Moïse Sidibé Jeudi, 26 Avril 2012 14:41
La charité bien ordonnée… Elle n’a jamais commencé par soi-même en Guinée. L’incivisme grandissant et multiforme dans ce pays fait que tous ses fils se maudissent à chaque fois qu’ils se trouvent devant un problème insoluble : « La Guinée est bénie, le Guinéen est maudit » n’est pas une formulation de l’Extérieur. La recherche de sortie de crise, personne ne se donne plus la peine. La faute est à celui d’en face.
Le dernier fait en date, est celui de l’échec d’Alpha Condé dans la médiation de la crise en Guinée-Bissau. Et des langues noires de chanter la mélopée sur tous les toits mais est-ce vraiment cela qui grandit une nation puisque ça n’a servi à rien ? Où est donc l’orgueil national ? Mais aussi, on n’a pas envie de parler du manque d’analyse et de vision de la CEDEAO, quand elle a désigné Alpha au pifomètre médiateur alors qu’il était l’ami de Malam Bakai Sanha et ami de Dos Santos qui a envoyé une armée hostile à ceux qui tirent la ficelle à Bissau, actuellement...
C’est vrai qu’Alpha n’a pas fini avec la transition alors que la Côte d’Ivoire est à la phase de réconciliation nationale, l’étape suivante obligatoire pour celui qui veut sortir son pays de l’auberge ; c’est vrai que des choses pas catholiques et qui frustrent se passent dans l’administration ; c’est vrai qu’encore la CENI divise plus que tout autre chose ; c’est vrai que le blocage politique rend la cherté de la vie insupportable et que les promesses d’électricité et d’eau ne font que se dilater avec des arguments cousus de fils blancs, c’est vrai que… excusez du peu mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain pour grandir davantage l’incivisme déjà gigantesque en chaque Guinéen. La réparation sera plus compliquée dans le futur pour tout président.
Donc, si Alpha Condé n’arrive pas encore à réaliser tout ce qui vient d’être énuméré, pour autant faut-il le jeter aux gémonies sur la scène internationale, où un Guinéen est égal à un autre sans coloration ethnique ou politique ? Le linge sale doit rester en famille, quitte à se donner des coups de crocs et de griffes mais épargnons-nous les coups de langue qui ne se cicatriseront jamais car nos enfants seront appelés à vivre ensemble. L’exemple de la première république est encore vivant : A chaque 22 novembre et à chaque 25 janvier, il y a célébrations, commémorations. Les années passent, l’ampleur s’émousse mais par orgueil et par devoir de mémoire, l’on rassemble les dernières énergies et les moyens pour le faire entendre à l’autre.
Naissance de l’incivisme en Guinée
Le contexte de l’indépendance, il faut toujours le rappeler, n’était pas trop favorable aux nationalistes du PDG. Les conditions étaient loin d’être remplies pour qu’un Etat fort, qui est né, pas au forceps mais prématurément, parvienne à se développer sans une tutelle. La Guinée a été obligée de verser dans le bloc socialiste mais l’aide venant de ceux qui se cherchaient eux- mêmes était en deçà des attentes. L’URSS et la Chine vont longtemps musarder en chemin avant la déliquescence du bloc socialiste et de son économie planifiée pour percer dans le capitalisme, comme on le voit de nos jours.
Confronté aux difficultés économiques, aux sabotages divers et les bâtons que Foccart s’amusait à mettre dans les roues de la Révolution, il fallait se lover en défensive et s’entourer des personnes faisant partie d’un certain cercle familial ou ethnique. Il y a eu frustrations et toutes les contestations étaient mâtées, surtout que des bruits de complots résonnaient dans des oreilles paranoïaques. A cela, il faut ajouter des règlements de compte en tout genre. Il y a eu exactions, abus et dérapages, comme dans toutes les révolutions.
De l’autre côté aussi, l’on n’a rien fait pour ne pas mettre le doigt suicidaire dans l’engrenage et l’on a espéré jusqu’à l’illusion, l’immixtion des puissances occidentales. Mais en plein dans la guerre froide, il était imprudent de marcher dans la zone d’influence de l’autre, au risque d’une déflagration mondiale. De tels foyers incandescents existaient sur différents point du globe et la bataille pour les zones stratégiques, comme Cuba, à une centaine de kilomètres de la Floride frisait la confrontation directe. Et cet embargo qui continue jusqu’à maintenant fait dire que le dindon de la farce était Fidel Castro car tout marche comme sur des roulettes entre les deux superpuissances mais Cuba trime dans la misère depuis bientôt un demi-siècle. Il y a eu des tentatives d’interférence mais Sékou tenait bon, même s’il s’est ramolli avec son « Offensive diplomatique », plus tard.
