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S’inquiéter pour le débat politique dans notre pays ?

Thierno Ousmane Diallo   Vendredi, 03 Février 2012 15:16

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A la lecture du post sur le site guinéen de Monsieur Ansoumane Koli du 30 janvier 2012 qu’il intitule « Tierno Monenembo, quand l’intellectuel est rattrapé par sa nature profonde! », je n’ai pas pu m’empêcher de tourner et de retourner sa conclusion n fois dans ma tête et de m’écrier « Bravo ». Voilà assurément un brillant et honnête intellectuel qui s’inquiète du rôle de la classe intellectuelle guinéenne dans le débat politique de notre pays. C’est très louable, seulement voilà, il y a de sérieux problèmes qui commandent de rafraîchir la mémoire de notre démocrate :

1- Certes « TM est un intellectuel rattrapé par sa nature profonde » en sympathisant pour CDD et en considérant AC comme dictateur. L’intellectuel n’aurait pas le droit de choisir son parti encore moins d’exprimer ses convictions. Le plus grave est qu’on n’a pas souvenance d’avoir vu un écrit de notre démocrate quand la région mandingue a réuni tout ce qu’elle a de « sages » pour venir exiger, voire même imposer un des leurs à la magistrature suprême de notre pays au mépris des principes de souveraineté de notre peuple. Ceux-là n’étaient pas rattrapés par leur nature profonde. Si vous mettez dans la balance le poids de cet intellectuel et celui des gardiens de nos valeurs et traditions sociales que représentent les « sages » dans nos contrées, on voit bien la logique de notre clairvoyant intellectuel de s’inquiéter de notre débat politique.

2- Se basant sur un rapport sur les crimes économiques dans notre pays, notre démocrate estime « qu’il est inconcevable que celui qui combat la dictature s’accommode des crimes économiques ». Avec plus de 11 ans au gouvernement, CDD serait sans conteste l’un des principaux responsables et comptables du bilan calamiteux dont hérite la Guinée d’aujourd'hui. Soit. Mais là aussi demandons tout simplement à notre démocrate combien « de ces responsables et comptables du bilan calamiteux» sont aujourd’hui aux affaires ? Le bon sens aurait voulu d’ailleurs qu’on pose la question dans le sens inverse : dans notre petite équipe gouvernementale d’une soixantaine de ministres et conseillers, combien ne sont pas de ceux-là ? N’étant pas nécessaire de rappeler l’adage qui dit « dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es », mentionnons seulement que si on met sur la balance le poids de cette équipe qui gère actuellement le pays et celui de l’opposant prédateur, on voit bien qu’il y a lieu de s’inquiéter pour notre débat politique.

3- En acceptant le principe de la gravité de ces crimes économiques, tout le monde aurait été à l’aise si notre démocrate avait cité non pas un rapport de constat mais le rapport officiel de l’audit. Voilà quand même plus d’une année que notre Professeur « PDE » abreuve notre peuple de miel, de paradis et de gestion limpide ; alors notre peuple n’a-t-il pas le droit de connaître les prédateurs de son économie ? À moins que CDD ne soit le seul, auquel cas l’audit devrait le notifier aussi.

4- Et enfin notre clairvoyant démocrate estime qu’il faut « dénoncer avec la même véhémence et la même conviction toutes les atteintes aux droits de l’homme, quel qu’en soit l’auteur » mais en même temps fait fi des crimes politiques. Il a raison, pour la circonstance, les droits de l’homme se limitent aux crimes économiques. Là, alors, son écrit étant sorti la même semaine que l’enterrement de la nième victime de notre Etat de droit, comme pour célébrer cet Etat de droit, nul n’a besoin de rappeler les constants deuils de notre peuple avec parfois des labels spécifiques à notre pays comme les pogromes de Kouroussa et Kankan ou les tueries et viols publics en plein jour du Stade du 28 Septembre. Rien qu’à considérer cette dernière victime, la question qui se pose est la suivante : Soufiana Diallo est victime à quel titre ? Présumé, accusé ou coupable ? Et dans quelle affaire ? Dans une affaire douteuse en investigation de plus de huit mois maintenant. Alors puisqu’il s’agira de sacrilège de parler de dictature ou d’incapacité du système en place, chantons avec notre démocrate les mérites de notre Professeur « PDE » et de l’Etat de droit que celui-ci nous sert à sa manière.

Pouvant multiplier à volonté ce genre de rappel, disons que nous souhaiterions faire appel à la probité de notre clairvoyant intellectuel pour nous donner quelques petites leçons, ne serait-ce que sur ces 4 aspects.

Je vous salue.


Thierno Ousmane Diallo 


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