Les forgerons

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DIALLO_Boubacar_Doumba_01L’idée d’écrire ce papier sur les forgerons m’est venue en partie d’un commentaire d’un internaute qui a déploré le fait qu’en Afrique ce métier n’ait pas été suffisamment valorisé contrairement aux pays développés où la métallurgie occupe une place de choix dans l’industrie.


Des mythes à la révélation coranique

Selon notre père A. Hampaté Ba :

« C’est l’ancêtre des forgerons Nunfayiri, qui le premier entra en rapport avec les esprits des trois feux : feu du bois vert, feu du sein de la terre et feu du ciel. Il apprit d’eux à extraire le fer et à le transformer en outils. Le Peul, qui est son allié sacré, le nomma « baylo », de l’infinitif « waylude », qui signifie « transformer »…

Contrairement à ce que d’aucuns ont écrit, ou cru comprendre, le forgeron n’est pas méprisé, il est craint. Il est réservé aux dieux. On lui donne parfois le tire de « Premier Fils du Monde ».Il est le seul traditionnellement habilité à pouvoir régler, sans mal, l’éternel conflit opposant le pasteur à l’agriculteur.

Comme le métier à tisser, chaque élément de la forge est un symbole sacré d’un des aspects de la Force créatrice : le soufflet, qui s’introduit dans le foyer, représente le principe masculin transmettant la vie sous forme de souffle, le foyer animé par ce souffle étant ici le principe féminin. L’enclume, jadis traditionnellement de forme ronde ou ovale, représente la matrice, tandis que la masse symbolise l’organe mâle.

La forge fut en Afrique, l’un des plus anciens sanctuaires où l’homme ait adoré un dieu, par le truchement du feu de la forge. En bambara, ce foyer se nomme « fan », qui signifie « œuf » et par extension « l’œuf du monde ».

Jusqu’ici, au Mali, le forgeron est resté le « komotigui », maître du dieu Komo. Il a des droits sur tout le monde. Ses outils et sa personne sont sacrés, et même intouchables.

La forge, de même que tout autre atelier artisanal, était un « domicile divin ». La construction de ces ateliers sanctuaires incombait jadis à tous les habitants du village, et ils furent des lieux d’adoration de telle ou telle force de la Vie, avant que les profonds bouleversements nés du choc de la colonisation et de la civilisation moderne ne soient venus les « désacraliser « et en faire des lieux de travail courant » (voir A. Hampaté Ba dans Aspects de la civilisation africaine).

Par ailleurs Wa Kamissoko le grand griot traditionnaliste de Krina ajoute :

« N’était-ce cette fin du monde qu’est notre époque, le vrai forgeron, le "pur", portait soixante côtes au côté droit de la cage thoracique, et soixante côtes au côté gauche. C’est la raison pour laquelle les griots disent aux forgerons en guise de devise :

Rejetons des « cages thoraciques aux soixante (paires de) côtes,
Vous êtes (dignes de) Soumaworo,
Et votre ancêtre (mythique) est Djinè Taba.

Dabi Kémoko (père de Soumaworo) avait en effet pour ancêtre Djinè Taba (génie du grand feu ou génie de la fusion des métaux dans les hauts fourneaux). Celui-ci et Chamharouch (un soufi, un génie ascétique de confession musulmane) sont les enfants d’un même homme-génie dénommé Soumaîla. »

La révélation coranique quant à elle, voici ce qu’elle proclame à propos du travail du fer à l’adresse du prophète David (Saw) :

Allâh a dit : {Nous lui (David) apprîmes la fabrication des cottes de mailles afin qu'elles vous protègent contre vos violences mutuelles (la guerre). En êtes-vous donc reconnaissants ?} (21/80)

Allâh a dit : {Et pour lui, Nous avons amolli le fer. (En lui disant) : "Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles". Et faites le bien.} (27/11-12)

Ajoutons que le prophète David est considéré jusqu’à nos jours comme le saint patron des forgerons.


