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Un abrégé d’histoire de l’état théocratique du Fouta-Djalon (suite)

Moussa Bella Barry  Mercredi, 07 Septembre 2011 16:19

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BARRY_Moussa_Bella_01En réagissant à la première partie de l’article « un abrégé d’histoire de l’état théocratique du Fouta-Djalon Â», certains internautes s’interrogent sur l’existence réelle de chefs de parti qui alternaient au pouvoir dans le Fouta théocratique, et sur le point de départ des premiers Peuhls islamisés du Fouta-Djalon. D’autres voudraient savoir la généalogie des dirigeants de l’état théocratique du Fouta.

Donc à la demande de beaucoup d’internaute, j’essaye de rappeler, avec beaucoup de précaution, sommairement l’origine de la formation des deux partis qui ont alternés dans la gouvernance du Fouta-Djalon. Je précise que je ne suis pas historiens. Alors je demande au lecteur d’être indulgent à mon égard, et de ne pas me tenir rigueur sur les insuffisances de l’article. Mon seul motif est la participation au débat dans le forum du net. Par ailleurs, je souhaite la sortie de l’ombre de nos historiens et de nos grands connaisseurs de notre histoire et de notre culture, pour animer les débats.


Mes sources sont tirées des écrits de Paul, Marty dans son livre « l’islam en Guinée/ Fouta-Djalon

Un Fragment d’abrégé généalogique de la famille régnante du Foutah

Seydi et Radyl sont venus du Macina, ils sont les fils de l’une des vieilles familles peuhles qui régnaient autrefois sur Tombouctou. Ils sont partis pour le Foutah-Djalon pour s’y installer. Cette dernière vague des Foula s’est installée dans le Foutah-Djalon, avec la ferme intention de vulgariser le Salam. Ils deviennent par la suite les maîtres politiques et dominateurs du Foutah.

Les premiers immigrants Peuhls Pullis pasteurs animistes se sont aussi islamisés par la suite. Les anciens égyptiens ont déjà mentionné dans leur hiéroglyphe ce peuple nomade et leurs animaux. Les nomades peuhles ont quitté la vallée du Nil, pour aller à la recherche du troisième Nil bien avant la naissance du Christ. Car la légende des trois Nils était répandue dans l’Egypte des Pharaons. Pour eux le probable troisième Nil devait se trouve à l’ouest du continent. Ils pensaient certainement du fleuve Niger.

Rappel : les premiers habitants du Fouta sont les Baguas, les Landoumas. L’aimable Mohamed Sampil m’a fait la remarque que, les Nalous et les Landoumas sont arrivés en même temps dans le Kakandé en provenance de Timbo. Il rajoute que les Nalous portent d’ailleurs le sobriquet de Ma’Timbo.

Les récits de l’origine des différents peuples d’Afrique occidentale, et centrale, confirment comme point de départ la vallée du Nil pour le peuplement Africain. Depuis la nuit des temps les contraintes géographiques ont favorisé la migration des peuples. Partant de cette quintessence, nous sommes tous des émigrés! Tout le reste c’est de l’idéologie ou du blabla sans importance.

Donc Seydi, Radyl et leurs descendances sont parmi les premiers acteurs de l’islamisation du Fouta-Djalon. Les noms des familles Sediyanké et Raldyanké dérivent de Seydi et de Radyl

Seydi est l’ancêtre de Kikala, Kikala était un grand érudit respecté. Le conseil des anciens nomma Kikala en son temps comme dirigeant des Peuhls.

Sambégou a remplacé son père Kikala, lorsque celui-ci fut mort

Sambégou a eu deux fils de noms Nouhou et Malik-Si, ils étaient aussi des grands érudits respectés. A la disparition de Sambégou tous ses deux fils (Nouhou et Malik si) prétendirent à le remplacer.

Le conseil des anciens a trouvé cette controverse pour le pouvoir nauséabonde pour la stabilité du Foutah. C’est ainsi que la plénière du conseil des anciens, sur proposition de Modi Makka, propose de prendre Karamoko Alpha comme régent. Alors Karamoko Alpha (cinquième descendent de Fodé Seydi), ce fils de Nouhou fut désigné comme chef du soulèvement islamique du Foutah.

