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Monsieur vous êtes ingénieur
Paul Théa Lundi, 12 Décembre 2011 17:34
Cette scène s’est déroulée il y a quinze ans dans les locaux du service des cadastres à Boffa, une ville de notre chère Guinée.
En 1993, si mes souvenirs sont bons, j’avais décidé en collaboration avec une agence suisse, de créer un circuit touristique en Guinée ; je devais donc aller visiter les villes choisies et ville par ville, repérer les sites touristiques, les hôtels ou la possibilité de logement chez l’habitant, et les attractions culturelles.
Le circuit était Conakry, Kindia, Mamou, Dalaba, Pita, Labé, Gaoual, Boké, Boffa, Fria et Conakry ; j’avais sollicité l’aide de la RTG pour avoir un cameraman (à l’époque je ne savais pas filmer). Pendant deux semaines, j’étais avec Souleymane Bangoura de la RTG. Ainsi naquit notre amitié. C’est nous qui avons apporté à l’époque des images de sites inconnus du grand public. Parmi ces images, PZ de Dominya, village à quelques kilomètres de Boffa près du bras de mer.
Littéralement, ce fut un coup de foudre ; ainsi, j’avais formulé et obtenu l’autorisation du ministère du tourisme pour y installer un village de vacances. Autre information, c’est là que fut construite la première école en Guinée non loin du port négrier. Un vieux bâtiment y existe encore. J’avais alors commencé la rénovation du vestige avec comme maître des travaux, le chef du village M. Thierno Soumah.
Le frère de M. Soumah qui avait besoin d’argent, m’a proposé d’acheter une partie de son terrain donc je me suis retrouvé avec un terrain de l’Etat et un privé pour mon logement. Ironie du sort, en parlant de mon projet à Toulouse (mon lieu de résidence d’alors), je découvre que Tonton Léonard Katty, un des doyens que je respecte beaucoup, est originaire de Domiya et que M. Thierno Soumah est son meilleur ami d’enfance.
Alors le village m’adopte et l’on parle du projet un peu partout surtout après la visite et le spectacle d’un groupe suisse. Seulement, voilà , les responsables administratifs à Boffa décident de rentrer en jeu et mes ennuis commencent. Je suis convoqué à la préfecture pour me dire d’aller au cadastre car le terrain doit être délimité.
D’accord mes limites sont déjà connues ; pas du cadastre ; alors le chef de service et quatre collègues s’embarquent avec moi pour délimiter le terrain. Il n’est pas si grand, n’empêche.
Au retour dans le bureau, tous les collaborateurs réunis, le chef de service prend la parole :
- Monsieur Théa, vous voyez, ici en Guinée, le fonctionnaire mange derrière son bureau ; nous avons fait le travail comme vous l’avez constaté, un (en s’indexant), deux, trois, quatre et cinq (en indexant les autres), ingénieurs…
En ce moment précis, un collaborateur leva le doigt pour dire
- Chef, je ne suis pas ingénieur…
- Monsieur, vous êtes ingénieur (d’un air autoritaire) ; alors M. Théa, je disais, cinq ingénieurs ont fait votre travail, cela prouve l’importance que nous accordons à votre projet ; de ce fait, vous allez payer tant de millions pour avoir le plan.
J’ai failli sursauter mais je gardai mon sang froid et calmement :
- Messieurs les ingénieurs, je vous remercie ; donnez-moi le temps d’informer mes partenaires qui doivent financer et je vous apporterai la somme.
- Vous n’avez même pas une petite avance ?
- Non, sinon, je l’aurais fait de suite.
Je percevais la déception et j’allais ainsi informer le préfet de la réunion ; chemin faisant, je trouve le préfet qui ne me faisait dos ; dire à un Monsieur, qu’il n’est pas bâtard ; qu’il était venu pour prendre sa part. C’était évident que ces responsables voulaient me plumer.
Une amie suisse me conseilla alors de laisser pour le moment, le projet de Boffa et de finir l’installation de mon centre de formation professionnelle à N’Zérékoré.
Là aussi, avec professeurs français, il faut plumer mais c’est une autre histoire.
En 2000, après dix ans d’activités infructueuses j’avais le choix entre partir ou crever.
Quatre ans sans aller à Boffa avant de quitter la Guinée ; à mon retour onze ans après à Conakry et quinze ans après, mon complice Souleymane Bangoura et moi, décidâmes d’aller à Domiya pour prendre les nouvelles de mon terrain privé.
