Appel pour la création d’un Centre de mémoire pour les victimes de la répression politique en Guinée (CMVRP)

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BARRY_Mamadou_Aliou_8_01Créer un Centre de mémoire des victimes de la répression politique (CMVRP), c’est rendre hommage aux victimes et leurs souffrances et reconnaître que des crimes ont été commis en Guinée.

Il est essentiel d’installer un Centre de mémoire en Guinée, parce que cela exprime une reconnaissance publique des souffrances des victimes. Ensuite, le défi est de ne pas en faire un lieu de haine, mais un lieu de recueillement et d’apprentissage, si possible un lieu de rencontre et d’échange. Le danger, pour un Centre de mémoire comme pour un monument, est aussi, une fois créée, qu’il devienne quelque chose auquel on s’habitue, un lieu invisible, juste entouré de rituels figés. Comment rendre un lieu de mémoire vivant, pour qu’il devienne source de réflexion ? Un exemple intéressant est celui des monuments érigés à Dachau et dans d’autres villes dans les environs de Munich, qui commémorent la marche de la mort d’avril 1945. En avril 1945, a l’approche des troupes américaines, les SS évacuent 10.000 détenus du camp de Dachau et les poussent dans une marche forcée, d’environ 70 km, vers le Sud de Munich. On estime qu’un tiers des détenus sont morts sur cette marche, d’épuisement, de faim, ou directement exécutés par les SS qui les surveillaient. Aujourd’hui, dans 23 communes bavaroises qui ont été traversés par la marche, existe le même monument à la mémoire des détenus morts et survivants, et chaque année, une marche commémorative rassemble des citoyens, reliant plusieurs de ces monuments et communes. Ainsi, ces monuments deviennent vraiment des lieux d’une mémoire vivante.

A Munich, ville proclamée « capitale du mouvement national-socialiste Â» par Hitler et qui a joué un rôle-clé pour le Troisième Reich, ce n’est que maintenant, plus de 60 ans après la fin de la guerre, qu’on est en train de construire un centre de documentation sur l’histoire du national-socialisme, qui veut illustrer les mécanismes de la montée du nazisme. Le processus de confrontation avec le passé est aussi une conquête permanente, qui doit faire face à des attitudes comme celle qui préconise « on en a assez parlé Â», et qui doit trouver des façons intelligentes pour intéresser les jeunes générations à l’histoire complexe de leurs pays et de l’Europe.


Rien ne garantit donc que la Guinée regarde un jour son passé d’une manière directe et critique
?

Il n’y a pas de garantie que cela arrivera de toute façon un jour. Voyons l’exemple de la Turquie : presque cent ans après, le génocide des Arméniens de 1915 est toujours nié par une très grande partie de la société turque. Par ailleurs, beaucoup dépendra de l’évolution politique du pays or, la situation en Guinée semble aujourd’hui particulièrement figée et on voit mal une issue aux blocages actuels.

Cela dit, j’en ai un peu marre des pessimistes de service qui se contentent de dire que toute façon rien ne va ou ne peut changer en Guinée. Certes, des scénarios négatifs sont possibles, mais comme je suis politologue, je crois aussi au potentiel de surprises, même positives, que nous réserve l’Histoire, ou de ce qu’Edgar Morin appelle « le surgissement de l’improbable Â». Qui aurait cru dans les années 50 qu’en Allemagne allait être érigé un jour, en plein centre de Berlin, un impressionnant monument à la mémoire de la destruction des juifs européens, comme cela a été le cas en 2005 ? Qui aurait prédit en 1988 que le mur de Berlin allait bientôt tomber d’une manière pacifique ? Et qui a cru au réveil des sociétés civiles en Tunisie et en Egypte que nous venons de vivre, des pays qu’on disait figés et avec des sociétés civiles inexistantes ?

On peut estimer qu’il faut, pour le travail de mémoire en Guinée, laisser le temps au temps. Oui, il faut aussi du temps, mais là n’est pas l’essentiel. Il faut surtout des gens engagés : Le Centre de mémoire n’est pas réalisable sans la mobilisation des victimes et des hommes et femmes politiques engagés. Les monuments à la mémoire de la marche de la mort de Dachau n’auraient pas été érigés sans l’initiative des maires des municipalités concernés autour de Munich.

Or, en Guinée, il faut le souligner, la plupart des victimes civiles ne bénéficient ni de soutien psychologique ni d’aide financière, et aux traumatismes de la violence se rajoute souvent le traumatisme de la non-reconnaissance de leurs souffrances.

Et pourtant, la plupart des victimes ne se laissent pas décourager, et se battent pour la reconnaissance de leur histoire et leur mémoire, avec persévérance. Ce qui est également remarquable, ce qu’ils n’entretiennent pas un discours de la haine.

Les processus de travail de mémoire sont des processus difficiles et douloureux, qui prennent du temps et qui ne se font pas tout seul. La confrontation constructive avec un passé douloureux n’est pas un combat gagné d’avance, ni en Guinée ni ailleurs, et il faut aussi que la Communauté internationale soutienne cette initiative, afin que la construction de l’avenir de la Guinée ne se fasse pas contre ou malgré, mais avec les victimes de la répression politique.


Le Centre de mémoire pour les victimes de la répression devra être installé sur l’actuel site du Camp Boiro, haut lieu de la répression politique où de nombreux guinéens ont été victimes de la répression politique.