Les forgerons dans l’histoire : quelques cas

Lors de l’insurrection musulmane au Fouta Djallon au 18e siècle, Elhadj Maladho Diallo rapporte le cas d’un forgeron d’une grande intelligence et d’une ingéniosité hors du commun à faire pâlir de jalousie les grands marabouts. Il s’agit d’un certain Oussou, ancêtre des forgerons de Bôto Bôfel, un hameau situé non loin de Fougoumba dans la préfecture actuelle de Dalaba. « Très tôt, celui-ci aurait lié cause commune avec les marabouts préparant (l’insurrection musulmane), lui-même étant l’un des premiers venus à l’Islam. C’était un homme de science intègre, d’une intelligence extraordinaire. Chaque matin, il racontait textuellement à tous les marabouts réunis en conclave, les rêves faits la veille par chacun d’eux et en donnait l’explication exacte. Il construisit des hauts fourneaux pour y extraire le fer nécessaire à la fabrication des flèches et lances qui servirent à Talansan et un peu partout. »

Lors des guerres de Samory, ses forgerons étaient parvenus à copier et à fabriquer les fusils à répétitions de type européen, témoignant encore ici d’une grande ingéniosité.

Récemment, surtout durant la première République où il était très difficile de se procurer des pièces détachées importées, les forgerons ont réalisé des exploits pour dépanner les usagers. Je suis également frappé par l’habileté des personnes qui travaillent dans nos « casse » que je fréquente, notamment celles d’Abidjan.

Je me souviens en 1979, lorsque j’enseignais à l’IPC, avoir eu pour étudiant de la faculté de mécanique, un jeune qui, après les cours rejoignait souvent la bijouterie de son père située non loin à Landréah pour y travailler.

Un de mes parents avait coutume d’exalter la houe, le gardiennage et la forge. Comment à l’heure de la modernité, faire en sorte de mettre en œuvre des projets qui ne laissent au bord de la route, non seulement les cultivateurs et éleveurs traditionnels, mais les forgerons ?

Les lecteurs voudront bien être indulgents pour ce petit essai assez superficiel qui ne traite pas de tous les aspects de cette problématique mais aussi du fait que je ne saurais répondre aux multiples questions que soulève ce sujet. Je ne suis qu’un obscur karamoko lékol nin.

Was salam !


Boubacar Doumba Diallo


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Commentaires  

 
+4 #26 Saïdou Nour Bokoum 21-09-2013 12:22

Bismillah, mon cher Mamadou Saliou, je commençais à avoir le « woula » de ton lourd silence. Mais le petit peuple qui devient de plus en plus ici comme dans un « qanqa », (monastère de soufis en Iran) invoquera Al Hayyou, Al Châfi autant de fois qu’il sera nécessaire pour que tu reviennes ici aussi souvent comme avant, avec ta vigilance pointue, aiguisée par la même vivacité. Amîne. D’ailleurs tu nous as ramené de façon « lapidaire », une nouvelle mine que le Simandou ne pourrait contenir. Voilà des décennies que je fricote avec Ifriquia sans me douter que notre continent, était le bien-mal nommé IFRK ou KFR(I), Kafre, noir Nigger, Kafir des Boers ! Mais ils ne savent pas que dans la langue sacrée un mot peut signifier son contraire. Car le vrai sens de KFR, c’est VOILE. Le mécréant est celui dont « Nous avons voilé le cœur », dit-Il quelque part dans Le Livre. Il dit aussi plusieurs fois que Ses amis seront avec des Houris dans des tentes, VOILES ». En vérité, les Houris au sens caché, nocturne, (j’inverse ici les sens tel que défini par Hampâtè Bâ), les Houris sont les grands saints, les amis de l’Ami qu’Il cache. « Jalousement » à tout autre ! (Ibn Arabi AS). Merci, MSB de m’avoir ouvert ce portail !
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+1 #25 boubacar doumba diallo 21-09-2013 02:05

Wa aleykoumou salam modi Mamadou Saliou Bah !
Akwaba! Comme disent les Ivoiriens.Tu nous a manqué .
Yo Allahou on okkoré bhaldé è tchélal !
Amine.
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+2 #24 mamadou saliou bah 20-09-2013 23:48