Quand on sait qu’en Guinée, des terrains sont vendu à de multiples acheteurs, je ne me faisais pas grande illusion; surtout depuis le décès de M. Thierno Soumah, il y a des années.
Nous l’avons pris au compte d’une promenade ; arrivé dans le village qui a quelque peu changé, je m’approche d’un jeune sur une véranda
- Bonjour M., je cherche la concession de M. Thierno Soumah.
Il sorti de la véranda, me regarda longuement
- C’est M. Théa ?
- (très étonné), oui
- Paul Théa ?
- Oui
- Je suis le cousin de Pokou, celui qui vous a vendu le terrain.
Je ne pouvais pas mieux tomber ; je ne me souvenais pas de lui mais bon, j’allais rapidement être fixé. Chez M. Thierno, je reconnais un de ses frères, l’on me présente un de ses fils bref un accueil formidable. Première bonne surprise ; mon terrain est intact.
M. Soumah a tenu à ce que ce terrain soit jalousement gardé et sa famille a respecté les consignes des années après lui.
Le terrain PZ, est délabré, le bâtiment à l’abandon bref. Tout à refaire.
Je me retrouve avec un groupe de jeunes à faire le tour, les petits ont entendu parler de moi et me voient pour la première fois ; les bons et mauvais souvenirs défilent dans ma tête ; je n’en crois pas du tout. Ainsi, l’on me raconte que chaque fois que quelqu’un s’intéressait au coin, on lui parlait de moi ; sauf quand Ousmane Conté, fils du président y débarqua, informé par qui, ils ne le savent pas ; il demanda aux dames de nettoyer le coin pour y construire sa maison. Mais son père mourra en ce temps et plus rien.
Alors un jeune me demanda de refaire mon projet pour leur donner du travail et apporter plus d’animation au village.
Mon Analyse :
Voici une histoire authentique qui se passe dans un village soussou.
Aux ethnocentristes, je dis toujours que je ne suis pas naïf, je sais qu’il y a de l’ethnocentrisme en Guinée mais qu’il est exacerbé par les politiques.
Dans tous mes déplacements dans notre pays, je n’ai jamais été rejeté à cause de mon ethnie ; je trouve toujours que nos cultures sont des richesses à exploiter pour le tourisme.
Quelle amitié ? Quelle fidélité ?
Le lendemain, je suis allé au ministère du Tourisme avec les photos de PZ pour exprimer mon intention de reprendre le coin pour y mettre un village de vacance ; ils m’ont conseillé d’écrire au Ministre. C’est fait ; j’attends la suite.
Pour ces jeunes, par amitié, je vais le faire ; adviendra ce qui adviendra.
A N’Zérékoré aussi les profs m’ont dit vouloir reprendre mon centre même sans moi à condition de trouver des ordinateurs ; je le ferai aussi. Ils étaient là quand j’avais besoin d’eux.
Si tout va bien, dans trois mois, de retour en Guinée pour commencer les travaux à Domiya ; village du grand frère Jeannot Williams.
Il ne me reste plus qu’à écrire deux articles avant de disparaître du net pour m’occuper du montage de mon documentaire ; un sur M. Amidou Bangoura des ballets africains et un sur mon tonton Odilon Théa, grand journaliste devant l’éternel ; aujourd’hui à la retraite et donc plus disponible, il a accepté de travailler avec moi.
Imaginez une émission radio et une TV, animées par Odilon et Paul Théa ; rien qu’à y penser, j’ai la chair de poule.
Avec le recul, je rigole de mes mésaventures en Guinée.
Je vois encore, comme si c’était hier, ce chef de service, toiser son collègue : « Monsieur, vous êtes ingénieur » ; pas étonnant que quelques années plus tard, je trouve à Conakry tant de docteurs, d’excellences; que sais-je encore.
Oh la Guinée, drôle de pays.
Paul Théa

Photos avec les jeunes du village et la maison en ruines sur le terrain.
Commentaires
Franchement, pour moi le débat sur les ethnies est clos; guinean peut penser ce qu'il veut, rien à cirer.
Quand Jean Faraguet Tounkara à avouer dans un journal Ivoirien qu'il a été le cerveau du complot petit touré, aucun journaliste guinéen n'est allé vers lui pour en savoir plus. Après cette déclaration, 2 ans plus tard, il mourrait de sa belle mort.