Les objectifs du centre de mémoire des victimes de la répression politique par sa charte, seront de :

  • promouvoir une société civile mature, et une démocratie fondée sur une société de droit, de façon à prévenir le retour de la violence politique ;
  • aider à une prise de conscience publique, sur la base des valeurs de la démocratie et du droit, de manière à se débarrasser des schémas totalitaires, et d'implanter solidement les droits de l'homme dans la vie politique et publique en Guinée ;
  • promouvoir la mise au jour de la vérité sur le passé, et perpétuer la mémoire des victimes de la répression politique exercée par les régimes totalitaires Â». Ce dernier point est obtenu en particulier en rassemblant les « documents à la mémoire des victimes des répressions politiques.

Le Centre envisage aussi d’organiser l'assistance, juridique et financière, aux victimes de la répression. Il compte mener également des recherches sur l'histoire de la répression politique, et en publier les résultats dans des livres, des articles, des expositions, des musées, ou encore sur les sites web des organisations membres de Centre.


Je profiterai de la veille de la prochaine élection présidentielle pour soumettre ce projet aux différents candidats afin qu’ils inscrivent ce projet dans leurs programmes respectifs de gouvernement.

Aussi, dans les semaines à venir des démarches pour la création de Centre seront engagées auprès :

  • de la présidence de la République ;
  • du ministère de la Justice ;
  • du ministère des Droits de l’homme et des Libertés publiques ;
  • des représentations diplomatiques ;
  • de l’Union africaine ;
  • de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ;
  • de l’Organisation internationale de la francophonie ;
  • des partis politiques ;
  • des organisations internationales et nationales des droits de l’homme ;
  • de toute personne de bonne volonté intéressée par cette initiative.

Une fois, que ce projet aura reçu l’approbation du plus grand nombre, une réunion sera convoquée pour la création effective du Centre.

Pour toute personne intéressée par ce projet, prière de contacter :

Aliou Barry
Président de l’Observatoire national de la démocratie te des droits de l’homme
Politologue, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique
Conakry
République de Guinée
+ 224 622 37 76 77
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


Aliou Barry


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Commentaires  

 
+2 #4 K. Ba 15-07-2015 14:14

Citation en provenance du commentaire précédent de Souleymane Bandjougou Diakité:
L'histoire de la Guinée a été niquée. À ce jour, il n'y a aucun document crédible pouvant être utile aux futures générations. La propagande, l'émotion et la rancœur ont laissé place aux faits fidèlement relatés. .

Waou! J'espere tout simplement que vous ne voulez pas nous faire croire que le travail du site camp Boiro c'est de la nique!
K. Ba
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+4 #3 Souleymane Bandjougou Diakité 13-07-2015 05:08

Citation en provenance du commentaire précédent de Mohamed Sankoun:
(...) Le site de Thierno Siradio Ba campboiro.org est un mémorial en ligne. Grace au travail de ce monsieur sur plusieurs années, avec ses moyens, les méfaits du PDG sont connus.

L'histoire de la Guinée a été niquée. À ce jour, il n'y a aucun document crédible pouvant être utile aux futures générations. La propagande, l'émotion et la rancœur ont laissé place aux faits fidèlement relatés. On a brûlé les archives (cela ne se passe dans aucun pays au monde mêmes les plus barbares!) de la Nation sous des prétextes fallacieux. Aujourd'hui n'importe qui veut vendre la messe à la "prêcherie". De qui se moque-t-on réellement?
Par ailleurs, notre Politiste (mieux adapté que Politologue!) Aliou Barry (spécialiste de tout un continent! avec ses 54 vaste pays) n'a pas du tout et encore du tout tort de lancer un tel projet. Le seul hic est que la face cachée de ses centres fantômes ne nous dit pas assez long sur leur véritables motivations. Avec tout ce qui se trame dans les coulisses des ONG de défense des droits humains et des centres d'analyse sans la moindre crème d'experts on est loin des larges de l'intelligentsia africain. Et qui l'eut cru! Colortropicalement votre.
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+2 #2 Mohamed Sankoun 13-07-2015 01:28

Mr. Barry,
C'est une bonne idée que vous proposez. Pour la faire avancer, il ne faut pas réinventer la roue. Le site de Thierno Siradio Ba campboiro.org est un mémorial en ligne. Grace au travail de ce monsieur sur plusieurs années, avec ses moyens, les méfaits du PDG sont connus. Mr. Siradio et son site devraient être le point de départ du centre que vous envisagez. Ensuite, j'ai suivi un projet similaire que l’AVCB (associations des victimes du camp Boiro) avait initié. Je ne sais ce qu’il est advenu du projet. Mais je sais que Mr. Siradio et d’autres parents et enfants des victimes étaient impliqués. Si vous les contactez les membres de l’AVCB, ils pourront vous dire d’avantage. La participation des associations des victimes est indispensable pour que ce projet aboutisse. Et une utilisation avec ce qui existe déjà pourrait faire avancer le projet. Je vous contacterai pour en discuter. In Chah Allah. Wa Salam.
MS
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-1 #1 amadudialamba 13-07-2015 00:03

Ah ! Je me souviens bien, il s’en était sorti que par la grâce de Dieu aussi. Encore une bonne initiative de plus. Mais de qui ? D’une personne qui ne parle qu'en son nom. La Guinée ne pourra se doter d'un tel programme qu'avec l'autorisation et l'appui des autorités en place. D'ailleurs la logique voudrait qu'un tel projet naisse d’un cadre étant sous la supervision d’un responsable de haut niveau de l'Etat, soucieux d'atténuer le passé douloureux des uns et des autres et d'empêcher la répétition de pareilles douloureuses situations. Mais au même moment que des citoyens de bonne volonté ou qui ont subi de le phénomène tentent de mettre en place un tel cadre pour les mémoires, au même moment le régime fait passer de force des lois autorisant les forces de l’ordre a tirer sur des civils non armés. Alors entre les deux, je vois mal qui aura le dessus.
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