitudes. Le président AC ne pourra pas changer la Guinée en maintenant les mêmes effectifs du pouvoir précédent. Les mauvaises habitudes demeureront, et la Guinée s’enfoncera de plus en plus dans la misère.

La RTG qui fonctionne grâce à la contribution financière de tous les citoyens guinéens, ne peut pas continuer à être une machine de propagande pour le seul parti au pouvoir. Le Palais du peuple, qui appartient à tous les Guinéens, ne peut pas à être une propriété privée du parti au pouvoir. Les gouverneurs, préfets ou sous-préfets, qui sont des représentants de l’Etat dans leurs circonscriptions respectives, ne peuvent pas continuer à être des représentants du parti au pouvoir. Les gouvernorats, préfectures et sous-préfectures sont financés par l’argent du contribuable guinéen. Ils appliquent les décisions du gouvernement dans leurs circonscriptions, mais ils doivent garder la neutralité lorsqu’il s’agit des échéances électorales libres et indépendantes. Le président de la République ne peut pas continuer à chercher à se mystifier, comme aimait le dire, souvent, Lansana Conté : « Je suis le chef de l’Etat et tous les autres sont mes subordonnés ». De son côté, le président AC, commence à s’habituer à des phrases toutes faites, et de type slogan : « Je suis le chef de l’Etat, et mon rôle est de garantir l’unité de la nation ».

Sékou Touré était toujours fier de faire savoir à son auditoire qu’il était très éloquent. Lansana Conté, lui, n’hésitait nullement pas à faire comprendre à son auditoire qu’il était simplement un « président paysan ». Le président Alpha Condé est très fier de faire savoir à son auditoire qu’il est « professeur et politologue ». Des types de pensées de la pure politique politicienne au détriment de l’action économique.

La Guinée est comme un bateau en pleine mer et sous la menace d’une grande tempête. Sur ce bateau, voyagent trois types de personnes : le pessimiste, l’optimiste, et le réaliste. Dès les premiers signes de la tempête, le pessimiste se plaint : « Oh, quel mauvais temps. Quelle catastrophe ! ». L’optimisme, à son tour, soupire : « Tout se passera bien. Nous avions déjà connu d’autres tempêtes, pires. Il y a pas lieu de trop s’inquiéter », conclut-il. Le réaliste, lui, tout de suite, demande à ce que les voiles soient vite larguées.

Le manque d’action du pessimiste et de l’optimiste pourrait être fatal pour la continuité du voyage. Par contre, le réaliste, en essayant d’adapter la navigation à l’évolution du temps, pourrait bien assurer la continuité de l’aventure.

La Guinée a bien connu le régime à tendance socialiste de l’homme du 28 septembre. L’optimisme était de rigueur : « Le peuple et la révolution vaincront » ! Lansana Conté disait, et à tort : « Nous ne serons jamais comme eux (les Européens) ». D’un pessimisme, sans commentaire.

A quand un régime réaliste en Guinée ? Pour le moment, Alpha Condé ne suit pas. Et rien ne laisse entrevoir qu’il suivra. Pendant ce temps, notre bateau, c’est-à-dire la Guinée, reste bloqué après des mois sans élections législatives.


Naby Laye Camara
Bruxelles


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