Mr Paul s'est trompé de nouveau,un groupe d'individus n'est pas forcement un groupe ethnique.Ce n'est pas facile d'enlever le mot "ethnie" dans la tete des gents.
Guinean , soignez-vous votre cas est désespérant...Haine d'AC.Que ne faut-il pas entendre! Une certitude vous serez Ministre.
je partage cet avis;unl jour viendra, ils accepteront certainement de raconter.
Maintenant c'est Guinean qui ose dire clairement ce que trompeur appellé groupe d'individu.
Allez dire dire à mes cousines de la famille Sagno ( enfants de Tonton Mamady), que je déteste les malinkés.
Pauvre Guinée.
Depuis Spatacus certains hommes se levés contre l' oppression
et les oppresseurs . SEKOU en était un .
Il était un DROIT et un DEVOIR de le combattre . Démocratiquement ou PACIFIQUEMENT était impossible . Tous les autres moyens étaient BONS ! On appelle ce COMBAT , COMPLOT . Celui-la , a bel et bien existe . En profiter pour se debarasser de pesonnes " gênantes " , c' est la COMPLOTITE.
Beaucoup de ceux qui en ont échappe on écrit et témoigne . ( Prison d ' Afrique , La Vérité du MINISTRE , La Mort de Diallo Telli ...)
Moi j' ai quitte la Guinée en Septembre 1968 , mes parents ne croyant point a la REVOLUTION CULTURELLE d ' AOUT.
Dans ce long pénible et amer exile ( le pire des maux ) , j' ai connu des centaines de " COMPLOTEURS " qui devraient être fiers d ' avoir COMBATTU SEKOU pour un meilleur avenir de notre Peuple . Qu ' est ce qui se passe , certains sont partis " travailler " avec ce même SEKOU . A sa mort , d 'autres se sont mis au sevice de CONTE . Puis , il y a ceux qui sont dans le CNT actuel . Aucun d' eux n ' a témoigne ni par écrit ni oralement et de façon claire et publique qu' il fallait " COMPLOTS " pour lutter contre SEKOU . Cela me surprend amèrement . Ceux qui ont combattu HITLER , STALINE ou autre oppresseur , le disent avec tant de fierté .
Si les nôtres le voulaient bien , vous n' auriez pas a " fouiller " les " archives " françaises . J ' espère qu ' un jour qques uns le feront . Ils devraient en être fiers .
PS : vous êtes très courageux Mr Thea !
Bien a vous .
si l'occasion se présente, je consulterai les archives en France pas de problèmes. J'ai commencé un travail long et tout de suite tout le monde veux entendre ce qu'il veut entendre.
Seulement voilà , les archives en Frances ne disent pas que tous les complots sont vrais; ils disent ce qu'ils ont financé nuance.
Monsieur Alsény Fofana, je suis d'accord avec vous que toutes nos populations sont accueillantes; je le dis en plus que depuis que je fais des tournées en Guinée, j'ai toujours été bien accueilli dans toutes les régions.
Ce cas d'exemple est là pour le démonter.
Alors pour être clair, je ne dis que ce sont les sousous seulement qui sont accueillants loin de moi cette idée. Merci
Ce sont en grande partie les femmes sousous qui ont mis Sékou Touré au pouvoir. Aujourd'hui, les fils des tortionnaires font tout simplement de la négation. Surtout, il ne faut pas critiquer leur Dieu, l'on est haineux ou guinéen de nom. Toute la conversation de Mohamed Touré se résume en un mot: la négation. A la virgule près, ce sont les idées de son père bref
Encore une fois, aux esprits formatés PDG, je dis que je ne suis pas de ceux qui disent que tous les complots sont vrais ou de ceux qui disent que tout est faux. Je suis dans le troisième camp qui affirme qu'il y a eu des vrais et des faux. Le complot des enseignants est faux par exemple; quand par mes enquête, je trouve un vrai, je le dirai.
En tant que guinéen, j'ai le droit comme tout guinéen de donner mes opinions. La période de la vérité unique est révolue; tous ceux qui étaient contre, étaient traités d'apatrides ou à la solde de l'impérialisme.
Maintenant, je me moque qu'ils disent que je suis payé ou que j'écris pour plaire. Un jour la vérité jaillira en Guinée.
Personne ne doit plus se laisser berner donc frère Sampil, la basse cote tout comme toutes les régions, ne doit plus se laisser berner ou abuser de leur bonté.
Il est temps que çà cesse. Plus de faiseurs de rois quand on est ROI...
Wassalam

