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AC répète les mêmes erreurs que ses prédécesseurs : L’opposant n’est pas un adversaire d’idées mais un ennemi

Naby Laye Camara  Dimanche, 20 Mai 2012 13:57

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CAMARA_Naby_Laye_3_01L’interview du chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, sur Radio France Internationale, le 18 mai dernier, a été jugée différemment par les Guinéens. La mouvance présidentielle et tous les sympathisants du président, auraient bien apprécié les réponses de l’homme de « Sékoutouréya ». L’opposition, de son côté, aurait trouvé les réponses du président boiteuses et vides de tout sens.

Il y a toujours une différence fondamentale entre « écouter pour comprendre », et « écouter pour répondre ». En général, la personne qui écoute pour répondre, répond toujours mal ou de façon inadéquate. Car, cette personne a déjà des réponses pendant que son interlocuteur parle. Elle a des préjugés. Elle écoute juste pour réagir. La suite, il n y aura pas de communication. Et quand il n’y a pas de communication, c’est le blocage.

Par contre, la personne qui écoute pour comprendre, a toutes les chances de donner vie à la communication. Elle met les préjugés de côté, et se fixe pour objectif de comprendre ce que veut expliquer son interlocuteur. Et nous le savons tous, quelles que soient les différences entre les protagonistes, l’espoir d’un accord est toujours là quand il y a la communication.

Les déclarations du président guinéen pendant l’interview qu’il a accordée à RFI, je les ai écoutées dans le sens de la compréhension. Ecouter pour comprendre, et ensuite, réagir. Et pendant mon temps d’écoute, j’ai noté que le président Alpha Condé commettait les mêmes erreurs que ses prédécesseurs : Sékou Touré et Lansana Conté. Je ne cite pas Dadis Camara et Sékouba, pour la simple raison qu’ils étaient des « transitaires » et non des présidents.

Pendant cette interview, Alpha Condé déclare qu’il est le garant de l’unité de la nation guinéenne. Que son rôle se limite là. « L’élection des députés, si elle n’est pas organisée jusque maintenant », poursuit le chef de l’Etat guinéen, « c’est parce que l’opposition met des obstacles ». Et lorsque le journaliste lui pose la question à propos de son intervention, le président est clair là-dessus : « Je suis le chef de l’Etat. Mon rôle est de garantir l’unité de la nation. Le problème qu’il y a doit être résolu entre les partis politiques ». A rappeler que le problème principal du désaccord entre les partis, c’est bien autour de la personnalité de Lousény Camara, actuel président de la commission chargée d’organiser les élections. L’opposition douterait de son impartialité pour mener à bien une tâche aussi importante que celle d’organiser les élections. La tâche est si importante que l’unité de la Guinée en dépend.

Si le président est le garant de l’unité nationale, c’est bien. Mais comment obtient-on cette unité nationale ? Ce n’est pas par la théorie, c’est par le réalisme, cher président. Vous pouvez résoudre ce problème lié aux législatives en un court laps de temps.

La constitution guinéenne vous donne assez de pouvoir. Et ça, vous le savez. Vous le saviez aussi avant votre élection. Ce n’est pas pour rien que vous vouliez que les présidentielles précèdent les législatives. Compte tenu de la carence démocratique en Afrique, en général, un président élu avant les députés, a toutes les chances de mettre la main sur tous les appareils de l’Etat : les gouvernorats, les ministères, les préfectures, les sous-préfectures, et même les mairies, etc. Parce que de cette manière, la marge de manœuvre pour corrompre est plus facile. La preuve, vous le dites vous-même, que les ralliements et les défections en votre faveur sont les bienvenus.

Monsieur le président, le blocage actuel de la Guinée autour des législatives est dû à votre positionnement préétabli : ne pas céder aux adversaires d’idées que vous considérez comme des ennemis. Vous n’aimez pas les contradictions d’idées. Sékou Touré et Lansana Conté en ont bien donné des preuves. Ils ont réussi leurs actions, mais la Guinée a perdu. Vous réussirez votre action, mais la Guinée en sortira perdante. Au lieu de donner des conseils politiques au président de la Côte d’Ivoire, Alassane Outtara, vous feriez mieux d’en donner quelques uns seulement à Monsieur Lousény Camara. Vous auriez, à ce moment-là, entrepris les premiers pas vers l’unité nationale de la Guinée.

Ce point est fondamental.


Naby Laye Camara
Bruxelles


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