Mohamed Maladho Diallo Dimanche, 22 Janvier 2012 21:43
Le droit à la vie privée du Guinéen n’est pas respecté et ce, en violation des articles 12, respectivement, de la constitution guinéenne et de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. J’en suis concerné en tant que citoyen guinéen. Cela m’écœure et me pousse à lancer ce signal d’alarme au gouvernement. Les gouvernants et les Guinéens mêmes ne respectent pas la vie privée de leurs compatriotes. Cela est visible à tous les niveaux et en tout lieu et en toute occasion. Cela devrait cesser.
1- Le droit du citoyen est-il légalement protégé ?
La réponse est oui. Le droit à la vie privée est bien protégé par des lois guinéenne et internationale. En effet, dans la Constitution en son article 12 aliéna 2 (seconde et dernière phrase). La constitution dispose : « …..Le secret de correspondance et de la communication est inviolable. Chacun a droit à la protection de sa vie privée ». Par ailleurs, dans la déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH) de 1948 souscrite par la Guinée, en son article 12 ce droit est protégé. La DUDH dispose en son article 12 : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ».
2- Quelques exemples des violations de la vie privée du Guinéen
Les droits à la vie privée des Guinéens sont violés à la poste, à la téléphonie, à l’hôpital, à l’école, à la police, au recensement des fonctionnaires et des militaires, à la télé, aux laboratoires biomédicaaux, bref dans la vie publique guinéenne.
Les informations sur le nom des parents, le nom complet du citoyen, l’année de naissance, les données biomédicales et biométriques, les résultats d’analyses, d’examens scolaires, le contenu de la communication téléphonique, certaines images de la télévision et bien d’autres sont vraiment des informations personnelles et font l’objet d’une gestion protégée ailleurs. En Guinée, par ignorance ou par négligence, les citoyens ne sont pas protégés.
3- Donnons quelques détails
3.1 A l’hôpital notamment aux laboratoires d’analyses biomédicales
Même si officiellement le serment d’Hippocrate existe et est respecté par certains médecins et laborantins, la majorité d’entre eux exposent librement les donnée biomédicales de leurs clients les mettant à la portée des gens indélicats. Pire, des personnes passent dans ces laboratoires pour prendre des renseignements sans présenter la moindre identité. Le diagnostic du malade, sa prescription sont, par principe, des données personnelles qui n’ont droit de diffusion que sur autorisation du patient. Leurs exposition au grand jour est, il me semble, une violation du droit à la vie privée du patient.
3.2 A l’école
C’est à travers les dossiers scolaires, les cartes d’élèves ou d’étudiants que les informations personnelles des élèves et des étudiants sont violés par mauvaise gestion de l’information. Même les résultats des examens sont en principe une information personnelle de l’apprenant qui aurait dû être protégée. Je me souviens encore la honte que j’avais de voir que tel ou tel copain me dépassait dans une matière comme le français où je n’étais pas le plus brillant de ma classe malgré mon rang de major.
3.3 A la police
Les dossiers de cartes d’identité sont mal gérés dans certains commissariats faisant que ces informations personnelles des Guinéens sont souvent exposées à vue. Or, à l’heure de l’informatique, la connaissance d’une donnée biométrique d’un individu l’expose au bien comme au pire selon qu’on veuille s’en servir pour du bien ou du mal. Les questions identitaires sont traitées avec trop de légèreté au point que l’étranger peut s’en servir et peut se voir mal traité en comparaison du reste du monde.
3.4 Au recensement des fonctionnaires et des militaires
Dans les recensements biométriques des fonctionnaires et des militaires, ce sont souvent des experts étrangers qui gèrent directement ou indirectement ce processus rendant de facto ces informations sensibles à disposition. Pire, on met ces informations sur le net ce qui est vraiment le comble.
3.5 A la téléphonie
Récemment, les sociétés de téléphonie mobile ont été sommées par l’ARPT[i] de recenser tous leurs abonnés ce qui a certes des avantages indéniables mais aussi des inconvénients. Le mal est qu’on demande aux abonnés de donner la photocopie de la carte d’identité nationale pour cet enregistrement. Or, non seulement tous les Guinéens n’en ont pas et certains n’en ont cure, mais aussi ces cartes contiennent des informations très personnelles à mon sens. Ma mère a 96 ans et n’a pas besoin d’une carte d’identité aujourd’hui mais ne peut se séparer de son portable qui lui permet de communiquer quotidiennement avec ses enfants. Pire est le fait que l’agenda caché de cela est l’écoute téléphonique qui est sans aucun doute une violation du droit à la vie privée.
4- Conclusion
Les informations personnelles des Guinéens sont sacrées et doivent être mieux protégées par les services publics guinéens. Evidemment, cela ne devrait pas soustraire les politiciens et les gouvernants à la douche de crédibilité qui est une nécessité. C’est un choix de leur part.
Certaines informations de souveraineté sont à protéger et ne devraient pas être sur le net ou être gérées par des personnes étrangères. Il est temps que nos gouvernants sachent faire la différence entre les différents types d’informations qui se partagent ou pas. Si le net est une source d’information et une voie de communication, ce n’est pas un lieu sûr pour stocker les informations sensibles.
Les informations contenues sur la carte d’identité nationale des Guinéens sont sensibles et devraient être révisées pour ne pas être à la disposition de n’importe qui. En la matière, le passeport du Guinéen est mieux conçu que la carte d’identité nationale. On n’a pas besoin de présenter tous les détails donnés sur la carte d’identité nationale.
Le gouvernement doit aux Guinéens une meilleure protection de leur vie privée et devrait s’abstenir de faciliter des écoutes téléphoniques des citoyens. Finalement, la formation des guinéens pour une meilleure gestion des bases de données des Guinéens est indispensable. Avant un recensement, il faut former les Guinéens pour qu’ils soient seuls gestionnaires des informations personnelles et sensibles des Guinéens. Ce n’est pas de la xénophobie.
Mohamed Maladho Diallo
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