Salamou alay koum Koto Boubacar !
Le Forgeron :" Alchimiste " ( autre appellation de notre continent , Afrik.) transforme " l'impure " en " Noble " !
" Labbhina ko tuuni , wayla ko boni watta ko moyyhi ".
" l'Impure " peut etre L'HUMAIN ! Celui la , c'est le BAYILLO dans tte sa noblesse !
Il se " transforme " et " transforme " .( Dommage que tant " d' interdits " , religieux particulierement , aient " cahe " notre Bayyillo !)
Malheureusement , le phenomene inverse est possible et comme le dit si bien El Haj Bokoum ( que je salue au passage )" BONO WAYLO " , existe ! A ce stade , il n'est plus NOTRE BAYILLODIO .
Salam et Bien a toi , mon frère !
Tu voudras bien excuser le caractere " lapidaire " de mon post . Plus bcp de forces !
Yo wonan ein jam ! Salam!
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+3 #23 Boubacar Diallo, Washington 20-09-2013 21:53

Doyen Bokoun, je viens juste de lire ton intervention sur ce sujet sinon important, tout au moins intéressant. Mais, rentrant récemment d’une année d’engagement en Afrique, notre échange que je souhaite se fera un peu attendre. A titre d’information, je suis loin d’être littéraire et ma formation en français s’arrête au baccalauréat en France, suivie des sciences appliquées ici aux Etats-Unis. Ainsi, au plus, je ne suis qu’un amateur des sciences sociales que pourtant je trouve fascinantes. A propos de notre sujet que tu évoques ici, je voudrais tout de suite ajouter le nom «soutourah» dont tu as déjà donné le verbe. C’est une attribution de choix dans la liste des souhaits du Peul traditionnel. Ainsi, autant soûdou, souddarè, « soutourah » et soûrougol (épargner de la honte, de l’opprobre) sont désirables et recherchés par les prières au Seigneur, autant souddiidho et ses synonymes qui indiquent: dissimuler, se cacher, tricher, etc.. sont mal vus dans le Fouta traditionnel de ma jeunesse. Ces mots dénotant ou étant liés à l’hypocrisie. En attendant la prochaine fois, bonne santé et bon travail aux amateurs et contributeurs.
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+6 #22 Saïdou Nour Bokoum 20-09-2013 12:20

Bonjour mon Beau et à tous : il s'agit de l'amadou, qui vient de l'amadouvier; évidemment "l'homme blanc" a trouvé sa version chimiquement recomposée, pour les besoins de la mondialisation. Doyen Diallo De W, DC, woudèrè, waïlordè etc., m’amène à prolonger nos échanges et à les « approfondir », tiens ça me vient à l’esprit : soûdou, souddiidho, souddarè, southiidho (qui s'est caché), soûrougol (épargner de la honte, de l’opprobre) etc, évoquent la rondeur, ce qui est voilé, caché, profond ou qui peut envelopper, contenir, etc. Je dirais pour emprunter au Sage de Bandiagara (Hampâtè Bâ), nous en sommes là aux sens diurnes de la radicale waïl ou baïl. Mais au sens nocturne ésotérique, caché (ko soûdhi !) on en vient au sens de ce qui change, ou plutôt celui (le forgeron) qui change, qui transforme qui transubstantifie : le plomb en or par exemple. Là on n’a plus affaire au scientifique, au métallurgiste ou au technologue, mais à l’alchimiste. Il faut éviter le terme de démiurge, connoté. Mais nous sommes en plein dans l’ésotérisme. Celui qui a la connaissance de l’essence de l’étant. D’ailleurs au sens diurne, quand la femme dit je vais me changer, elle dit la même chose, mais de façon superficielle, prosaïque, profane, mo waïlito, en changeant de tenue vestimentaire. J’ai entendu Somparé dire que Sékou Touré pouvait se transformer en Lion..
J’ai même entendu un célèbre instituteur dont je tairais le nom, me dire qu’il a un jour, malencontreusement ouvert un portillon du salon de Sékou Touré, qui s'était "sooûthi,mis en retraite,réfugié)dans un cagibi, qui avait tout du Lyon. C’était dans la salle d’attente de Kerfalla Yansané, (mon Phiraouna), alors qu’il était gouverneur de la BCRG.D’ailleurs je suis d’une génération qui a cru, et moi je qui crois toujours que certains humains peuvent se transformer, plier la terre, ou se « transloquer » d’un point de la terre à un autre. Comme Soumahoro Kanté justement ! Comme ce personnage plus rapide qui, pour accomplir une mission de Salomon (AS) je ne sais plus dans quelle sourate du Livre, était plus vite que l’Ifrit, (un djin), qui eût mis le temps d’un clin d’œil, ce saint homme qui connaissait le Grand Nom (dixit Ibn Arabi), avait ramené le trône de Bilqiss (La reine de Saba, de l’Histoire), de façon instantanée : temps zéro ! Mon Beau (BDD), il y a un célèbre Thiam (cité par Marty) qui était réputé pour ses dons notamment de "plier la terre". Dans l’ésotérisme islamique, certains les appellent les Abdal, que je ne puis traduire hélas, peut-être que Maître Madian ? Sujet infini, « car lonni tèban ».
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+5 #21 boubacar doumba diallo 20-09-2013 07:47

