Qui était Siradio Diallo, cette lumière qui ne s’éteindra jamais ?

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Siradio (déformation peule de « siradj Â» signifiant « lampe » ou « lumière » en arabe) naquit le 25 août 1936 à Labé (centre-nord), « capitale du Fouta Djallon Â», actuelle ville de Labé située à 400 km de Conakry. Il est mort le 14 mars 2004 à 21 heures, au Centre hospitalier Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois, à Paris.

Homme de culture et de foi, Siradio a été journaliste pendant près d’un quart de siècle à l'hebdomadaire Jeune Afrique. A ce poste, il fréquenta dans la plus grande intimité plusieurs chefs d’État et de gouvernement, des ministres et autres célébrités de ce monde. Dans cette fréquentation professionnelle entre le journaliste qu'il était et ces dépositaires de pouvoir politique, sans déchoir, Siradio finit par découvrir qu'il était l’un des leurs.

Oui ; le prince de Labé ne pouvait pas ne pas être politicien. En effet, avant d’être cette icône mondialement connue, Siradio Diallo était fort engagé politiquement dès sa tendre jeunesse. Déjà dans les années 1950, à l’École normale de Kankan, il n’était pas le moins actif des militants. Avec la même vigueur à Dakar, où il fréquente l’École normale William-Ponty, puis l’Université, il mène l’offensive des étudiants guinéens contre le régime dictatorial naissant de Sékou Touré. C’est d’ailleurs pour échapper aux sbires de celui-ci que Siradio, avec l’aide de quelques amis, quitte la capitale de la Terranga pour la France, via Nouakchott. Admis à la faculté de Droit et Sciences économiques de Poitiers à son arrivée en 1962, Il en sort avec un diplôme d’études supérieures en sciences économiques. Siradio a été membre actif de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF).

Après des passages remarquables, plus ou moins longs, dans diverses institutions économiques françaises, notamment l’INSEE, il rejoint en 1970, l’équipe de Jeune Afrique par le service documentation. Il est très vite admis à la rédaction et devient par la suite l’une des icônes subsahariennes incontournables.

En juillet 1991, Siradio prend sa retraite journalistique pour arroser le bourgeon politique qui sommeillait en l'homme de presse qu'il fut. Pour soumettre ses idées à l’épreuve des faits et au bénéfice du peuple qu'il a tant aimé, il mettra fin à son exil pour ainsi exercer ce métier d'homme politique à plein temps. A son arrivée, il intégra le PGP (Parti guinéen du progrès) et en occupa le poste de secrétaire général.

A la suite d’une fronde au sein du PGP, il créa en 1992 avec ses fidèles compagnons, le Parti du renouveau et du progrès (PRP), avec lequel il se porte candidat à la première présidentielle multipartite en Guinée, en 1993. Son parti fusionnera plus tard, en 1998, avec l’Union pour la nouvelle République (UNR) de feu Ba Mamadou, pour donner naissance à l’UPR.  Fait rarissime d’alors, Siradio le sage, le pondéré..., plus jeune que le doyen Ba, renonce à sa candidature à la présidentielle de cette même année pour soutenir avec ferveur celle du doyen Ba Mamadou, autre figure de proue du combat pour l’avènement de la démocratie en Guinée. 

Élu député à l’Assemblée nationale de Guinée en 1995 et réélu en 2002, Siradio Diallo  y siègera jusqu'à sa mort le 14 mars 2004.


Que faut-il retenir de l’homme Siradio ?

Tous ceux qui l’ont connus et côtoyés sont unanimes en admettant que Siradio fut un homme pondéré, extrêmement cultivé, ouvert d’esprit, tolérant et ferme dans ses convictions. Jamais dans l’excès, que ce soit dans le ton ou dans les propos, il savait se faire écouter et se faire entendre mais aussi écouter et entendre.

Siradio aimait profondément son pays et son prochain. Le pouvoir mercantile ne l’intéressait guère ; ce qu’il recherchait par-dessus de tout était plutôt le compromis et l’adhésion de la population.

 Il avait foi en la vertu du dialogue et priorisait la confrontation des idées et avis. 
Incompris de ses pairs, quelques fois, Siradio Diallo était avant tout  un humaniste ; en guise de rappel, il avait soutenu l’idée de « garantir une sortie honorable et même une immunité au général Lansana Conté », bien que l'idée ait été peu partagée par ses collègues opposants d’alors.

Au parlement guinéen, son apport fut d’une grande qualité, reconnu et salué par ses adversaires, mêmes les plus coriaces. Il fut celui qui céda la place de président du groupe parlementaire de l’opposition qui lui revenait de droit,  au vice-président de son parti. 

Pour moi,  Siradio restera à jamais cet homme : courageux, respectueux et fondamentalement démocrate. 

La dépouille de Siradio Diallo fut rapatriée le 21 mars 2004 à Conakry, exposée le 24 mars à l’Assemblée nationale.  Le convoi funèbre marquera des arrêts dans chacune des nombreuses localités traversées avant de d'arriver à Labé le 25 mars. Siradio fut inhumé le 26 mars 2004 dans son Labé natal après la grande prière du vendredi, au cimetière du grand érudit Karamoko Alpha Mo Labé, fondateur de ladite ville.

