Tougué : Kansagui ou la vieille endormie … au milieu du gué !

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SOW_Thierno_Fod_3_01A quelque 50 Km au sud-est de l’aride Préfecture de Tougué, sur les pittoresques berges du fleuve de Koloun, une curieuse bourgade aux allures d’une vieille endormie en plein milieu du gué : bienvenue à Kansagui, une des neuf sous-préfectures de Tougué. Ici, sous ces replis du contrefort du Fouta Djallon, c’est comme si la vie s’était impitoyablement arrêtée depuis des lustres. Ce, devant les yeux impuissants et/ou flapis de ses ressortissants. Voyage abyssal au cÅ“ur d’une troublante Sous-préfecture orpheline expirant à petit feu.

Nous voici, en cette matinée mi-ensoleillée, mi-nuageuse de cette fin septembre, à bord d’un minibus désarticulé et distillant comme par enchantement des sonorités musicales qui agacent plus qu’elles ne soulagent. Faute de qualité du son. L’engin arrive de Conakry après une bonne nuit de traversée, d’interminables arrêts inutiles et de course folle sur des pistes rebutantes, à vous emmêler un estomac quasi vide. Il stationne enfin au grand soulagement de certains voyageurs, en plein cœur de Kansagui, la bourgade fantôme.

Comme il est de coutume ici, chaque vendredi matin, un ou deux ‘’magbana’’ vient dans cette partie de Tougué avec à son bord quelques passagers de la localité et très souvent, ceux des hameaux avoisinants : Kondjéya, Sangouya, Soulet,… La gare voitures ou ce qui y donne lieu, jouxte l’école primaire du centre, clôturée par une haie, par endroit branlante.


Kansagui, la pauvre orpheline

A un jet de pierre, la résidence récemment réfectionnée du premier responsable de la Sous-préfecture. Cette résidence en permanence fermée n’a ni clôture, ni de limites visibles. La demeure est donc au gré de la divagation des reptiles, du bétail, de la volaille et de tous les autres passants. Cet état de fait n’échappe point au premier visiteur le moins attentionné. Lequel est d’ailleurs vite frappé par la situation d’abandon qu’affiche le logement du sous-préfet et de son bureau.

Kansagui_residence_du_Sous-Prefet_01Quoi de plus normal, se lamentent déjà certains habitants, regrettant de fait l’absence très prolongée – environ un an – à cause maladie, nous dit-on, du premier et gâteux responsable de Kansagui. « Notre bateau ivre est sans commandant de bord Â», dénonce, très amer un vieil enseignant déjà frappé par les soucis de la retraite. Mâchonnant une noix de cola avec beaucoup d’appétit, cet homme aux rides bien discernables s’empresse de nous présenter le bulletin de santé de la structure sanitaire de Kansagui où officie un amateur, en remplacement d’un infirmier d’Etat, muté par le DPS de Tougué. « Dans ce centre de santé, rapporte l’enseignant, une dizaine de lits neufs sont parqués depuis des années. Ils sont inutilisés à cause de l’étroitesse du local. Les soins sont loin de répondre aux besoins de la population. Contrairement à celui qui était là mais vite ventilé à cause de ses inimitiés avec le DPS. Â»

A la rentrée de la Sous-préfecture, le collège en ‘’Top 50’’ : un bloc plus ou moins récent fait bon ménage avec le premier édifice en décrépitude et largement dépassé suite à la pléthore d’élèves. Une pléthore qui va s’aggravant à ce jour avec le cuisant échec enregistré au BEPEC. Dans ce collège des élèves sont sans repères. Sans lieux de loisirs. Si ce n’est des salles de classe muées en boîtes de nuit de circonstance. Le sempiternel chantier devant servir de maison des jeunes attend toujours de gros financements pour dépasser le stade de soubassement non encore remblayé. Aucun sport n’est pratiqué à Kansagui. A part ces rares rencontres sporadiques de football.


La vie associative en quête de marques

La vie associative peine à connaître un élan favorable au décollage économique et social. Les jeunes ont leur association timidement fonctionnelle depuis les années 90. Mais l’association des jeunes et amis de Kansagui (AJAK) reste timorée, sclérosée et sérieusement en manque d’inspiration et de poigne. Elle réunit pourtant de nombreux jeunes à Labé, Kankan, N’Zérékoré, Conakry, entre autres. Peut-être, analyse un ressortissant qui a requis l’anonymat, « C’est parce que l’AJAK n’est constituée que d’élèves, d’étudiants, d’enseignants, de chômeurs. Mais surtout de fainéants intellectuels qui refusent de réfléchir… Â» Les vieux-pères aussi ont leur association.