"Celui qui fait jaillir le feu d'un bois vert dont vous allumez vos feux ;"Verset 80 de la Sourate 36 .Ce verset est à mettre en rapport avec l'une des trois sources de feu évoquées au début de cet article.En effet dans un commentaire de ce verset extrait de la traduction du Coran par Kazimirski on peut lire ce qui suit:
"Il s’agit ici de la manière de faire du feu, en usage chez les Arabes : deux morceaux d’une certaine espèce de bois, frottés l’un contre l’autre, font jaillir du feu, le bois étant même vert et humide."
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+6 #20 Abdoulaye Diallo, Rotterdam 19-09-2013 18:12

Citation en provenance du commentaire précédent de Amenofils:
Ce qui est appreciable sur Guineaactu.info c'est la varite des sujets et des intervenants. On y trouve a "boire et a manger" avec des contributeurs divers et varies. J'apprend toujours a chaque sortie de certains sur ce site. Merci a vous tous qui nous élevez par votre savoir et vos lumières.

Exactement mon frère. C' est pour cette raison que je ne manque pas de lire guineeactu.com. Je ne commente pas toujours, mais je lis chaque jour(articles et commentaires)...
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+4 #19 Amenofils 19-09-2013 17:54

Merci Doyen Doumba pour cette marque de sympathie. Ce qui est appreciable sur Guineaactu.info c'est la varite des sujets et des intervenants. On y trouve a "boire et a manger" avec des contributeurs divers et varies. J'apprend toujours a chaque sortie de certains sur ce site. Merci a vous tous qui nous elevez par votre savoir et vos lumieres.
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+5 #18 Saïdou Nour Bokoum 19-09-2013 12:29

CORRECTION : Il s’agit SEULEMENT du verset 3 qui vaut mille versets et non toute la sourah 57. J’en profite pour demander s’il n’y a pas lieu de s'arrêter sur ce chiffre mille(Alfin ?)dont la lettre aliif a pour poids mystique le chiffre 1, pour encore souligner l'importance du "FER" à cause de l'UN,autre nom de QUI vous savez ?
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+7 #17 Boubacar Diallo, Washington 19-09-2013 06:10

