Boubacar Doumba Diallo Mardi, 03 Mars 2015 22:40
Le lundi 23 février 2015, Kaba Condé lisait le décret d'Alpha Condé nommant le général Boureima Condé à la place d'Alhassane Condé à la tête du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Cette nomination suscita immédiatement des vagues sur divers blogs et réseaux sociaux tant la présence des Condé dans l’administration civile et militaire est devenue criarde depuis l’arrivée d’AC à la tête de l’Etat. Il a certes un pouvoir discrétionnaire de nommer qui il veut et quand il veut. Mais lorsque la coloration clanique, voire tribale devient manifeste, les citoyens peuvent se poser des questions. C’est ainsi que sur GuineeActu, j’ai réagi sur un ton d’humour noir en postant : « Condé par ci, Condé par là, on est où là ? En Condécratie? En Condédougou ? Ou bien le village de Baro aurait fini par coloniser tout le bled ? Où est donc passé tout ce beau monde des Keita, Traoré, Camara, Kourouma, Doumbia, ..., pour ne plus entendre que « Condé » même si la légende veut que Sogolon Kedjou, la fille du buffle Do Kamissa soit une Condé ? Ou que ce sont les Condé qui offrirent l'hospitalité aux Maninka Mori en les autorisant à s'installer dans le Batè ? AC finira par diviser tous les Guinéens par une politique ultra-sectaire, clanique et bête ! NALOMAYA ! »
Depuis, je me suis interrogé pour en savoir un peu plus sur la saga des Condé en Guinée. C’est ainsi que j’appris que : Condé = Koné = N'Diaye. Selon Wâ Kamissoko, « Tous les Koné du monde ont pour ancêtre Sama Lonan. Oui, toutes les personnes qui depuis la division des peuples en clans et des clans en lignages, répondent à l'appellation de Koné, sont issues de Sama Lonan. L'ainé des douze fils de Sama Lonan s'appelait Dô-Moko Niamoko Djata qui avait lui-même pour sœur aïnée Dö-Kamissa. » Par la suite je suis tombé sur un document de Niane Djibril Tamsir portant sur le peuplement du Manden. En particulier on y lire ce passage très instructif.
« Fadama est un petit village du Haut-Niger situé sur le Niandan, affluent de gauche du Niger. La particularité de ce centre est que la tradition y est détenue par les Condé. Les premiers griots reconnus du Manding sont les Kouyaté ; en seconde position viennent les Diabaté, devenus griots à l'époque de Soundjata. En dehors de ces deux clans, l'entrée d'autres familles dans la catégorie des griots semble postérieure au XVIe siècle et correspond toujours à un déclassement du groupe dans la hiérarchie sociale.
C'est ainsi que les Diawara du pays de Kingui sont nobles, tandis que les fractions de ce clan qui ont été dispersées sont devenues griots dans les pays du Haut-Niger où ils ne forment pas de communauté villageoise.
Les Condé de Fadama forment un clan de griots ; ils ont le monopole de l'enseignement de la tradition pour la savane du sud.
Le clan Condé s'est établi dans le Sankaran dès le XVe siècle ; les listes généalogiques permettent de remonter jusqu'à cette date avec beaucoup de certitude. L'itinéraire qui les conduit de Dodougou au Sankaran est pour le moins curieux : partis de Do en même temps que des Koroma et des Camara, ils traversent le Niger et gagnent la Fié, affluent du Sankarani à la hauteur de Niani ; de là, les immigrants regagnent le Niger à la hauteur de Siguiri ; c'est en pirogue qu'ils remontent le Niger jusque dans le Sankaran.
Le premier village qu'ils y fondèrent porte le nom évocateur de Dafolo (commencement) ; quelques années plus tard, les Condé descendent le Niger et s'installent solidement à Binè, localité sise en aval de Kouroussa. Ils essaiment et conquièrent progressivement la région comprise entre le Niger et le Niandan. A la cinquième génération, le village de Fadama est fondé ; traversant le Niandan, les Condé occupent toute la rive droite de ce fleuve, créant ainsi la province de Gbérédougou ; tout le Bassando et tout le Sankaran tombent sous leur domination. Les Condé de Fadama représentent la branche ainée du clan. Voici dans quelle circonstance celle-ci a été déclassée : les frères cadets partirent un jour en guerre et ramenèrent à Fadama un gros butin. Parmi les prisonniers se trouvait une belle femme que les vainqueurs avaient destinée au frère ainé. Celui-ci en fut ravi et épousa la prisonnière, elle lui fit un enfant, mais le jour du baptême de l'enfant, la femme révéla qu'elle était d'origine griotte, du clan Kouyaté. Ainsi donc, les héritiers du frère ainé ne pouvaient plus prétendre au pouvoir. L'ainé accepta le fait accompli et Fadama, son village, devint le centre historique pour les pays du Haut-Niger. Périodiquement les Condé de Fadama parcourent les provinces pour dire l'histoire. Comme à Niagassola, en cas de décès d'un chef ou d'un doyen, seuls « ceux de Fadama » sont habilités à donner l'oraison funèbre et à réciter la généalogie du défunt.
La tradition de Fadama puise ses sources dans le vieux Manding, mais ici point d'instrument de musique, ceux de Fadama sont des « puits de paroles ». Cependant leur tradition a été fortement influencée par l'Islam. Peut-être faut-il voir là une influence du centre religieux de Kankan dont nous parlerons plus loin ? Babou Condé, traditionaliste célèbre de Fadama, décédé en 1964, était un fin lettré en arabe. Auprès de lui j'ai recueilli une version du Corpus de Soundjata et ses renseignements m'ont éclairé sur la mise en place des populations en Haute-Guinée. Les traditionalistes de Fadama ont pour lieu de culte les ruines de Binè ; périodiquement, le Bélen-tigui et les notables s'y rendent et sacrifient au dieu du fleuve. En cet endroit le Niger est très profond et roule des eaux sombres. C'est là que le génie de l'eau s'était révélé à l'ancêtre et lui avait prédit la prospérité de sa descendance. »
Après cet aperçu historique revenons à la condécratie. Je m’adresse là à ceux qui savent. En effet comment AC a-t-il pu trouver un greffon généalogique au baobab de Baro et même y dégotter un lopin de terre ancestral ? La réponse à cette question pourra en édifier plus d’un.
Was salam.
Boubacar Doumba Diallo
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