Promesses de jeunesse

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TRAORE_Cheick_Tidiane_1_01Au début des années quatre-vingt-dix, nous étions encore très jeunes et passions aux yeux, toujours envieux, des adultes, pour des « petits cons ». C’était l’époque de nos « années universitaires », de la naïveté et de l’attachement ferme à nos idées. Chacun de nous se croyait chargé de refaire le monde et tous étions formellement convaincus de pouvoir y arriver car, nous croyions que nous étions le nombril du monde.

Comme les générations qui nous ont précédés et celles qui nous suivrons, la mienne s’est langui de symboles.

Des grands symboles comme la chute du mur de Berlin, la libération de Nelson Mandela et la fin du régime de l’Apartheid ont constitué autant de signes avant-coureurs qu’enfin un monde meilleur pouvait être construit ; un monde où la liberté et la justice auraient été les biens les plus partagés par les hommes et où le recours à la violence et à la haine et la volonté de soumission de l’autre auraient été refusés par tous.

Concomitamment, des cris et des pleurs déchiraient le ciel, occasionnant la lecture d’éloges funèbres de nos promesses de jeunesse.

La première guerre du Golfe débuta et se déroula sous nos yeux, en direct sur nos écrans de télévision. Au Liberia et en Sierra Leone, des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants furent massacrés parce qu’ils étaient différents.

La kalachnikov s’est fait une seconde jeunesse au détriment de la nôtre et la machette coupeuse de têtes et de bras (manche courte, manche longue) devint l’arme favorite des va-t-en-guerre.

Au Rwanda, dans l’indifférence totale, un génocide se produisit. En Algérie, les démocrates, habitués aux exactions du pouvoir en place, ont créé de nouveaux ennemis : les islamistes (FIS).

En Guinée, indignés et révoltés, les jeunes le sont. Mais la jeunesse doit demeurer convaincue qu’une vie meilleure est encore possible dans notre pays et que son avènement dépendra grandement de son engagement politique pour opérer un changement de génération à la tête du pays.

Les ‘’jeunes’’ nés dans les années 60 sont ceux qui sont en train de diriger les pays africains de nos jours, leur nombre sera sans cesse croissant, la Guinée ne doit pas rester à la traine ; à plus de 40 ans, on n’est plus jeune et on doit prendre le chemin d’adulte en devenir en s’appliquant avec soin pour assurer notre avenir commun.

La jeunesse guinéenne doit décider de la voie qu’elle doit suivre en transformant les difficultés en opportunités afin de diversifier les choix et refuser de se laisser écraser par le désespoir.

Nous devons nous convaincre du fait que nous restons les seuls artisans des promesses de jeunesse qui nous ont été faites en faisant face à notre destin et en évitant l’assistanat et les solutions de facilité. À défaut de révolution, nous devons entrer de plein pied dans la vie active sans gêne ni peine.

A date, nous voici presque cinquantenaires, nous ne sommes plus jeunes, même dans la définition guinéenne de la jeunesse, mais pas encore vieux.

Matériellement et socialement, certains d’entre nous ont incontestablement réussi leur vie (infime minorité). Ils ont fondé des familles, eu des enfants et acquis bien évidemment une maison et l’indispensable automobile ; et ceux qui n’y sont pas encore parvenus en rêvent désormais publiquement.

Il n’est plus question pour nous de combats à mener, mais de liberté et de justice pour tous à conquérir, de débrouillardise à qui mieux-mieux, de besoins à assouvir et d’envies à satisfaire.

N’éprouvons ni rancune, ni rancÅ“ur, n’en voulons à personne ; essayons de demeurer fidèles et donnons-nous une autre promesse de jeunesse qui doit nous conduire au sommet de la décision politique et socioéconomique de la Guinée. C’est notre nouvel engagement de vie, devant nous permettre d’être les interlocuteurs de nos amis dirigeants de l’Afrique et du monde.

Refusons-nous de juger, mais nous devons chercher à comprendre les mécanismes qui nous mettront à l’abri d’être une génération sacrifiée et éviter que notre seconde promesse de jeunesse, celle de rajeunissement de la classe politique et de la classe dirigeante ne soit pas aussi difficile ou impossible à tenir.

L’émotion ne doit plus être l’unique guide de notre action. On doit se servir des vertus du débat pour donner vie et force à notre nouvelle et ultime promesse de jeunesse en n’occultant ni nos faiblesses, ni nos erreurs tout en refusant la peur et la terreur.

En 2015, notre rêve est de voir les naïfs des années 90 devenir les dirigeants de Guinée.

Notre défi immédiat doit être celui de la présence massive des jeunes au sein du prochain parlement guinéen.

Que Dieu bénisse la Guinée et guide les pas de sa jeunesse. Amen !


Honorable Cheick Tidiane Traoré


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Commentaires  

 
+2 #2 Mme barry Madina Kouyaté 04-04-2012 23:24

Patriote il faut lutter contre cette division rien n'est impossible dans la vie.
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+5 #1 Patriote 03-04-2012 21:24

La jeunesse dont tu parles est malheureusement plus divisée aujourd'hui qu'elle n'était hier. Il n'y a que deux choses qui unissent les jeunes d'aujourd'hui : c'est l'emploi et le football.
En plus, à quoi sert l'engagement des jeunes avec de vieilles idées ? Il faut une véritable cure d'esprit de toutes les composantes de la nation : jeune et vieux, hommes et femmes. Véritable travail de titan, n'est-ce pas ?
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