Ravi de te lire Doyen Bokoum. Je me souviens parfaitement de toi et le plaisir de notre participation commune à une réunion aux AE, à Conakry. A propos du mot « dig » qui s’emploie beaucoup dans ce qui était appelé ici le ghetto (surtout avant 1970 qui vit Negro passer à Colored, Black, Afro, Afro-American et finalement à African-American, en 1980). Il y a le raccourci que les littéraires appellent la forme elliptique que tu nous cites: « dig it? », ou bien l’expression complète: «You dig where I am coming from?” Dans les holdups dont j’ai été victime (sans dégâts) à trois reprises, il n’y a que la forme elliptique qui est d’usage. Assez plaisanté, n’est-ce pas ? S’agissant de « baylo », tel que je l’ai dit plus bas, les pluriels et les infinitifs que tu nous donnes correspondent exactement à ce que je connais. Cependant, selon mon explication en dessous, l’utilisation à laquelle je suis familier et qui se rapporte à l’habillement féminin se réserverait plutôt à elle seule la première forme de l’infinitif, ne serait-ce que par pudeur dont la langue peule est friande avec ses richesses en litotes. Au fait, pour des raisons multiples, j’ai eu l’occasion et le plaisir d’être introduit presque à toutes les formes de la langue peule des différents pays d’Afrique, mais, malheureusement, sans en avoir la chance de l’étude linguistique. Merci pour ce partage
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+5 #16 boubacar doumba diallo 19-09-2013 05:02

Bonjour chers amis! Merci à tous pour votre l'intérêt porté à ce très modeste copier-coller et surtout pour les contributions des uns et des autres .C'est un récent commentaire de Aménofils
qui m'a suggéré l'idée de papier.
@Maître Madina,mon Beau Saidou Nour Bokoum et le frère Oury Baldé,l'exégèse coranique et la numérologie étaient à point nommé et nous ne pouvons qu'en redemander,et encore!Et encore!...
@Améhofils et M.Diallo Boubacar (Washington,vos explications linguistiques ont été éclairantes pour tous.Soyez en encore remerciés.
@mon frère AOT c'est vrai j'essayé de mettre en lumière le métier de forgeron en laissant de côté plusieurs aspects liés à cette profession.Le lien aimablement fourni par SOC nous renseigne sur les forgerons du Fouta Djallon.C'est une étude assez fouillée.Volontairement j'ai eu un peu peur d'aborder le problème lié aux castes car les dérapages n'allaient peut être pas manquer.Le sujet a été évoqué par plusieurs intervenants dont Amara Lamine Bangoura qui doit en connaitre un bon rayon. J'en sais quelque chose dans des posts et échanges précédents .Elhadj Saidou Nour Bokoum a laissé plusieurs commentaires édifiants sur ce sujet.J'aurai l'opportunité d'y revenir un jour si Dieu le veut en relatant le pacte sacré entre peul et forgeron.Mais pour cette question qui hante encore les mentalités, pourquoi ne point laisser le temps au temps ?
Je salue Farba Makka et Alhadj Cece.
Suite à toutes ces importantes contributions je suis tenté de reprendre cette citation de Mao:
"Que mille fleurs fleurissent et que mille écoles rivalisent! "
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+8 #15 Saïdou Nour Bokoum 19-09-2013 00:34