Et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Chacune des associations s’est claustrée au stade de chantiers impérissables. La première rêve d’une maison de jeunes équipée et multidisciplinaire. Faute de fonds, l’AJAK se tourne cependant les pouces depuis près de trois ans, date de pose de la première pierre. La seconde, elle, songe à une mosquée digne du nom. L’édifice attend encore la finition. Ces deux chantiers hantent l’esprit de tous les ressortissants progressistes de Kansagui. Cette Sous-préfecture n’en manque tout de même pas. Elle regorge tout autant de nombreuses élites disséminées à travers le pays et au-delà des frontières guinéennes. Mais faute d’organisation fiable permettant de cimenter le dynamisme de chacun, fils et ressortissants tombent dans l’indifférence. Une indifférence faite de lassitude mais manifestement préjudiciable à Kansagui.


Le pain, un précieux sésame…

Kansagui, vous avez dit ? Une triste et étrange révélation en somme qui en dit long sur le retard accusé dans cette partie de la Guinée où par ailleurs, vol de bétail et soupçons de sorcellerie cristallisent une sorte de ‘’guerre froide’’. Mais ceci est une autre histoire. Seule évidence en effet, ici, il n’existe ni boulangerie, ni boutique, ni boucherie, ni routes, ni même d’enseignants ou d’aides soignants, etc.

Quand on veut du pain par exemple, le choix est tout simple : consommer une miche vieille de 24 ou de 48 heures. Si l’on en aperçoit. Sinon, il est question d’avaler des kilomètres et cela un jour de marché hebdomadaire (Kollangui, Koyin, Fatako, Sangouya, …) pour trouver fort hypothétiquement le précieux sésame. Et quel sésame ? « De minces tiges blanchâtres bien enfarinées, mal en point et invariablement cramées par endroits Â», ironise un natif du coin en séjour à Wendou bala, un quartier périurbain (?) situé en contrebas du ‘’centre-ville’’. Et comme si tout cela ne suffisait pas pour ôter la vie à cette Sous-préfecture riche pour autant en ressources du sous-sol, Kansagui est agonisant puisqu'injoignable.


Koyin-Kansagui coupé et …périlleux

Kansagui_sur_la_route_01Même en 4x4 c’est la croix et la bannière. Koyin-Kansagui, environ 16 Km, constitue un patent calvaire à couper les ressorts, trouer les carters et affecter autres suspensions. Aujourd’hui l’axe est coupé. Les hautes herbes et autres branches ont fait le reste. Plus aucun automobiliste ne l’emprunte. Fait singulier, cyclistes et motocyclistes préfèrent pousser que piloter leurs deux-roues. En cause : boues et gros blocs se disputent le déjà rétréci sentier qu’on appelle ici, par euphémisme, route.

Le village de Thianguel situé entre Koyin-Kollangui est carrément isolé. « Nous risquons en prenant nos motos ou bicyclettes. Mais on n’a pas de choix. Pour nous rendre aux marchés hebdomadaires nos bagages, provisions et autres marchandises pèsent souvent lourd. Soit à l’aller, soit au retour. Les embarquer à bord de ces deux-roues paraît alors plus atténuant. Quitte à pousser.... Â», explique à voix basse un vieux notoirement exténué, en partance pour le marché hebdomadaire de Koyin. Conséquence de cet axe coupé, les rares transporteurs qui viennent à Kansagui contournent l’axe Koyin Kansagui au profit de Fatako-Kollangui-Kansagui, visiblement plus accessible.

Kansagui_visages_01A Kansagui, pour dire tout net, la vie s’est arrêtée et Kansagui ressemble aujourd’hui à une vieille endormie qui ne semble point se réveiller de sa longue torpeur. Reste que le salut, mais surtout le tilt ne peut venir que de ses seuls ressortissants, pour le moment devenus sclérosés mais surtout lassés. Autant donc se creuser pour autant les méninges pour accoucher des projets viables pour le bien de cette vieille endormie : Kansagui, aujourd’hui frappée, on ne dira jamais assez, de plein fouet par une situation d’abandon qui ne dit plus son nom. Un SOS au bénéfice de cette localité estropiée ne serait pour le moins, pas trop emphatique !


Thierno Fodé Sow


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Commentaires  

 
+1 #16 balde bapathe 07-10-2011 22:16

Je suis de kedienyah à 4km de kansagui dans la sous prefecture de kollangui et je suis à bruxelles. je suis très content de votre commentaire sur kansagui car cela me rapproche de plus de mes racines. merci
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+1 #15 Sadou Baldet 06-10-2011 07:14

Citation en provenance du commentaire précédent de Aliou Mc Dowell Baldé,Canada:
Je suis natif de Fogo, un village dans la sous-préfecture de Fatako .Quelle triste réalité! Ce portrait est celui de Tougué dans son ensemble, une préfecture aride dans laquelle tout est inexistant : administration publique, infrastructures, projets d’envergure …Inacceptable !

