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Guinée : Un héritage commun

Iliassou Bah  Vendredi, 27 Janvier 2012 00:18

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BAH_Iliassou_01Comment pouvez-vous expliquer la division entre les frères d’une même nation, d’un même pays? Comment pouvez-vous trouver une identité ethnique, juste et équitable, à un enfant issu de parents d’ethnies différentes? Si quelqu’un a un début de réponse, je reste à l’écoute.

Je ne dirai pas que la fragilisation du tissu social guinéen est du jamais vu ou que cela soit une première en Afrique sub-saharienne, mais le cas de notre pays reste et demeure à la fois critique et très inquiétant depuis son indépendance. Au lieu de s’alléger ou de prendre fin, cette division ethnique au contraire prend de l’ampleur malgré l’accroissement du taux d’alphabétisation et de civisme (?) acquis, toute proportion gardée.

La Guinée est officiellement un pays à près de 90% musulman. Les fidèles se rendant dans les mêmes lieux de culte (l’islam est presque uniforme en Guinée), un pays où, globalement, toutes les communautés partagent les mêmes mœurs et quasiment la même tradition, ne devrait pas subir cette déchirure ethnique qui pousse les uns à dégager une haine envers les autres.

Rappelons-nous qu’avant l’indépendance, c’est d’avoir été, toutes ethnies confondues, malinké, peuhl, soussou, forestier, etc., tous unis comme un seul peuple contre le colonisateur qui nous a permis d’obtenir notre indépendance malgré la détermination et la puissance du colon blanc à se faire de notre peuple pour piller ses ressources innombrables.

Cette même communion s’est reproduite au moment des évènements de janvier 2007 où tous, dans l’unité, ont pu revendiquer leur droit face à un pouvoir militaire.

Tous fils d’un même pays, les Guinéens ont témoigné que seule l’unité permet à un peuple d’atteindre ses objectifs vitaux. Aujourd’hui, après les grands accomplissements des années de braises, cette méthode de combat collectif et solidaire est mise aux oubliettes soit par mauvaise foi ou par le simple fait d’un fanatisme ethnique ou régional de certains de nos compatriotes.


A quel groupe ethnique la Guinée appartient-elle ?

Une autre question à laquelle je suis intéressée d’en savoir plus d’un titre. D’une part, certains se réclament comme les seuls propriétaires des lieux et pourtant, cette question est résolue par les lois dans une république. Regardant nos différentes langues parlées tels que le pular, le malinké, le sarakolé ou encore le guerzé, aussi parlées dans certains pays de la sous-région comme le Sénégal, le Mali, ou la Côte d’Ivoire. De même que les patronymes tels que Keïta, Camara, Bah, Tall, Sylla, Haba, etc. se trouvant aussi dans ces même pays. Dans ce cas qui sont les vrais Guinéens ?

Cette origine lointaine et diverse de chacun forme cette mosaïque qu’est la Guinée et nous devons tirer plus profit que d’en faire des inégalités.

D’autre part, il y a ceux qui pensent que leur ethnie est marginalisée. Les Peuhls se sentent victimes des abus du premier régime alors que les Malinkés accusent le second avec les évènements de 1984. Les Forestiers aussi n’oublient pas de rappeler d’être le groupe ethnique le plus discriminé.

Qui ne fut donc pas victime dans ce pays d’un régime ou d’un autre ou même de tous les régimes pour parler ainsi ?

Si il est vrai comme le disent certains de nos jours que « nous avons un chef d’Etat ou des opposants qui divisent notre peuple aux travers de discours incendiaires », il serait du devoir des Guinéens de rejeter ce type d’homme politique par la sanction du peuple, c'est-à-dire par la voie démocratique dans les urnes. Il nous faut les tenir responsables de leurs propos et discours qui tendent à entretenir ces clivages entre les fils et filles d’un même pays. Lorsque l’homme politique guinéen aura compris que le peuple a de la mémoire et que désormais, il est le seul souverain, le politique ne saura se servir de la région ou de l’ethnie pour ses propres fins.

Je ne doute point de la mémoire et de l’expérience acquise par le peuple de Guinée ces dernières années où nous fûmes trompé, et certains détruits par presque tous nos leaders toutes tendances confondues. C’est le lieu de se souvenir qu’aucun président n’a régné qu’avec son seul groupe ethnique, tous les autres ont participé à ce que nous dénoncons comme mauvaise gouvernance.

De 1958 à nos jours, toutes les ethnies ont été représentées dans tous les gouvernements même si la perception tend vers un certain équilibrage ethnique qui en réalité est plus de forme que de fond. Pour la bonne marche de ce pays, il est de notre devoir de rappeler à tout chef d’Etat, présent ou à venir, qui tentera de marginaliser un quelconque groupe ethnique au profit du sien ne pourra qu’exercer un pouvoir éphémère. Ce peuple n’est plus dupe il a muri.

A ceux qui se sentent mis à l’écart, qu’ils viennent prendre part au développement de la Guinée, leur pays, leur patrie. Et qu’ils le fassent sans aucune crainte car, les temps ont changé, les méthodes d’hier ne sont plus d’actualité. L’idée d’être discriminée ou d’être marginalisée ne doit exister que dans nos imaginations pas dans les faits. Nos hommes puissants ont certes le pouvoir mais, le pouvoir du peuple est au-dessus de tout pouvoir humain. Ils ne peuvent fonctionner sans l’accord de ce peuple.

Je ne dirai pas que la réconciliation ou encore la justice n’est pas une priorité ou un élément fondamental pour sortir la Guinée de toute cette crise qu’elle traverse en ce moment, mais avant d’entamer ce processus (vérité, justice et réconciliation) qui risque de prendre du temps vu que chacun se clame victime et accuse les autres de coupables, très sincèrement il faudra d’abord se lancer dans tous ce qui ira dans le sens du développement (agriculture,  autosuffisance alimentaire, éducation, santé, énergie, etc.)

Nous ne manquons ni de ressources matérielles ni de potentiel humain capables de nous mettre au même niveau que les autres pays de la sous région qui ont une avance considérable sur nous. La Guinée est un héritage commun et comme tel, nous devons l’entretenir et le maintenir pour les générations futures. Tout digne fils de ce pays a le devoir, premièrement, de se considérer comme une solution et ensuite d’apporter sa pierre à la construction de ce pays qui est notre bien commun.


Iliassou Bah
United Kingdom
pour www.guineeactu.com


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