Hello Doyen Diallo de Washington DC ! Je fus ton vice-doyen quelques minutes au ministères "Affaires étranges", lors d’une réunion où il était question de faire la liste des Guinéens de l’extérieur etc. You dig it, c’est comme ça on dit ? S’il s’agit d’un autre « atomiste », je suggère quand même une réponse : le poular ici admettrait 2 infinitifs : wayludè (forme active) et waïlougol ("neutre", général). A moins que ce ne soit une déformation des Toucouleurs.Donc si c’était comme je le crois, le pluriel serait : waïloubhès (Right Amenophis !) ou baïlôbhès. Vous savez qu’en linguistique, certaines radicales, par exemple le B et le W sont parfois interchangeables. Oui Aménophis encore, au Japon j’ai entendu dire que le poular n’est enseigné qu’après leur Bac, sans lequel aucune rivière.. Oury, depuis quant la Nubie est descendue en « Australie » africaine ? C’est la proximité du Pôle qui te fait voir l’espace comme un vortex ? Ou bien parce que tu as filé au grand nord en croyant que je ne te verrais pas de ma petite Kaaba imaginaire d’où je vois tout ? Bon, disons, de zan tan zan. Maître Madina tu as remarqué que la sourate 57 commence par un vortex en quelque sorte où Houwa "essaie" de nous dire totalement Qui Il est ? Chaque lettre, chaque mot, chaque phrase, phrase/verset, chaque sourate est finalement une mise en abîme de l’ensemble Du Livre ? Dont la clé est le chiffre 19, que « gardent 19.." Rubicon. Ces quatre Modalités de Houwa à laquelle je faisais allusion dans l’introduction (d’ailleurs c’est le troisième verset dans mon édition Du Livre) donnent Ilmul hourouf (Zaher), Science des lettres, et Ilmul la dunna, « La Science de chez Nous » (voir commentaires à propos de Khezr (AS) le Verdoyant (La Vie, La Voie, la Vérité, dirait Issa Ibn Mariam,AS). Si ici, Ilm n’était que le Savoir exotérique, Il n’aurait pas dit « L’encre des savants m’est plus précieuse que le sang des Martyrs » (de Badr). Autrement dit il s'agit des savants qui ont aussi puisé la science de Khezr. « Enfin », Il a dit (PSL) : "lire le verset 3 de la sourate El Hadid c’est lire mille versets ». Un peu comme la Nuit d’Al Qadr qui vaut mille nuits, nuit où comme pour le Fer, Maître (Madina a relevé si justement) « ANZALNA », « Nous avons fait DESCENDRE.. ». Imaginez le statut social de notre forgeron, qui dans une autre perspective, occupe une STATION (Maqam) où il tutoie le Génie de la Race (L’Enfant noir) ! Qu’est-ce que l’ensemble de la société face au Génie de la Race ?! Wa Salam
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+6 #14 Boubacar Diallo, Washington 18-09-2013 23:52

M. Amenofils, je vous remercie de la réponse à ma question de curiosité linguistique. Dans le respect de la transparence académique, permettez-moi ici de dire qu’elle n’était attribuée à personne, tout en étant adressée à Mr Diallo et ouverte à toute autre personne intéressée. Ceci écrit, je suis tout-à-fait d’accord avec vous, à propos du pluriel que vous donnez de «baylo», à savoir: waylubhé, désignant la fonction des «transformateurs». Par contre, le mot «waylordhé» qui semble s’en apparenter mais qui en est très différent, est réservé à l’expression pudique du mot «wudhéré» (pagne). «Waylordhé» signifie plutôt «échangeur», soit l’élément vestimentaire qui sert pour changer d’habillement chez les dames. Le mot «wudhéré» étant même considéré être une expression vulgaire dans certains milieux. En fait, lorsque ce mot est émis en colère (très rarement) chez les Peuls traditionnels, il signifie une insulte à celle à laquelle il est adressé. (Le développement exprimé ici grâce au concours de M. « Amenofils » ne vient d’aucune théorie. Il est basé purement sur l’expérience personnelle. Ainsi, d’autres personnes pourraient bien nous donner une ou des versions qui soient différentes)
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+4 #13 A.O.T. Diallo 18-09-2013 19:31

Kotto Doumba, dans ton texte je lis bien plus qu'une réhabilitation méritée des forgerons, surtout pour certaines personnes qui n'ont pas pu encore se détacher de certaines conceptions ancestrales. Aux 18 et 19e et même le début du 20e siècles cela était compréhensible et même pardonnable.
Mais aujourd'hui considérer des personnes comme castés et inférieures est a mes yeux une des faiblesses guinéennes et un des freins a une démocratie totale et réelle qui restent encore a corriger chez plusieurs, y compris parmi mes proches...
Je constate avec satisfaction que les jeunes du 21e siècle placent ceci au dernier rang de leurs priorités et intérêts..
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+4 #12 Amara Lamine Bangoura 18-09-2013 18:38

Cher Doyen!malgre leur extreme dexterite pourquoi les hommes de metier(forgeron,potier,coordonier,tisserant...)sont souvent victimes d'un mepri congenital dans nos societe?A votre sens,a quelle logique obeit la castisation de cette couche sociale dynamique et creatice ?@Farba Makka! generalement,le Numu(forgeron)fabrique les instruments de travail et les ustenciles de menage tandisque le Siaki(bijoutier)a pour vocation la confection des bijoux...Bien a tous!ALB-Birmingham,AL-USA>
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+3 #11 Amenofils 18-09-2013 17:18

