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La République de Guinée et la honte

Mohamed-Kaba Sow  Mardi, 27 Mars 2012 15:06

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SOW_Mohamed_Kaba_3_01Et pourtant, j’aime cet endroit que l’on appela "Les rivières du Sud". Mon pays est kidnappé par des individus qui se disent être fils et filles du pays. Ils prônent l’amour de cette terre martyrisée depuis son accession à l’indépendance. A se demander à quoi elle a servi, cette indépendance qu’on chante si vaillamment et gaillardement en exprimant haut et fort des mensonges qui n’ont rien à voir avec les réalités qui ont conduit notre pays à l’indépendance. Du coup je me pose des questions et m’efforce de creuser dans mes souvenirs car j’avais presque atteint ma dix-huitième année de séjour sur terre grâce à la volonté de Dieu. J’ai beau chercher à me rappeler les champs de bataille où se seraient déroulés des combats aussi acharnés comme il est dit dans notre hymne, je cite, ‘’De nos frères Morts sur le champ d’honneur, En libérant l’Afrique, Le peuple de Guinée Prêchant l’unité etc.’’ C’est un mensonge. Dans ces années 1950, aucun mouvement combattant en Afrique Occidentale Française n’existait. Le Ghana avait obtenu son indépendance sur le plateau sans dispute et, à plus forte raison, combat militaire. La Guinée non plus n’a pas eu à batailler pour son indépendance. Le nombre de victimes massacrées par le premier régime guinéen dépasse de loin celui des victimes des camps nazis en opérant une projection comparative réelle à l’échelle de notre pays. Hormis la raclée infligée par le PDG – RDA, nous avons bénéficié de quelques leçons de carnage dans les années post Sékou Touré. Ce n’est pas la peine de les énumérer car même les nourrissons le savent. Du temps de la présence française, jamais il n’y a eu des morts entassés dans les rues de Conakry ou n’importe quelle ville en Guinée ou ailleurs. La vie humaine avait une valeur qui lui appartient aujourd’hui dans tous les pays civilisés et modernes. En Guinée, la vie d’un individu appartient aux tenants du pouvoir. Celui qui tient le pouvoir au nom de la démocratie ne respecte en rien cette démocratie qui pourtant l’a servi pour atteindre le sommet. Une fois installé, adieu les démocrates modernes. Tout est confisqué par les tenants du pouvoir. Les autres n’ont droit à rien du tout. Le système que veut implanter le Professeur Alpha Condé est la démocratie telle que l’on a fait comprendre aux illettrés en Guinée. Tout ce que pensent les autres, n’est pas acceptable. Personne ne peut être accueilli par des sympathisants car, selon ce que véhiculent les désinformateurs bien aguerris, ce ne sont que des leaders qui ne sont pas élus. Par conséquent ils n’ont pas droit à être accueillis par des foules en liesse ni tenir des meetings pour parler au peuple. Ils n’ont pas droit de parole dans les médias ni droit d’être cités par les médias si ce n’est en négatif. Les parades du pouvoir sont toutes les 24 heures de chaque journée. Des cortèges de la première dame, des ministres en mission de désinformation à Labé par exemple où les farceurs sont allés fêter l’an 1 de la galère RPG. Des avions loués pour faire promener la première dame pour faire la promotion du professeur Président. Tout ça, restera dans les abîmes de l’esprit des Guinéens souffrants et abusés.

Je m’excuse d’ouvrir une parenthèse pour vous parler de ce qui se passe au Mali. Si vous vous souvenez, le président ATT avait dans le temps fait comprendre dans un article d’un grand quotidien sénégalais et qui avait été publié par des sites guinéens, qu’il était fier de sa culture peulhe dans laquelle il a été éduqué. Eh bien cette remarque avait heurté de plein fouet notre régime ethnocentrique et anti-peulh. Et je dis et ça se prouvera un jour, que notre belliqueux président n’est pas étranger à ce coup qui a dégagé ATT du pouvoir avant l’élection présidentielle du Mali. Une réussite de ces élections serait un fiasco pour notre Prof. Malheureusement pour lui, le Sénégal vient de nous montrer la voie de la raison. C’est fou, c’est un Peulh qui est élu pour toutes les filles et tous les fils du Sénégal. Aujourd’hui être sénégalais est devenu à jamais une référence d’une valeur humaine et de civilité inestimable. Vive le Sénégal.

Chers Guinéens, demandez-vous si nos gouvernants actuels connaissent la forme ou l’ombre de la honte. Évidement qu’ils n’ont rien à secouer d’avoir honte ou non. Il faut que tout le monde ne parle que du Professeur Alpha Condé. Madame distribue des cadeaux, des bus, des tracteurs, de l’engrais, des billets de banque, des livres d’écoles, des bibliothèques, etc., etc. Tout ce que l’État devrait fournir au peuple et qui est la propriété du peuple est montré comme un don du professeur ou de sa Dame. Ce sont des actes de corruption et d’abus de biens sociaux. Il y a aussi aujourd’hui l’expression qui détermine le bon et le mauvais Guinéen. Monsieur le petit Ministre Bantma Sow disait à Labé que tout bon Guinéen doit suivre l’idéologie du Professeur Alpha Condé. Notre super ministre entouré de gardiens sofas mandingues chantait la même chanson. La salle où se tenait cette ‘’Mamaya’’ était triste et presque vide. Ils appellent à la paix alors qu’ils sont fin prêts pour massacrer tous ceux qui ne seront pas avec eux. Ce qui est révoltant, c’est le degré d’abrutissement qui encadre les journalistes et éditorialistes de la RTG. Ils n’ont aucune honte de parler à longueur de journée des faits et geste d’un seul individu, le Professeur Alpha Condé. Quelle mythomanie gangrène les cerveaux obtus de ces griots d’un autre temps ?


Mohamed-Kaba Sow
France

 

Pour un peu répondre à mes détracteurs dans les commentaires de mes contributions, je publierai de temps en temps un de mes poèmes et paroles de chanson. Aujourd’hui je vous propose cette ode à mon pays.


REVENIR

Tu dois revenir et rester sous ton toit
Berceau sans appuis ni charpentes à l’équerre.
Sous ce manteau bleu des étés en tournoi,
Tu vas retrouver la magie de ta terre.

Brodés de fils d’or, s’écoulant des hauteurs,
Des fleuves millénaires serpentent dans le vert.
L’azur des tropiques qui séduit tous les cœurs,
Calmera ton âme au mépris des déserts.

Réponds à l’appel de tes souvenirs,
Comme un affluant, raffermit tes liens.
Ailleurs, les plaisirs iront par finir,
Pour tous les métèques négligeant les siens.

Car les cocotiers ne sont des sapins.
Non plus les forêts, ne sont en béton.
Assez de vivre de l’étrange pain,
Qui pour ta sueur n’a jamais été bon.


Mohamed-Kaba Sow - Juin 1987


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