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Regards d’intellectuels sur le malheur des hommes
Abdoulaye Diallo Diountou Mercredi, 14 Mars 2012 18:31
Depuis des millénaires, nous, les intellectuels, nous avons causé les maux les plus terribles. L’extermination d’une masse au nom d’une idée, d’une doctrine, d’une théorie ‒ c’est là notre œuvre, notre invention : une invention d’intellectuels.
Si nous cessions de dresser les hommes les uns contre les autres ‒ souvent avec les meilleures intentions ‒, même si nous nous en tenions là , ce serait beaucoup. Et nul ne peut prétendre que cela nous est impossible.
Malheureusement, les choses continuent. L’hérésie politique ou religieuse, la nationalité, la race, l’ethnie, la classe ‒ ces notions dissimulent les vices les plus vils, des vices auxquels nous, les intellectuels, nous sommes particulièrement sujets : l’arrogance, la certitude d’avoir toujours raison, le pédantisme, la vanité intellectuelle. Ces vices sont vils, mais pas aussi graves que la cruauté. Or la cruauté n’est pas non plus totalement étrangère aux intellectuels.
Dans ce domaine également, nous avons notre part des choses. C’est toujours nous, les intellectuels, qui, par lâcheté, vanité et orgueil, avons fait ou faisons les pires choses. Nous qui avons un devoir particulier à l’égard de ceux qui n’ont pu étudier, nous sommes les traitres de l’esprit, comme l’a dit le grand penseur français Julien Benda.
Nous suivons toutes les modes idiotes. Nous voulons nous faire remarquer et parlons un langage incompréhensible mais très impressionnant, un langage docte, artificiel, que nous tenons de nos maîtres hégéliens, et que l’on retrouve chez tous les Hégéliens.
Cela voile le fait que souvent nous disons des sottises et pêchons en eau trouble. Les dégâts que nous causons sont terribles. Ceux qui se sont proposé de créer le paradis sur terre n’ont engendré que l’enfer.
Dès qu’on est un chef omniscient d’un parti et même si son parti n’est généralement composé que de lui-même, il est pris dans le piège de l’idéologie platonicienne – étant le meilleur il se prend pour un futur président appelé à diriger le monde.
Pour Socrate, un homme qui estime être le meilleur, le plus informé et le plus sage, doit être atteint d’un délire de grandeur, donc très dangereux pour les peuples.
Le mot démocratie, qui signifie « pouvoir du peuple », est malheureusement dangereux. Chacun des membres du peuple sait très bien qu’il ne commande pas, et il a donc l’impression que les vocables : démocratie, souveraineté du peuple et élection, sont des escroqueries.
Nous ne devons pas oublier qu’Hitler est arrivé légalement au pouvoir – suite à des élections.
Après les intellectuels bâtisseurs de ruines, il faut par contre souligner que, de tout temps, des intellectuels, c’est-à dire des hommes qui s’intéressent aux idées et incarnent des valeurs, appelés aussi hommes de culture (philosophes, écrivains…) ont joué et jouent des rôles très positifs pour l’humanité. (Ecrits et Esprit de Karl Popper in « la leçon de ce siècle »).
Gérard Bulin-Xavier aussi, dans son livre « l’Humanité reconquise » écrit : nul doute que la situation du monde et les affaires des hommes sont mauvaises.
C’est d’ailleurs l’une des rares choses que l’on puisse dire sans risquer de se tromper. C’est tellement vrai, que chacun reste hébété devant l’avenir.
Pendant des décennies, les communautés d’hommes des pays riches, ont fait et défait les choses avec la certitude que seul ce qu’ils faisaient était bon.
Cette version de l’universalisme s’est avérée être un leurre, une imposture, une violence.
Et dans cette vision du monde, beaucoup de pays en voie de développement les ont suivis, en abandonnant ce qui avait de la véritable richesse, c’est-à -dire, les valeurs traditionnelles et la puissance communautaire.
Au rituel, l’on a préféré le virtuel. A l’homme, l’on a préféré la machine. A la pensée, l’on a préféré la matière. Au bon sens, l’on a préféré la déraison. Au social, l’on a préféré l’économique.
Que nous reste-t-il ?
Ce que nous pouvons dire en tout état de cause, c’est que quelle que soit la structure, elle devra mettre l’homme au centre de toute chose avec ses valeurs spirituelles ou culturelles, seules capables de faire échec au chaos dans lequel notre planète s’est installée.
L’urgence pour l’ensemble de nos communautés à devenir transculturelle et transethnique, est au rétablissement des liens communautaires et à l’érection de nouveaux fonctionnements sociaux et économiques qui favorisent des types innovants de coopération.
Ainsi évaluer les ressources sociales de la cité, du quartier, de la commune, de la ville, de la région, de la nation afin qu’elles servent l’intérêt général, au-delà de l’intérêt d’un groupe ethnique dans une réalité multiculturelle et transethnique. Cela doit rétablir et renforcer la cohésion et la force d’une nation – rétablir des victimes dans leur dignité et leur respectabilité.
Alors nous autres intellectuels guinéens, nous voulant positifs ; après ces décennies de larmes, de deuils, de pillages, de misères et d’humiliations dont notre peuple a été victime ; nous devons nous rassembler, nous réconcilier et resserrer nos rangs pour qu’enfin notre peuple soit heureux.
Mais, bien campés sur nos certitudes et dans notre confort (maisons luxueuses, belles voitures, grosses cylindrées), nous continuons nos querelles pour avoir le pouvoir ou pour le conserver.
Ah le pouvoir ! ! Les amis d’hier se regardent aujourd’hui en chiens de faïence, quel spectacle affligeant !
Et pourtant ! Comme l’écrivait le regretté professeur Alfa Ibrahima Sow : « quand brûle la maison de leur père, les enfants de la grande famille ne se battent pas pour savoir lequel d’entre eux pourra, pour s’asseoir, disposer du lit, du fauteuil, de la chaise, de l’escabeau ou de la natte. Cette lutte-là serait stupide et dérisoire. Ils seraient mieux inspirés d’éteindre le feu et de refaire la maison avant de recommencer leur lutte habituelle pour la préséance ».
Alors, chers compatriotes, mettons-nous debout pour reconstruire notre maison commune et du courage dans cette noble tâche.
Conakry le 03 Mars 2012
Abdoulaye Diallo Diountou
Membre du CNT et ancien inspecteur départemental des impôts en France
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