Je pense que le pluriel du nom serait "bailobhe" et le pluriel de la profession serait "wailubhe". C'est toute la richesse de la langue peul qui s'en trouve honorée.
Ceci est un essai que je m'autorise bien que la question ne me soit pas directement attribuée
Citation en provenance du commentaire précédent de Boubacar Diallo, Washington:
Mr Diallo, une petite question de curiosité linguistique. Se référant à votre citation qui fait de « baylo » à la fois un nom et un verbe dont l’infinitif est « waylude », quel est alors le pluriel correspondant au nom? Merci d’avance !
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+7 #10 Boubacar Diallo, Washington 17-09-2013 21:29

Mr Diallo, une petite question de curiosité linguistique. Se référant à votre citation qui fait de « baylo » à la fois un nom et un verbe dont l’infinitif est « waylude », quel est alors le pluriel correspondant au nom? Merci d’avance !
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+5 #9 SOC 17-09-2013 20:22

Merci au doyen Doumba pour cet hommage aux hommes du fer. Le lecteur intéressé pourra trouver des informations importantes sur les incantations des forgerons du fouta dans l'article dont le lien est ci-après: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1965_num_35_2_1396
Il apparaît non seulement - à travers l'exemple des forgerons - que nos sociétés traditionnelles avait réussi à accommoder toutes leurs croyances en un syncrétisme joyeux (mais les salafistes ne seront pas d'accord avec moi - tant pis pour eux) mais qu'en plus l'ancien Etat du Fouta était une véritable moisaique culturelle où les cultures peule et malinké notamment étaient carrément en fusion.
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+10 #8 madina 17-09-2013 12:07

Le fait qu'une attention toute particulière est portée au fer dans le Coran souligne aussi l'importance de cet élément. De plus, il y a une autre vérité cachée dans le Coran qui attire notre attention sur l'importance du fer : la sourate al-Hadid, verset 25, qui fait référence au fer, et qui contient deux codes mathématiques très intéressants :
"Al-Hadid" est la 57ème sourate du Coran. L'abjad, ou alphabet consonantique du mot al-hadid en arabe, lorsque les valeurs de ses lettres sont additionnées, est aussi 57.
La valeur numérologique du mot hadid seul est de 26, et le chiffre 26 est le numéro atomique du fer.
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+8 #7 madina 17-09-2013 11:57

Bismillähir Rahmänir Rahym.
Et Nous avons fait aussi descendre le fer, dans lequel se trouvent une force redoutable et des avantages pour les hommes… (Coran, 57 : 25)
Le mot anzalnaa traduit par "Nous avons fait descendre" et utilisé pour le fer dans ce verset, pourrait correspondre à une allégorie pour expliquer le service que le fer rend aux hommes. Mais si nous considérons le sens littéral du mot, celui de "faire descendre physiquement du ciel", comme dans le cas de la pluie et des rayons solaires, nous réalisons que ce verset implique un miracle scientifique très significatif.
Les découvertes astronomiques modernes ont en effet révélé que le fer qui se trouve sur la Terre provient d'étoiles géantes des confins de l'Espace.
Le fer qu'on trouve sur Terre, aussi bien que celui présent dans tout le Système Solaire, vient des confins de l'espace, étant donné que la température du Soleil est insuffisante pour la formation du fer. La température à la surface du Soleil est de 6.000 degrés, et la température du noyau, quant à elle, est à peu près de 20 millions degrés. Ce métal ne peut être produit que dans des étoiles beaucoup plus grandes que le Soleil, où la température atteint plusieurs centaines de millions degrés. Quand la quantité de fer dans une étoile dépasse une certaine concentration, l'étoile ne peut plus l'héberger et finit par exploser en ce que l'on appelle une "nova" ou une "supernova". Ces explosions permettent la dispersion du fer dans l'Univers.
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+6 #6 Amenofils 17-09-2013 11:51