Dors en paix, grand combattant de la liberté et homme de dialogue. La patrie te sera éternellement reconnaissante pour ta contribution remarquable. Tout en continuant ton combat, nous veillerons à ce que ta lumière ne s'éteigne jamais. Nous exalterons d'ailleurs sans cesse le très haut afin que cette même lumière  éclaire tous ceux qui se battent pour les idéaux qui te sont si chers : justice, paix et tolérance... et sans aucun doute, de nos jours l'UFDG porte haut ce flambeau aux flammes rayonnantes.

Qu’Allah le Tout Puissant, le Tout Miséricordieux, t’accorde son paradis. Amen!


Bruxelles, le 16 mars 2016

Diallo Elhadj Moussa
Membre du Bureau exécutif National UFDG
Secrétariat chargé des relations avec les Institutions Internationales
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Commentaires  

 
0 #3 Savané 27-03-2016 04:56

Koto Saliou,
Siradio Diallo était certes économiste mais son option fut les statistiques. Son épouse, Mme Bah-Diallo, fut selon les dires, celle par qui son cher époux obtint le job de journaliste chez Jeune Afrique. À cette époque, Jeune Afrique qui était dominée par présence africaine se cherchait encore une place de choix en Afrique.
De nombreux témoignages affirment que bien que Siradio et sa chère épouse soient tous des originaires de Labé, c'est le doyen Ba Mamadou qui sera l'auteur de leur rencontre et de leur union conjugale. Il fut également l'auteur de l'emploi de Siradio chez Jeune Afrique.
Ben Yahmed de Jeune Afrique était un ami de Ba Mamadou et Siradio ne fut point un journaliste professionnel de formation, contrairement à son épouse qui obtint un diplôme dans ledit domaine.
Un deal fut à la base de ce qu'allait transformer le destin professionnel du couple et de Siradio notamment. Il s'agissait d'une cession de contrat de Mme Bah-Diallo en faveur de Mr Siradio Diallo. Au besoin, je fournirai des détails complémentaires.
Comme tous les grands intellectuels et hommes de grande culture, Siradio n'était pas un acteur politique mais un penseur politique. Il n'était pas un politicien mais un politologue.
Bref, Siradio était un cérébral qui conceptualisait des visions politiques et non un combattant qui posait des actes politiques.
Souvenez-vous que tous les grands érudits, africains notamment ont presque tous lamentablement échoué en politique.
Senghor, Ki-gerbo, Anta Diop, Siradio, Hampâté, Lamine Sidimé, Soyinka, MBokolo, Césair, etc.
Tous en ont tenté à un moment donné de leur histoire et à chaque fois, leur dogmatisme académique a emporté leur pragmatisme politique.
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+3 #2 Koto Saliou Diallo 25-03-2016 04:25

Citation en provenance du commentaire précédent de Savané:
Siradio fut donc un humaniste, dites-vous ? Le fait de de proposer une stratégie politique pour la retraite de Général Conté est un acte humanitaire ou une posture politicienne ?
Ceux qui aiment le combat politique du doyen Siradio Diallo devraient aimer son oeuvre et s'engager à le perpétuer jusqu^à son aboutissement effective.
Siradio Diallo est mort ! Son enterrement est prévu pour le jour de la disparition de L'UPR dans le paysage politique politique guinéen.
Relevez donc le défi. À bon entendeur !

@Savané,
Il me semble que vous aimez jouer à la "POLÉMIQUE"pour déclencher un débat d'idées,et avoir en même temps le réflexe d'un Républicain aguerri!.
Si toutefois,vous avez plus d'informations contradictoires par rapport à cet article,faites-nous le savoir,afin;d'avoir une vision plus éclairée sur ce personnage(Feu Siradiou Diallo).Si non,vous pouvez faire votre propre publication sur le Parti UPR(PRP)dont Mr Feu Siradiou Diallo est le Fondateur.Cela aiderait peut être Bah Ousmane("actuel Président du parti"?)a relever le "DÉFI"dont vous faites référence.Advenant le contraire,pourquoi(Bah Ousmane)ce Parti continuerait-il à vivoter auprès d'un Dictateur d'Alfa Condè du RPG après la disparition des Fondateurs de l'UNR et de PRP???.
Pourtant,AC faisait parti du trio de lutte contre la mauvaise gouvernance en Guinée depuis la 1ère République...
Maintenant,il(AC)fait le pire de ses prédécesseurs en terme de pillage de nos ressources.
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-3 #1 Savané 24-03-2016 19:37

Siradio fut donc un humaniste, dites-vous ? Le fait de de proposer une stratégie politique pour la retraite de Général Conté est un acte humanitaire ou une posture politicienne ?
Ceux qui aiment le combat politique du doyen Siradio Diallo devraient aimer son oeuvre et s'engager à le perpétuer jusqu^à son aboutissement effective.
Siradio Diallo est mort ! Son enterrement est prévu pour le jour de la disparition de L'UPR dans le paysage politique politique guinéen.
Relevez donc le défi. À bon entendeur !
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