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L’échec scolaire ou la démission collective au Fouta Djallon

M. Maladho Diallo  Vendredi, 30 Septembre 2011 20:01

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DIALLO_Mamadou_Maladho_01Dans cet article de réflexion, je me propose de parler de l’échec scolaire et des responsabilités des uns et des autres à savoir, le gouvernement, les enseignants, les parents et les élèves étudiant(e)s eux-mêmes.

Je n’ai pas lu les documents des états généraux de l’éducation et suis hors du circuit éducatif depuis un bon moment. Mes idées sont donc personnelles et celles d’un ex-enseignant, ex-doyen de faculté et actuellement simple parent d’élève soucieux de l’avenir de l’éducation, base fondamentale du développement de la Guinée.

Les examens scolaires 2011 ont donné à peu près 30% de réussite dans l’ensemble du système éducatif guinéen. C’est une catastrophe nationale. A qui la faute ? Cet échec est le fruit d’une démission collective où chacun a sa part de responsabilité. Le Gouvernement, les enseignants, les parents d’élèves et les apprenants eux-mêmes, tous sont coupables. Comment?


1- Le gouvernement

Il est responsable de la conception, de la mise en œuvre et du suivi et évaluation de la politique de l’éducation. Il met en place des infrastructures scolaires, assure les équipements, recrute les enseignants et les gestionnaires des établissements et organise les examens et concours. En plus, il fixe les règles qui régissent l’école. C’est beaucoup et d’importantes responsabilités qui, non assumées correctement provoquent inéluctablement l’échec scolaire.

Une caractéristique majeure du système éducatif guinéen ces dernières années est sa nature très variable. Ceci est la conséquence du changement perpétuel de ministre et de facto des responsables pédagogiques, administratifs et financiers de l’éducation du pays. Chaque ministre vient avec ses méthodes, ses hommes, ses moyens et ses façons de faire. Pire, l’Assemblée nationale et les syndicats ne jouent pas leurs rôles. Pour la première il y a absence ou faiblesse du débat sur la politique scolaire, ses moyens, son budget et le recrutement des encadreurs. Les syndicats quant à eux ne s’occupent que de revendications pour leurs conditions de vie. Ils se soucient peu du reste.

Les enseignants mal formés et mal payés ne reçoivent pas de stages adéquats de sur-formation et des primes de rendement ou d’encouragement à mieux faire.

Depuis l’arrivée des institutions de Breton Wood, on expérimente trop de méthodes et des décisions de résultats sont imposées sans tenir compte de la qualité des enseignements reçus et de la maîtrise des programmes scolaires par les élèves.

Les budgets de l’éducation sont trop faibles et il n’y a pas de politique nationale de la formation pour l’emploi. Les bourses scolaires sont laissées à la bonne volonté des pays amis sans trop de regard sur le planning national de formation s’il en existe.

Les infrastructures ne sont pas en adéquation avec les besoins et les effectifs. On construit souvent trop ici et peu par là. L’entretien des infrastructures est ignoré dans les budgets et leur détérioration s’ensuit rapidement aidée par l’indiscipline des élèves qui cassent, le climat et la qualité des matériaux de construction et des ouvrages réalisés.

Les écoles manquent systématiquement de bibliothèques et de laboratoires, deux outils indispensables à la formation de qualité.

La compétence n’est pas au rendez vous dans le recrutement des enseignants, des gestionnaires, des encadreurs administratifs et les contrôles sont complaisants lorsqu’ils sont réalisés. L’impunité assombrit davantage le tableau ainsi décrit.

La qualité des programmes de formation, la qualité des formateurs, la qualité des outils de formation et la discipline scolaire sont les piliers incontournables de la réussite scolaire.

Pire il faut le dire, les bons cadres sont laissés pour compte et les médiocres occupent les places avec comme conséquence, le découragement d’abord des pays donateurs des bourses extérieures comme les USA et ensuite des diplômés considérés comme trop qualifiés pour occuper des postes qui leur sied.


2- Les enseignant(e)s

Dans la chaîne de la réussite scolaire, ils sont un maillon indispensable au double point de vue du savoir faire et de la volonté car rappelons le : la réussite de toute activité humaine est fonction du savoir faire, de la volonté et des moyens. Les formateurs doivent avoir un savoir faire c'est-à-dire avoir une maîtrise de leurs sujets pour affronter le défi de la formation de qualité. Ils doivent avoir de la volonté donc être bien motivés pour bien former les élèves. Or, le savoir-faire dépend de l’individu avant tout. Il faut vouloir l’excellence pour s’y engager car cela demande des sacrifices que seules la compétence et la volonté peuvent affronter et surmonter.

La majeure partie des enseignants sont démotivés parce que mal payés, sous équipés et sans récompense même morale. Ils sont nombreux dans les écoles qui n’ont pas la compétence requise pour leurs postes. D’autres encore, l’impunité aidant, sont chez eux ou sont devenus des notables dans leurs localités et de ce fait, s’occupent plus d’affaires sociales comme les cérémonies, les fêtes, les sérés et mamayas politico-administratifs, que de rester en classe pour faire leur travail.

Si les enseignants sont des femmes, les congés de maternité (un droit de la femme), les exigences de l’entretien des enfants et de la famille contribuent davantage à les rendre peu disponibles pour les classes qu’on leur attribue.

Le formateur doit être le plus professionnel possible et sa dose de bonne moralité, d’honnêteté, de conscience, d’équité, de justice, de tolérance sans être complaisant, de responsabilité, de redevabilité et de respect des principes, des règles et de la loi, pour ne citer que ces quelques-unes, cette dose dis-je conditionnera la réussite de ses activités. Plus ces valeurs seront grandes mieux sera.


