Tutankhamon Barry Jeudi, 07 Août 2014 15:31
« Je dois témoigner que, d'une manière générale, ces femmes, comme toutes les détenues du camp Boiro, se sont montrées braves » Amadou Diallo.
Le camp Boiro, construit en 1960, était un enfer commun où étaient rassemblés hommes et femmes comme à l'époque médiévale. Dans cet endroit dont la funeste notoriété a dépassé nos frontières, des femmes ont été torturées, violées et humiliées. Mais on ne parle presque pas des femmes dans les prisons du camp Boiro. C’est comme si cela n’avait jamais existé ou dérangeait les héritiers du PDG. En Guinée où des associations poussent comme des champignons, je n’ai jamais entendu parler d’une association des femmes prisonnières du camp Boiro.
Les Guinéens ont-ils du mal à parler des tortures subies par les femmes ? Par exemple on connait l’histoire de Diallo Telly, Keita Fodéba, Keita Kara Soufiana et autres par cœur ; mais pas celle des femmes dans les prisons de Sékou Touré.
Et pourtant être prisonnières n’est pas une vocation. Aucune de ces femmes détenues dans ce goulag tropical n’avait rêvé de s’y retrouver un jour. Et pire encore, les femmes souffriraient plus de ce que les spécialistes appellent « choc de l’incarcération » que les hommes.
Alors pourquoi peu d’études et d’articles existent sur ce sujet en Guinée ?
Les femmes qui ont survécu sont rentrées dans l’anonymat et refusent de s’exprimer publiquement. Peur des représailles du régime en place, elles n’ont pas voulu lutter contre les violences qu'elles et leurs proches subissaient dans les geôles de Sékou Touré. Par conséquent leur détention, les tortures et la diète noire qu’elles ont subies sont totalement méconnues du grand public. A tout cela s’ajoute le silence coupable des hommes et surtout l’inaction.
Et voilà arriver le 28 septembre 2009 pour nous prouver que nous sommes toujours hantés par les évènements du passé. What goes around, comes around. Le sujet mal-aimé, dont on a peur (les viols, tortures et humiliations subies par nos femmes), nous revient comme un boomerang nous rappeler l’histoire sordide de notre peuple. Un peuple déshonoré et humilié par ses chefs.
Notre peuple doit se rappeler que sans la justice, les terribles exactions qui se produisaient hier dans le pays (notamment au camp Boiro), se reproduiront demain avec de plus en plus d’intensité !
Contrairement à l’Occident où les femmes en détention sont issues d’une classe sociale défavorisée (souvent victimes de la pauvreté, la précarité et l’exclusion), au camp Boiro la grande partie des femmes en détention était des cadres ou épouses des anciens dignitaires accusés de complot contre la révolution. Ces femmes étaient donc des victimes de délits fabriqués par la révolution, qui les accusait de complicité avec les hommes.
Dans la Guinée de Sékou Touré, le complot permanant était associé aux hommes, à une ethnie ; mais beaucoup de femmes en ont fait les frais en étant les premières victimes du système révolutionnaire mis en place par le PDG. Elles ont été victimes de traitement cruel, inhumain et ignominieux par la révolution en violation flagrante de l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Qui étaient ces femmes ?
Parmi les plus connues étaient Marie Lorofi, femme de l'écrivain Camara Laye, Tiguidanké Soumah, ancien gouverneur de Fria, Fatou Touré, ancienne responsable du Comité national des femmes, Djedoua Diabaté, et surtout Loffo Camara, ministre des Affaires sociales, membre du Bureau politique national qui a été fusillée en 1971.
Dans le but de présenter aux lecteurs ces femmes qui étaient emprisonnées dans les prisons révolutionnaires de Sékou Touré, je voudrais citer en référence Amadou Diallo (1983) dans son ouvrage La mort de Telli Diallo*. Au moment de l’incarcération de l’auteur, une cinquantaine de prisonnières étaient entassées dans le goulag tropical. « Ces femmes étaient d'anciennes responsables politiques, des agents de la sécurité, des gendarmes, des policières, des épouses dont le mari avait été arrêté, des femmes... impliquées dans un complot ». Leur « grand tort » est d'avoir fait confiance à la révolution.
Grâce à Amadou Diallo, qui était lui-même un prisonnier au camp Boiro, nous savons que les femmes incarcérées subissaient la même damnation que les hommes. La torture la plus couramment appliquée était l'électricité. « On les avait rasées, sans doute pour les humilier, puis comme aux hommes, on leur avait appliqué l'électricité. Allongées sur une natte, jambes écartées, des électrodes avaient pincé leurs oreilles, leur nez, leur bouche, leurs doigts, avaient été introduits dans leur vagin et le courant les avait traversées. De ces séances, elles étaient sorties en sang. » C’est par ce biais que ce système inhumain fonctionnait et traitait ces braves femmes de Guinée. Que les soldats guinéens violent partout où ils passent (y compris dans un stade en plein midi) n'est pas une nouveauté, c'est une tradition séculaire héritée des geôles de Sékou Touré, le chef suprême de la révolution.
Barry Tutankhamon
Je dédie ce brouillon à Fatou Badiar et à tous les innocents dans les prisons d’AC.
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*Diallo, Amadou (1983) : La mort de Telli Diallo. Edition Karthala, Paris. www.campboiro.org/bibliotheque/amadou_diallo/mort_telli_diallo/tdm.html
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