Je suis de Fogo aussi. Je ne savais pas j'avais un cousin au Canada. je suis a Columbus, OHIO
voici mon addresse email.
il faut kon fasse connaissance
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0 #14 alpha sow 05-10-2011 16:12

merci Mr.sow ! bonne lecture de la vie a kansagui. que Dieu nous aide . Khalil comment avoir ton contact? ajoute moi sur facebook Alpha Sow tu reconaitra je pense. content de te revoir.
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-2 #13 tindou 05-10-2011 13:03

au lieu de crier le professeur alpha a fait si a fait ca vous ferez mieux de developper vos villages et villes car vous en avez les moyens vous preferez vous pavaner a conankry et laisser vos vieillards et vieilles mourrir de misere qu elle honte. merci thierno sow
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+2 #12 alfa 05-10-2011 12:21

Ainsi est decrit tout le KOYIN (tougué) pas seulement kansagui. Cette prefecture est la plus enclavée des 33prefectures que compte la guinée.
Cellou Dalein a construit beaucoup de ponts et bitummé beaucoup de routes á Siguiri, Kouroussa...resultat: 1200 ressortissants de Tougué ont été chassé de ces 2 prefectures. Et tougué a voté 99,9% Cellou.Bref, ils sont connus pour être naif ces Kawu Koyin
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+3 #11 mamadou saliou bah 05-10-2011 00:54

Resultat de 53 ans de gabegie ! 53 ans de " main tendue " a des irresponsables de dirigeants qui n'en rien a cirer.
Je suis persuade que parmi les ressortissants de Kanssanghi , il y en a qui ont eu ce que nous appellons des " postes lucratifs " . Ils ont prefere investir "notre argent " a CONAKRY ou a LABE . ( je le sais ) oubliant completement " KA WUDDU MABBHE IRA " le terroir natal . Exode rural me dira-t-on . Il n'y a qu a faire le parcours inverse .
YIMBHES KANSSANGHI , IMME DHON , DADITO DHON , WALLITODHON KA IWRUDHON ! Ka goddho weli wo , neddho yennata , ma yeddyita ka mun !
Debout Kanssanghi !
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+4 #10 Bah Aziz 04-10-2011 21:58

Bravo mon frere. Quelle plume! J'adore le style de votre plume. Surement, vous avez l'art d'ecrire et de decrire. Avec une telle plume, vous avez de l'avenir. Bon vent mon cher.
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+3 #9 BALDE BOUBACAR 04-10-2011 20:40

Je suis de Koin(MALIPAN ) cet article est très interessant .Nous sommes concernés par cette situation qui touche toute cette prefecture abandoné par les autorités du pays depuis l'independance.
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+4 #8 abdourahmane diallo 04-10-2011 20:37

je suis tres ravi d entendre le nom de souprefecture
car je suis de kollangui
et ce la que je fait mon colege merci m sow
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+4 #7 sow ibrahima kalil 04-10-2011 19:26

Merci mon frère d'avoir d'écrit l'image réelle de ma sous prefecture . Je penses en toute sincérité kil faut ke la jeunesse de cette localité ke nous sommes se donne les mains pour faire bouger les choses dans cette sous prefecture , cella y va dans notre interet ,et de la survie meme de notre localité . En lisant cet article j'ai des larmes ki tombaient sur le clavier de l'ordinateur . Merci a toi de nous avoir rappelé kon doit encore prendre plus de courage
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+4 #6 Aliou Mc Dowell Baldé,Canada 04-10-2011 18:53

Je suis natif de Fogo, un village dans la sous-préfecture de Fatako .Quelle triste réalité! Ce portrait est celui de Tougué dans son ensemble, une préfecture aride dans laquelle tout est inexistant : administration publique, infrastructures, projets d’envergure …Inacceptable !
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+5 #5 Diallo Abdoulaye 04-10-2011 18:47

Tre's poignant ecrit. Il peut toucher tout originaire d'un village comme celui ci. Cet ecrit n'a rien de politique pour ou contre qui que ce soit. Il fait juste appel aux natifs de ce bled pour penser a' la terre de leurs ancetres et de faire ce qu'ils peuvent pour relever le defi.
La majorite' des guineens sont originaires d'un village comme celui ci.
Ce texte interpelle plus qu'un d'entre nous quant a' ce qui nous attend reellement. Nous avons quoi faire au lieu de nous entre dechirer autour de la politique.
Que ce texte nous inspire>
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+7 #4 mohamed sampil 04-10-2011 18:12

Fodé Sow...Par ton article , tu me rappelles les villages de mon enfance que j'aimerais tant revoir.
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-6 #3 Keoulenba 04-10-2011 18:08

En plus de tout cela, les habitants de ce bled sont tellement hargneux!
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-13 #2 Man In Power 04-10-2011 18:03

Patience, patience, patience, patience pour nos braves populations car le Professeur est venu au pouvoir. Dans deux ans, toutes ces sous-prefectures auront routes, ponts, eau, ecoles, electricite et meme l'internet et la television. C'est ce projet justement que certains veulent empecher en guinee et jettant les drogues dans la rue pour couper les financements a la guinee.
Qu'Allah guide le Professeur.
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-5 #1 Abdoul.H 04-10-2011 15:22

Je suis sûr que tu es du bled. Là-bas, tout le monde est Sow, non?
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