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Constat : regarder le pays mourir

Walaoulou Bilivogui   Jeudi, 07 Novembre 2013 00:53

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Me voici à bord d’une Nissan Land Cruiser pour diriger la mission de récupération du matériel électoral dans la préfecture de Siguiri.

Au fil du voyage, à l’aller comme au retour, je ne puis m’empêcher de voir défiler sous mes yeux paysages, hameaux, villages et villes à travers la Guinée Maritime, la Moyenne Guinée et la Haute Guinée. Pendant que je regarde attentivement autour de moi, deux tableaux du pays se superposent dans ma mémoire, la Guinée d’hier, celle de mon enfance, et la Guinée d’aujourd’hui, celle où la vieillesse frappe à ma porte avec mes soixante-cinq ans. Quelle était donc cette Guinée d’hier, comment se présentait-elle aux yeux du voyageur ?

C’était de prime abord un pays verdoyant où mangroves, savanes boisées et forêts se disputaient en étendue et en densité, où les pluies arrosaient abondamment toutes les régions, où margots et rivières tarissaient à peine, où oiseaux et bêtes sauvages croissaient en nombre infini.

Les gens mangeaient à leur faim, vivaient en harmonie entre eux en dépit des exactions de l’administration coloniale. Je me rappelle la Guinée d’hier comme une sorte d’Eden qui n’est plus, qui s’est détruit peu à peu au fil des années pour laisser place à la Guinée d’aujourd’hui, que je parcours ahuri, éprouvant de la peine à reconnaitre cette même Guinée qui m’a vu naitre il y a six décennies.

La Guinée que je parcours aujourd’hui présente de vastes terres calcinées par les feux de brousse, les pluies deviennent rares, les cours d’eau ont tari, la brousse s’est vidée de sa faune, l’harmattan et le soleil ont tout desséché et la chaleur est étouffante. Partout les marchés sont chers, l’eau potable et le courant électrique sont des denrées inaccessibles pour la majorité des gens ; on s’empoigne pour un rien jusque dans les familles. Est-ce la même Guinée qui m’a vu naître, comment s’est-elle laissé accabler par tant de décadences ?

En fait quand un pays se ruine ce sont tous ses habitants qui en sont responsables. Mais si tout le monde est coupable il n’en reste pas moins que les dirigeants qui ont eu à gérer le pays de l’indépendance à nos jours constituent les plus grands coupables ; ils ont géré la Guinée strictement pour leurs intérêts égoïstes, la patrie, la démocratie, le bonheur pour tous, voilà les thèmes favoris des discours trompeurs, des propagandes stériles.

Aux dires des experts en développement, les pauvres, quand ils ne sont pas bien encadrés, posent chaque jour des actes qui les enfoncent davantage dans leur pauvreté.

Pour survivre ils coupent leurs forêts, détruisent leurs rivières, exterminent les animaux de la brousse, et pire, ils adulent et mystifient leurs dirigeants pour quelques subsides. Est-il possible encore aujourd’hui d’espérer un meilleur sort dans ma Guinée ?

Beaucoup d’entre nous Guinéens ont cessé de croire à un quelconque bonheur, ils se résignent à regarder le pays mourir. Je veux être de ceux qui s’accrochent à l’idée que tout n’est pas perdu, que la Guinée va renaître un jour même si ce jour tarde à venir ; je ne me laisse pas berner par les promesses du régime en place, des promesses sans lendemain.


Walaoulou Bilivogui
L’indépendant, partenaire de GuineeActu

 

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