Thierno Fodé Sow Lundi, 06 Février 2012 14:12
En contemplant aujourd’hui l’actualité, notamment avec ces législatives – somme toute sujet à tout agacement –, Alpha Condé lancerait immanquablement comme Phèdre du classique français Racine : « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ». Tant et si bien que le locataire de Sékoutouréya ne comprend pas qu’on lui impute d’entretenir des clivages ethniques mais surtout de faire durer la transition.
Ce mauvais vent venu de l’opposition et/ou de certains nomades politiques, voire de certaines représentations diplomatiques entretient manifestement une sérieuse pression sur "historique" devenu premier magistrat du pays. Il avait tenté de faire de la résistance en clamant haut et fort qu’il n’a jamais signé un accord avec un tiers à propos de la tenue des législatives six mois après la présidentielle. Un an après, le discours change au moment même où nombreux Guinéens – pas ces faiseurs de roi qui infestent la mouvance et la Présidence – restent confinés à la déception et à la résignation, espérant secrètement que "2012 sera l’année du décollage ou de la récolte de la semence".
Et c’est peut-être pour être dans le temps que le président guinéen avoue aujourd’hui être pressé pour la tenue des législatives. Mais avec certaines réserves et pas des moindres: l’aménagement du fichier électoral. Alpha Condé l’a dit et l’a réaffirmé à Davos, en Suisse. « Je souhaite moi-même une organisation rapide de ce scrutin législatif pour doter la Guinée d'une Assemblée nationale représentative, qui s'attelle à l'examen des principales réformes. Cela étant, ma préoccupation est d'organiser des élections législatives crédibles, qui correspondent au souhait de tous les Guinéens de voir s'exprimer le suffrage universel, de manière totalement libre », a déclaré le chef de l’Etat. Et d’ajouter que ce n'est pas l'exécutif qui organise l'élection, mais la Commission électorale nationale indépendante, composée des représentants de tous les partis politiques. Selon Alpha Condé, « Si le scrutin n'a pas encore été organisé, c'est parce qu'il faut aménager le fichier électoral, de manière à permettre aux Guinéens exclus jusque-là du droit de vote d'être dotés d'une carte d'identité et d'une carte d'électeur hautement sécurisées. Il s'agit d'une opération de révision des listes électorales et non pas d'un recensement général, comme certains le prétendent. Sur toutes ces questions électorales, mon objectif est d'aboutir à un consensus national qui passe entre autres, par un dialogue politique avec l'opposition qui est en cours. Personne n'est plus pressé que moi d'aller aux élections législatives. »
Quoi qu’il en soit, l’allure d’immobilisme que prend aujourd’hui le pays et le virus d’apathie et d’indifférence que piquent les nouvelles autorités ne semblent point rassurer les Guinéens. Il est pourtant temps de prendre garde afin que la misère noire des quartiers entiers ne s’avère plus forte que la peur de mourir sous les classiques balles réelles des hommes de défense et de sécurité qui ne savent sortir leurs dents et leurs biceps que contre une population désarmée. Les inaltérables démagogues et autres chasseurs de postes peuvent pour leur part continuer de tenter de masquer le soleil par la paume de la main tout en dénonçant un demi-siècle de gestion chaotique.
Thierno Fodé Sow