Karamoko Alfa, plus marabout que guerrier, rentre dans les désordres de la démence mystique et le trouble, il fut écarté du commandement par les chefs de diiwe. Son cousin Ibrahima Sori le Grand lui succéda, ce dernier imposa son autorité au pays avec assez de vigueur, pour qu'on pût dès lors instaurer les prémisses du régime politique sur les bases religieuses.

Nous avons dit dans le premier article, que le pays était partagé en sept provinces ou diiwe: Fodé Hadji, Timbo, Bhouria, Fougoumba, Kébali, Timbi et Labé. Deux nouveaux diiwe, Kolladhe (chef-lieu Kankalabé) Koyin étaient presque aussitôt ajoutés aux sept premiers pour former les neuf diiwe classiques de la confédération foula. Plus tard, des diiwe secondaires s’y ajoutent.

Les diiwe secondaires Kolen, Bomboli, Broual-Tappé, Bantinhel, Timbi-Medina, détaché de Timbi, qui devint Timbi-Touni, Kébou, Maci sont créés, mais sans jouir pleinement d'une complète autonomie politique.

Le cadre constitutionnel du Foutah ne comprenait que neuf diiwe. La famille d'Alfa Kikala  par ses deux membres â€’ Karamoko Alfa et Ibrahima Sori, surnommé Mawdho par ses conquêtes, c'est-à-dire « le Grand », qui avaient assumé l'effort suprême et la direction des luttes d’islamisation ‒, fut confirmée dans son commandement.

C'est dans la famille d’Alfa Kikala et dans la descendance de ses deux grands hommes ‒ Alfaya, fils du marabout; Soriya, fils du guerrier ‒ que devront être choisis les Almamys, souverains de l’état théocratique du Foutah. Almamy Sori Mawdho sera en même temps chef du diiwal de Timbo (entre 1780 et 1790).

Le titre Almamy vient de l’arabe Al imam, signifie celui qui dirige la prière, il peut signifier aussi le commandeur des croyants. Les Peuhls sont un peuple patriarcal avec un attachement solides aux lois, à l’éducation et à la politesse.

Les ancêtres des Almamys de Timbo et des clercs de Fougoumba sont de la dynastie des Dayeebhe. Fodé Seydi est l’ancêtre des Sediyankés, le père des deux branches, Alfaya et Soriya de Timbo.  Fodé Seri est l’ancêtre de Seryankés, le père des clercs de Fougoumba. Les clercs de Fougoumba et les Almamys de Timbo descendent du même arbre généalogique.

Almamy Ibrahima, premier Almamy du Foutah que ses conquêtes avaient fait nommer Mawdho (le grand), sans abandonner le pouvoir, il a désiré se reposer quelques temps.

Almamy Ibrahima Sory-Mawdho demandera alors à son cousin Alpha Saliou, fils de Karamoko Alpha (cité plus haut), s’il voudrait bien gouverner à sa place pendant, qu’il ira à la campagne pour prendre un repos. Alpha Saliou accepta la doléance de l’Almamy et, il lui rendit le pouvoir, quand celui-ci rentra dans sa capitale Timbo.

L’Almamy Sory-Mawdho céda  plusieurs fois le pouvoir à Alpha Saliou, ce qui donna la naissance des deux partis. Les partisans d’Almamy Sory sont les Soriya, et ceux d’Alpha Saliou sont les Alfaya. Je pense que cet accord n’avait rien de préjudiciable pour la prospérité et la  bonne gouvernance du Fouta.

Précision : Il ne s’agit pas ici du Fougoumba dans le Koyin, mais du Fougoumba dans la Préfecture de Dalaba, et qui se situe à 32 Kilomètre de Dalaba centre.

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Il est à noter qu’Alfa Ibrahima de Labé, le père du célèbre Alfa Yaya roi de Labé, est un descendant de Mamadou Dian du parti Sorya.

On voit que, les pensées et les actes de ces saintetés d’Almamys ont une clairvoyance et une grandeur planétaire. On peut affirmer sans risque de se tromper que le fondement du pouvoir au Fouta-Djalon était l’une des démocraties la plus ancienne au monde. En tout cas elle est antérieure à la démocratie nord américaine.

La solidité et la vigueur de cette disposition constitutionnelle sont très remarquables. La constitution prévoyait la régularité dans les changements des équipes au pouvoir, et tout conflit est écarté, si la règle  avait été respectée.

Je vous salue et à la prochaine


Moussa Bella Barry

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