Si la Révolution avait pu tenir 26 ans parce que le Responsable suprême de la Révolution était allé casser sa pipe à Cleveland, Lansana Conté et Biro-la-Pipe ont fumé par la suite mais elle était mal allumée, la pipe. En manque d’initiatives et d’idées, on a repris les mêmes pour refaire le chemin du PDG …
Ainsi, l’incivisme créé ou né sous la Révolution mis sur celui créé et né sous le régime militaire faisaient l’incivisme au carré. La transition militaire de deux ans en a fortement rajouté pour l’élever au cube. L’incivisme qui vient de naître sous Alpha Condé élève le tout à la puissance 4. Actuellement, à la moindre erreur ou incartade du régime, même celle qui ne mérite pas une quelconque récrimination, l’acrimonie étant dans l’air, les rues grondent. Après les étudiants pour les arriérés de bourse, ce sont des lycéens du 1er mars qui sont sortis pour protester contre les résultats du bac blanc dont la méthode de correction, une trouvaille, est sujette à contestation (nous y reviendrons)… Après les femmes de l’opposition qui ont fait un sit-in devant la CENI et été violemment dispersées, voilà l’UFDG qui durcit le ton et décide de faire sortir ses foules dans les prochains jours pour braver le pouvoir. Voilà comment il faut faire pour empêcher par tous les moyens la tenue des législatives du 8 juillet décidée par la CENI et comme cautionnée par le silence du pouvoir.
Et comme dans cette situation très spécifique, celui qui renonce est mort, bien malin qui dira ce qui se passera dans ce bras de fer en vue, pour l’orgueil, une fatuité qui ne mène à rien qu’à la déchirure.
Il faut arrêter le char de la violence et de cette bravade parce que tout finira par une sortie de crise, quelle que soit l’impasse. Il faut revoir la copie de la CENI, le vrai nœud guinéen, Alexandre le Grand n’est pas là, et personne ne sait comment s’y prendre.
S’il faut la recomposer et trouver un président neutre et consensuel, il faudrait cloner un homme et le programmer vierge car même Ban Ki-moon ou Jean Ping ne seraient pas consensuels à plus forte raison Obama ou Mandela, dont Cellou et Alpha ont fait leur archétype. C’est tout dire ! En outre, refaire une autre CENI pour un autre fichier, à quand les élections ? Même les calendes grecques ne seraient que trop précises.
Et ce que les quidams de l’opposition ignorent, c’est que ce blocage politique qui tire en longueur ne dérange pas Alpha Condé, qui continue de poser des actes pour atteindre son but car en dépit de tout, la réalisation des infrastructures et la création des emplois suivent leur bonhomme de chemin. Le point d’achèvement PPTE est bientôt atteint, et si tous les projets sont matérialisés et réalisés, si les Guinéens ont tout ce qu’ils cherchent demain, à quoi bon jouer à la politique ? Est-ce le piège dans lequel l’opposition veut tomber ?
Si tel est le cas, l’opposition est déjà morte en croyant jouer au héros. N’est-ce pas que c’est en faisant des déclarations incendiaires et des invectives enflammées sur tous les toits qui ont conduit Alpha à sortir ce jeu totalement inconnu des petits politiciens, qui savaient pourtant que l’opposant historique est un vieux Machiavel qui sait inventer la roue ?
Mais si tel n’est pas le cas, où sont les sages de Guinée, les conducteurs religieux et la société civile ? Où est la Cour suprême ? Où sont la «communauté internationale», plutôt la communauté des bailleurs de fonds, et les partenaires, alliés francs et sincères et les amis de la Guinée ? Que disent la CEDEAO et l’UA et l’ONU et le diable et le bon Dieu ?
Si tout le monde se tait et laisse la Guinée à la confrontation interne alors que des problèmes insolubles existent au Mali et en Guinée-Bissau, qui refuse de suivre les injonctions parce que la junte de Bissau est consciente qu’il n’y aura pas d’intervention avant longtemps et qu’elle aura, également, le temps de faire ce qu’elle veut faire, comme en Guinée, c’est un autre foyer inextinguible que le monde entier est en train de cautionner par ce silence général.
La Côte d’Ivoire réussira-t-elle à panser les blessures de cette idiote opposition et de cet entêtement insensé ? Personne n’a pensé à l’intérêt supérieur de ce pays et il a fallu tout casser pour reprendre mais dans le cas de la Côte d’Ivoire, c’est la première fois de connaître une telle violence mais la Guinée en a vu d’autres et de toutes les couleurs. Les cas et situations sont loin de se ressembler. On parle de 3000 victimes, seulement, là-bas. Il y en a combien, en Guinée, depuis l’indépendance ? Les nouvelles plaies seront longues à se cicatriser.
L’unilatéralisme, il en existe des deux côtés, chacun voulant tout pour lui et chacun croyant avoir plus de légitimité que l’autre dans ce pays appelé scandale géologique et par ricochet scandale humain : La malédiction des matières premières est un fait réel ou imaginaire ?
Il faut éviter à tous prix que la prochaine sortie de l’opposition soit accompagnée de violences et de casses… c’est une souricière dangereuse. Entrera, entrera pas dedans ? Attendons de voir !
Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com