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Peut-on encore faire confiance ?

Cheick Tidiane Traoré  Samedi, 05 Mai 2012 14:16

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TRAORE_Cheick_Tidiane_1_01Entre les deux tours des élections présidentielles de 2010, les leaders politiques de l’Alliance Arc-en-ciel opéraient sur la base du respect mutuel et de la confiance. Ces attributs se sont éclipsés depuis le début de la gestion du pouvoir par le Pr Alpha Condé. Peut-on y revenir ?

Pendant cette période, les partis alliés se sont battus comme des enragés pour la victoire du candidat du RPG. Parfois, les leaders étaient en désaccord les uns avec les autres sur certains sujets ; ils se faisaient confiance malgré tout et arrivaient à accomplir le travail. Aujourd’hui, c’est différent.

L’honnêteté étant la caractéristique principale d’un bon chef, le professeur doit se dire qu’il n’est bon que dans la mesure où sa parole l’est aussi. Il doit se dire : si j’induis un partenaire en erreur, il perd ma confiance et, partant, sa base électorale.

Le rôle qu’a joué la confiance au sein de l’Alliance Arc-en-ciel était un acquis majeur. De nos jours, on a le sentiment que quelque chose d’important pourrait être en train de nous échapper  ̶  quelque chose qui a soudé et rendu vives les couleurs de l’Arc-en-ciel. Ce quelque chose, c’est la confiance.

La confiance s’étant éclipsée, le professeur a un problème nouveau et important qu’il ne peut résoudre que par l’exploration de l’origine de la confiance qui a existé entre lui et ses partenaires politiques qui l’ont conduit à Sèkhoutouréyah, et de chercher les moyens de la reconstruire.

Cette colle qu’est la « confiance », les leaders des partis membres de l’alliance Arc-en-ciel l’ont eue en faisant un saut dans l’inconnu, en faisant confiance avec la certitude que leurs attentes seraient satisfaites.

Selon Seligman : « ... la confiance, c’est croire en quelque sorte en la bonne volonté de l’autre, compte tenu de l’opacité de ses intentions et calculs ».

Au sein de l’alliance, la confiance avait la valeur institutionnelle la plus importante et vitale parce qu’elle avait pour fondement, le respect mutuel. Elle a occasionné pas mal de civilité, courtoisie, compréhension et respect entre les membres de l’alliance, c’était le noyau dur de tout le processus.

La confiance ayant été élevée au rang de valeur sacrée, elle a eu la capacité d’encourager les autres leaders à suivre le dessein du Pr Alpha Condé avec fort espoir qu’il dirigerait de manière probante.

La confiance a graissé les rouages du processus qui a conduit à la victoire de l’alliance Arc-en-ciel sur l’alliance Cellou Dalein président parce que les alliés du RPG sont allés au-delà des « faits » qu’on leur a présentés. La confiance dans le RPG et son leader, leur parole et leur engagement à agir comme ils l’ont déclaré, a libéré les partenaires politiques et ils se sont concentrés sur la victoire du professeur. Grâce à la confiance, nul n’a eu besoin de vérifier constamment les faits auprès de multiples sources. Par conséquent, la confiance a servi non seulement de liant mais, de façon paradoxale, de lubrifiant qui a graissé tout le processus relationnel entre les leaders et le Professeur Alpha Condé et a permis au travail d’avancer à un rythme plus rapide.

La confiance aidant, les membres de l’alliance Arc-en-ciel étaient enclins à considérer le cadre politique plus large, plutôt que de se retrancher sur la défense exclusive de leurs intérêts de clocher (engagements particuliers signés avec la plupart des leaders).

Ça leur a permis de se fier au processus démocratique, ils croyaient servir la cause de la Nation. La confiance a permis le compromis, caractéristique par excellence du processus démocratique. Elle a permis aux acteurs majeurs du moment d’être moins portés vers le tout ou rien parce qu’ils pensaient que leurs collègues et le système les servirait aussi. L’alliance Arc-en-ciel était devenue attrayante pour les acteurs politiques.

Plus d’un an après l’accession du professeur au pouvoir, force est de reconnaitre que ces comportements et attitudes ont changé ; désormais les règles se substituent à la réserve personnelle suscitée par la confiance. Ayant perdu l’incitation ou la capacité d’agir en liaison avec les anciens partenaires, des informations tenues confidentielles ont commencé à être divulguées (contenus des accords).

La valeur précieuse qu’était la confiance au sein de l’alliance Arc-en-ciel s’est évaporée des relations humaines. Pour les raisons suivantes : Les efforts déployés pour faire élire le Pr Alpha Condé n’ont pas été reconnus et récompensés. Malheureusement très peu d’entre les leaders politiques ont vu leurs promesses réalisées sans possibilité pour l’écrasante majorité de nouer des rapports à long terme.

Il y a peu d’objections à affirmer qu’il faut repenser de quelle façon il faut faire survivre la confiance dans l’avenir. Une chose semble certaine, si la confiance doit de nouveau demeurer un facteur important, il va falloir que le Professeur Alpha Condé y mettre du sien.

La première étape dans le processus de reconstitution de la confiance sera de reconnaître le problème. Les leaders et tous les intervenants clés de la victoire du candidat du RPG en 2010 devront accepter la notion que la confiance est un atout éminemment précieux qui mérite d’être préservé.

En vérité, la tendance actuelle du professeur de faire ancrage avec des groupes idéologiquement militants contredit le besoin de faire confiance à d’autres se trouvant en dehors du groupe (RPG Arc-en-ciel). Cela encourage la méfiance et empêche le tête-à-tête requis pour reconstruire la confiance de manière plus large.

Il est important de se rappeler à tout moment que la confiance est un bien fragile et provisoire. Il est plus facile de se méfier que de faire confiance. Malencontreusement, il semble que la méfiance soit le choix par défaut.

En tous les cas, si le Pr Alpha Condé et le RPG pensent qu’ils peuvent se contenter de jouer un jeu, alors il ne s’agit plus pour eux que de gagner le jeu.

En définitive, reconstruire la confiance est une responsabilité personnelle du Pr Alpha Condé. Les leaders de l’alliance Arc-en-ciel qui pensent que la confiance et la civilité sont des vertus ; que ces valeurs les aideront à élever leurs fonctions de serviteur de l’intérêt national, se feront les champions de la confiance. Ils seront les véritables leaders qui imprimeront leur marque sur la vie nationale en faisant ce saut dans l’inconnu, dans la confiance qui permettra à la postérité de leur emboîter le pas.

Que dieu rétablisse la confiance entre les guinéens et bénisse la Guinée. Amen !


Conakry, le 04 mai 2012

Honorable Cheick Tidiane Traoré
Président du Mouvement Pour la République "MPR"


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