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Un abrégé d’histoire de l’état théocratique du Foutah-Djalon

Moussa Bella Barry  Mercredi, 31 Août 2011 14:57

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BARRY_Moussa_Bella_01C’est en lisant un site guinéen que l’idée d’écrire sur le Foutah-Djalon m’est venue à l’esprit. Dans un article, un discret internaute bien passionné lançait un appel à d’autres internautes, pour écrire sur notre culture et notre histoire pour mieux nous comprendre. Comprendre, par la richesse de notre culture et de notre histoire, d’où nous venons et, où nous voulons aller. Les historiens et connaisseurs de l’histoire du Foutah, dont je ne fais pas parti, me pardonnerons du raccourci ci-dessous. Ma seule ambition est de participer au débat initié par l’internaute susmentionné.


Les premiers habitants du Foutah-Djalon

Ce sont les Landoumas et les Baguas et non les Dialonké qui paraissent être les autochtones les plus anciens habitants connus du pays, et les Pullis, descendants d'une émigration peule (tribu Uururbhe) qui remontait très avant dans la nuit du moyen âge. Les frères de ces Pullis subsistent encore à l'heure actuelle, à l'état très pur, dans le Ferlo sénégalais et dans tout le sud du Fouta Toro sous le nom de Fulbhe Diéri. Ces peuples étaient fétichistes. Les Dialonké venus les premiers du mandé ont poussé les peuples autochtones vers les côtes de l’atlantique. Après la dislocation de l’empire Sosso de Soumahoro Kanté par Soundiata, le peuple soussou a fui pour se refugier chez les Baguas en jouissant de leur l’hospitalité. Profitant des rivalités au sein du peuple bagua, les soussous peuple guerrier venu du mandé se sont imposés par les armes. Ils ont noué une alliance avec certains baguas dans la lutte fratricide entre frères Baguas. C’est par témoignage de cette alliance qu’est née la contrée de Soumbouya dans Dubréka,(Soumbou était le nom d’un célèbre chasseur soussou qui a aidé à pacifier le territoire bagua). Les derniers immigrants au Foutah-Djalon sont les peuhls islamisés.

Nous pouvons dire en résumé : les Baguas et les Landoumas sont les premiers habitants des montagnes du Foutah-Djalon.

Puis vinrent les immigrés par ordre d’arrivée – les Dialonké, les peuhls Pullis, les soussous et enfin les Peuhls islamisés venus de Tombouctou.

Mes sources sont des écrits de Noiraud, Ernest dans son livre « á travers le Foutah-Djalon » traduit des récits de Bah Mamadou Saidou, ainsi que de quelques écrits dans le net.


Organisation administrative de l’état théocratique du Foutah-Djalon

La constitution du Foutah aristocratique est caractérisée par de solides structures politiques et administratives. L’Almamy symbolise le pouvoir central, il est le chef suprême qui exerce une autorité sur l’administration décentralisée. Les pouvoirs de l’Almamy sont contrôlés par le conseil des anciens (le sénat.)

L’Etat du Foutah-Djalon s’étendait autrefois de l’océan atlantique aux rives du haut Niger. Comme nous le verrons ci-dessous, le royaume du Foutah-Djalon était un état théocratique avec un système administratif très efficace et une constitution basée sur l’alternance au pouvoir.

L’exercice du pouvoir est démocratique, Carl Almamy est élu par un collège, et que certaines décisions de l’Almamy ne sont valables qu’après l’aval du collège des anciens, si une prise de position de l’Almamy n’est pas conforme aux souhaits du collège des électeurs, le conseil élit un autre Almamy à la place.

La haute cour siège à Timbo, où on juge les cas de crimes de sang. Après le jugement aux affaires du premier degré au niveau du Diwal, le pourvoi est interjeté devant l’Almamy.

Le sacre de l’Almamy et la nomination des rois vassaux du Foutah-Djalon se font à Fougoumba. C'est à Fougoumba que se réunit la première assemblée sur l'organisation de l'islam dans le Foutah. C'est de là que partit la première campagne belliciste contre les fétichistes. En effet, l'assemblée reconnut Fougoumba ville sainte où les Almamys seront solennellement couronnés, où ils passeront leur retraite de sacre et où toutes les lois du pays seront votées.

En résumé : donc comme l’Etat, chaque province a ses deux chefs, assistés d’un petit conseil, et chaque village a également deux maires, assistés par quelques notables. C’est là une garantie contre l’absolutisme.

a- l’assemblée de Bomboli et la confédération du Foutah

Le dix-huitième siècle est le siècle de l’islamisation du Foutah. Le prosélytisme ardent de tous les Karamoko amena l’unification politique et religieuse, sous l’égide de l’islam, de tous les Foula dispersés. Le plus célèbre d'entre eux fut Ouali et, pôle de son temps, Alfa Ibrahima Sambegu, plus connu sous le nom de Karamoko Alfa, prit la tête du mouvement. C'était un marabout mage, et un solitaire mystique. Il résidait à Timbo, et était fils d'Alfa Nouhou, fils d'Alfa Kikala, se rattachant ainsi par la branche Sediyanke, à la tribu mère des Dayeebhe. Il avait fait ses études islamiques chez les plus grands marabouts de son époque : Qadr Sanounou (Sanusi) de Kankan, la ville sainte de la Haute Guinée. Beaucoup de gens venaient du voisinage et de loin pour chercher conseil et consolation auprès de sa puissance spirituelle.

L’assemblée plénière a réuni les chefs de la guerre sainte près de Bomboli, vers 1725. On y arrête le plan des opérations. Le pays est partagé en sept provinces ou diiwe (sing. diiwal), et chacune est pourvue de son chef, chargé de mener sur place le bon combat. Karamoko Alfa, représentant de Timbo, conserve la direction spirituelle de la guerre sainte.

C’est vers 1813 que, les Peuhls deviennent les maîtres absolus du Foutah. A cette époque la confédération du Foutah est subdivisée en trois zones politiques, et plus tard en neuf provinces :

b- Découpage administratif vers 1870

Vers 1870 le Foutah-Djalon fut subdivisé en neuf provinces (ou Diiwe, au singulier Diiwal en langue Pulaaku.) Les Diiwe sont subdivisés en Missida, l’équivalant de chefs de cantons au temps colonial. Le Missida comprend un nombre variable de villages. Timbo est la capitale du pays et Fougoumba la ville sainte où l’Almamy en régence est intronisé.

Le Diiwal de Labé est le plus grand de tous, puisqu’il s’étend jusqu’à Ngabu en actuelle Guinée-Bissau, en haute Casamance et en Mbundu au Sénégal, enfin jusqu’au Fouladou au Sénégal et en Gambie.

Les chefs des Diiwe sont nommés par les Almamys et, chaque province a deux chefs qui, ainsi que les souverains, alternent au pouvoir. Les chefs de province nomment à leur tour les chefs des villages qui suivent ainsi le sort de l’Almamy dont ils sont partisans.

Je vous salue et à la prochaine.


Moussa Bella Barry

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