Mamadou Sanoussi Bah Dimanche, 22 Mars 2015 00:29
Dans mes pérégrinations à travers la Guinée et le Fouta particulièrement, j’ai constaté qu’il y a une ignorance presque totale de l’histoire de notre pays et de notre région. Il est fondamental que les Guinéens connaissent notre passé, particulièrement les jeunes. Connaitre notre histoire est essentiel et nécessaire pour bâtir un meilleur futur que celui qu’offre la Guinée telle qu’elle se présente aujourd’hui. Je ne suis ni historien, ni un bon rédacteur. Cependant l’œuvre que je veux entreprendre est commune à nous tous. Certains corrigeront ma syntaxe et d’autres apporteront leur contribution à ce travail collectif en le garnissant. Je ne fais que débuter, en tout cas c’est mon espérance.
Je voudrais commencer par Barry Ibrahima III et El Hadj Barry Diawadou. Dans un geste de noblesse de caractère inégalé, qui se terminera tragiquement par leur cruel assassinat, ils fusionnèrent leurs partis respectifs à celui de Sékou Touré pour faire accéder notre pays à l’indépendance. Ces hommes m’ont toujours fasciné pour leur exceptionnel amour pour notre malheureux pays. Ils sacrifièrent leur carrière pour leur patrie. On devra parler de nos pères de l’indépendance et non du père de l’indépendance. Il y a imposture quelque part.
J’emprunte ici une page sur Barry III au site campboiro.org de notre frère et mémoire du pays, Thierno Siradio Bah, pour démarrer notre entreprise, que j’espère commune, avec Barry III. Je fais appel à toute personne qui détiendrait des photos, des anecdotes ou des pans de la vie de Barry Ibrahima III pour qu’elle me les envoie à mon email pour publication.
Barry Ibrahima dit Barry III (1923-1971)

Secrétaire d'Etat à la Présidence au moment de son arrestation, Barry III vint présenter son soutien moral à Sékou Touré au lendemain de l'attaque guinéo-portugaise du 22 novembre. Il sera arrêté et exécuté quelques semaines après.
Ici, Barry III est torturé, ligoté, et affublé de talismans fournis par ses bourreaux. Il conservera cependant son port altier jusqu'à l'ultime supplice du pont Tombo, où, après un faux procès, Magassouba Moriba, Baldet Ousmane, Keita Kara Soufiana et lui-même seront nuitamment pendus par Diarra Traoré en personne, sur ordre et en présence de Sékou Touré et des membres du BPN.
Dans Prison d'Afrique, J-P. Alata a fait l'oraison funèbre de Barry III ainsi qu'il suit : « Il y a trois mois, il s'en est donc bien allé vers la mort. Lui, dont l'ambition était de diriger son peuple vers la liberté, il s'est balancé au bout d'une corde, en plein centre de Conakry. Un cercle de voyous et de catins ont insulté son pauvre cadavre. »
« La mort miséricordieuse a épargné à son visage la grimace affreuse des suppliciés de la corde. Ibrahima, vaincu de la politique, est resté vainqueur de son dernier combat. Il est mort en regardant l'horreur en face. Musulman sincère, il a accepté l'au-delà comme sa demeure choisie. Il est mort en homme.
Qui sait ? Les générations futures chanteront-elles, peut-être, la geste des pendus du pont Tumbo, des martyrs morts dans l'ignorance de leur crime. Parmi eux, peut-être, glorifieront-elles le courage de Barry le Sérianké, qui, à l'ultime minute, réconforta ses compagnons et mourut la tête haute, la geste de Barry III qui, cette nuit du 25 janvier 1971 et toute la longue journée du lendemain, se balança sinistrement sur l'autoroute, appelant la malédiction divine sur ses assassins. »
Rappel : La plupart des auteurs-témoins de ce quadruple assassinat (Ismaël, Siaka Touré, Kabassan Keita, Diarra Traoré, etc.) seront exécutés sommairement à leur tour en 1985 par le gouvernement militaire du colonel Lansana Conté.
Mamadou Sanoussi Bah
Windsor ON Canada
Consulter :
Jean-Paul Alata : Le geste des pendus
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