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Dadis - Alpha Condé : le rapprochement fait-il oublier La Haye ?

Thierno Fodé Sow  Mercredi, 07 Mars 2012 18:18

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SOW_Thierno_Fode_5_01Jusqu’à quand durera la noce entre Dadis Camara, ancien chef de la junte au pouvoir, et Alpha Condé, actuel président guinéen ? Cette question est presque sur toutes les lèvres alors que les rapports orageux qui liaient les deux hommes frisaient une hostilité sans précédent. Tout cela c’est du passé pourrait-on être tenté de dire, à la lecture de l’interview fleuve accordée à des confrères burkinabés. Mais des surprises ne sont pas à écarter.

« Je ne sais pas louvoyer. Quand je suis avec une personne, je le reste. Quand j'ai vu le programme du président Alpha Condé, j'ai trouvé que c'était un bon programme pour sortir la Guinée de l'ornière », a rappelé l’ancien homme fort de Conakry aujourd’hui éloigné de sa patrie depuis ses démêlés avec son aide de camp Toumba Diakité. En se démarquant aujourd’hui de toute ambiguïté, Dadis Camara aura voulu certainement rendre hommage à Alpha Condé, son ex-bête noire "rusé, dangereux et méchant". C’était lors d’une interview accordée à Télésud en 2010 et dont la vidéo avait été interdite au plus fort de la présidentielle par les autorités de la transition. Ce déchaînement des passions est aujourd’hui à mettre au compte du passé, estime-t-on. Ainsi, à travers cette déclaration de soutien apporté à Alpha Condé, on peut estimer que le différend semble être levé. Et apparemment sans arrière-pensée. « Ce n'est pas que le président Alpha Condé m'y ait financièrement intéressé, mais qu'il est celui qui peut aujourd'hui faire avancer le pays. Lorsque j'étais au pouvoir, je peux vous dire qu'Alpha Condé était l'opposant avec qui je m'entendais le moins. Pourquoi aujourd'hui je lui apporte mon soutien ? C'est parce que, de tous les programmes, c'est le sien qui me convient », justifie celui que la presse internationale avait qualifié certainement avec complaisance, de grand malade mental de l’Afrique de l’Ouest.

Ce rapprochement supposé tiendra-t-il en revanche la route, alors que les corps des victimes du massacre du stade du 28 septembre sont encore chauds et que des têtes commencent déjà à tomber ? Pour l’heure, il n’y a aucune garantie pour Dadis Camara d’échapper à la justice internationale ou de suivre le chemin d’un autre Moussa qui était au stade à la tête d’une cohorte de gendarmes. «L’inculpation de Tiegboro Camara résulte de ce qu’il avait été mis en cause par le rapport de la commission d’enquête internationale des Nations unies comme étant l’un des principaux responsables des graves violations des droits de l’Homme perpétrées au stade le 28 septembre et dans les jours qui ont suivi» a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH. Reste que Dadis Camara était, au moment des faits, président de Guinée. Comme quoi le rapprochement supposé entre Dadis et Alpha ne veut en aucun cas dire que La Haye ou tout autre tribunal guinéen va fermer les yeux sur l’ex-chef de la junte, fût-il ancien président.

Et, avec le retour à l’ordre constitutionnel – pour ainsi reprendre le stéréotype consacré – il ne faut surtout pas compter sur Alpha Condé pour camoufler d’aussi encombrant colis. « Si je gagne la présidentielle, je donnerai à Dadis ses droits d’ancien président. Maintenant il y a la CPI, (…), donc on verra bien », avait dit prudent l’ancien "opposant historique", en septembre 2010. Discours électoraliste pour ratisser large la région forestière à l’époque ou simple vision ? Quoi qu’il en soit, «A l’heure où la Guinée s’engage sur la voie de l’instauration d’un Etat de droit et de la réconciliation nationale, l’inculpation d’un ministre en exercice illustre le courage des juges de cette affaire et la volonté des autorités guinéennes de s’inscrire résolument dans la lutte contre l’impunité et de garantir l’indépendance de la justice» avait récemment déclaré Me Patrick Baudouin, responsable du Groupe d’action judiciaire (GAJ) de la FIDH. Au président guinéen de faire valoir la rupture, le changement tant souhaités et prônés. Sinon, bonjour la continuité dans l’anarchie.


Thierno Fodé Sow 


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