3- Les parents d’élèves

La réussite scolaire dépend aussi et surtout des parents. C’est à la maison que l’élève fait ses devoirs et apprend ses leçons. Si les occupations de la famille ne permettent pas de libérer un temps pour cela; si les élèves passent le temps disponible à la maison à jouer ou à regarder les séries de télévision ; si l’emploi du temps des élèves n’est pas bien géré afin de donner du repos, de l’exercice et d’apprentissage scolaire et pour dormir, la performance de tels élèves sera médiocre voire mauvaise. Si les enfants ne sont pas suivis à la maison par les parents, ils ne feront rien et les résultats s’en ressentiront.

Or, de nos jours, voyons ce qui se passe réellement particulièrement au Fouta Djallon. Prenons le cas de ces quelques parents.

Ce parent d’élève est fonctionnaire. Il va au bureau de 07h00 à 17h00, voire au-delà pour la plupart des parents. De retour à la maison, il est fatigué pour suivre ce que font ses enfants. Conséquence, manque ou suivi insuffisant des enfants par ce parent. L’échec de tels enfants ne devra pas surprendre.

De même, cet autre parent est commerçant. Il sort tôt le matin et rentre tard la nuit. Il ne peut même pas suivre ses enfants et de ce fait ne saura même pas si les devoirs sont faits et /ou les leçons du jour sont apprises. De tels enfants ne feront pas de miracle aux examens. Pire, ces parents disent souvent qu’ils ne voient pas la nécessité de réussir à l’école que la plupart n’ont jamais fréquenté et malgré cela ils ont de l’argent.

Cet autre parent d’élève est chômeur et passe la plupart de son temps à la table de belotte, derrière le thé ou au bar. Comme les deux précédents, il ne connait pas ce qui se passe dans sa maison et ne peut suivre le travail de ses enfants. Pire, certains d’entre eux se demandent s’il faut pousser ses enfants à l’école pour déboucher aussi sur le chômage.

Évidemment, les sérés et les cérémonies quotidiennes auxquelles la maman est tenue d’assister et les occupations ménagères ne permettent pas non plus de suivre les révisions des enfants. Chaque cérémonie du Fouta demande un repas spécial et chacun de ces repas occupe les mamans trois à quatre heures pendant trois jours au moins. Ces temps ne sont pas consacrés à l’attention des élèves et étudiant(e)s de la famille.

Un autre aspect de l’échec scolaire, non des moindres, est celui du comportement des jeunes face à la mondialisation pour ne pas dire la mondialisation du comportement de notre jeunesse. Notre jeunesse est exposée au monde aujourd’hui plus qu’hier. La télévision, le téléphone mobile et tous les autres outils de la technologie de l’information et de la communication ont rendu le monde trop petit et ont rapproché les jeunesses. Les réseaux sociaux de l’internet à savoir Facebook, Twitter, et les autres, ont révolutionné le monde et exposé la jeunesse à des cultures et des modes de vie qui sont loin de nos coutumes et de nos mœurs. En effet, derrière un ordinateur, il suffit d’un clic sur les lettres « F » ou « T » pour être respectivement sur Facebook ou Twitter mettant le jeune hors de portée du cadre de vie choisi par ses parents. L’acculturation est devenue une réalité planétaire avec des conséquences souvent désastreuses sur l’aptitude des parents de contrôler leurs enfants donc de modeler leur éducation.

Pire, et le gouvernement, et les parents restent inactifs devant ces menaces. Ils sont même parfois complices de la situation.

Et l’on s’étonne des résultats médiocres des enfants en classe ou de leurs échecs aux examens et concours scolaires.


4- Les élèves et étudiant(e)s

Hors de leur cadre de vie normal grâce à l’effet de la mondialisation, la jeunesse guinéenne s’éclate et consomme tout : du bon comme du mauvais. Et malheureusement, ils sont fragiles et facilement tombent dans le mal.

Notre jeunesse est devenue sans repère et l’indiscipline est devenue la règle. Or, sans la discipline, l’apprentissage est impossible. Les établissements scolaires ont des règlements intérieurs dont l’application est en souffrance. Pour leur part, ces élèves privilégient la facilité et le non-respect des règles. Ils sont exposés aux travers sociaux que sont la drogue, la prostitution, le clanisme, le vol, le viol, la violence parmi tant d’autres. Autant de travers qui sont incompatibles avec la discipline scolaire et la volonté d’apprentissage. On passe la journée et la nuit derrière le thé, le pot, le verre et le microphone, le clavier de l’ordinateur, le téléphone portable, les jeunes-filles, souvent sous l’effet de la cigarette et de la drogue, oubliant les leçons du jour, les devoirs et le respect de l’heure de son établissement et l’on s’attend à un bon résultat scolaire. Voilà la réalité de notre jeunesse face au combat pour le savoir.


Conclusions

L’éducation est indispensable au développement national.

Au vu de ce qui précède, l’échec scolaire est logique. Regardons dans le rétroviseur et stigmatisons les vraies causes du mal où chacun des acteurs a sa part. Tout le monde est fautif et la démission est collective. Face à la mondialisation, l’encadrement responsable de la jeunesse est incontournable. La prostitution du système éducatif doit s’arrêter et l’éducation devra avoir la place de choix dans le budget national afin de lui donner les moyens adéquats et le stimulus indispensable pour faire acquérir à notre jeunesse le savoir faire nécessaire en vue de son implication dans le développement du pays.


Fait à Labé le 23 Septembre 2011

Dr M. Maladho Diallo
Maître de recherche
Ex-Doyen de la Faculté d’agronomie de Bordo- Kankan


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