Merci Mr Doumba Pour ce texte !
Pour ma part, je considere que l'industrialisation en occident a dû s'appuyer sur l'ensemble des corps de metiers et notamment sur la Forge ! Et oui quelle evolution de la forge depuis la machine à vapeur jusqu'à l'Iphone en passant par la locomotive, la voiture, l'ordinateur, l'imprimante, ou le cockpit/fuselage d'un avion ... Regardons juste autour de nous l'ingeniosité dans les objets qui nous entourent! En occident, artistes, musiciens, peintres, philosophes etc ... sont valorisés, adulés.
La decadence ou crise de l'Europe actuellement se traduit par sa desindustrialisation au profit de la chine.
On passe plus de temps actuellement a applaudir les rejouissances ephemeres qu'a nous consacrer à mediter sur les propos d'un philosophe ou d'un poete.
Qu'avons nous toujours fait de nos corps de metiers en Afrique ? On les meprises ! On les craint pour leur pretendu "nyama" plusqu'on ne les aime! Avec le pretexte qu'ils sont detenteurs de forces occultes, On les traite de sous-hommes. Quel " sous-homme " peut accepeter d'etre traité comme tel et travailler pour developper la communauté ? Qu'est ce que je les comprend ! Et le resultat c'est l'etat de sous developpement de l'afrique actuellement. Et d'ou provient tout cela ? du jour ou on a decidé d'enfermer des gens sous le label de sous hommes et le faire perpetuer de generation en generation! Quand le griot chante on aime sa musique mais on ne lui donne pas sa fille sauf bienentendu s'il a un porte feuille garni. A force d'ajouter des couches, on ne voit plus l'objet peint.
Il faut sortir de cet enfermement !
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+6 #5 aladjicece 17-09-2013 09:29

Encore merci Kötö Dumba Diallo pour ce texte... ("Kötö" parce que je suis du 2août du temps de Sékou-Philo, votre promotionnaire, avec comme amis un certain Cellou Dalein Diallo, Saloum Cisse, Louceny Fall François, et j'en passe...) Que Dieu vous bénisse...
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+1 #4 Oury Baldé 17-09-2013 01:16

« (…) Et Nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable, aussi bien que des utilités pour les gens, et pour qu'Allah reconnaisse qui, dans l'Invisible, défendra Sa cause et celle de Ses Messagers. Certes, Allah est Fort et Puissant. » Sourate 57, AL –Hadid (le fer ) , post hégire.
Le fer est symbole de force et est à la base de la plupart des objets d’usage au quotidien de l’homme, mais ceux qui le travaillent (les forgerons) sont vus , au mieux , comme de simples artisans fabricants un outillage rudimentaire ou archaïque , en Afrique .
Pour souligner toute l’importance du fer dans la vie , ce métal est même nécessaire à notre bon équilibre physiologique . Le sang de l’homme doit contenir une certaine dose de fer,sinon on peut choper des vertiges (je crois).
Les historiens s’accordent à dire que le fer et les hauts fourneaux auraient été découverts en Nubie (région australe de l’Afrique) mais c’est en Europe qu’apparaitront les premières industries métallurgiques.
La gloire des forgerons est probablement derrière eux.
Ce métier ancestral et noble , qu’on ne retrouve plus que dans nos hameaux reculés ou le forgeron isolé dans sa forge souvent à l’extrémité de la ville ,s’évertue à perpétuer une tradition millénaire, est aujourd’hui à l’agonie.
Pour le pompon , demandez à notre ministère du commerce et de l’artisanat ses subventions aux forgerons .
La Guinée regorge d'importants gisements de fer dont Simandou calamiteusement acquis par l’ anglo-austraslien Palladino par l’entremise de Sud- Africains. On connait la suite….
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+7 #3 Oury Baldé 17-09-2013 01:13

Le texte recèle aussi des bribes d’histoire : « Selon notre père A. Hampaté Ba :
« (…) Le Peul, qui est son(le forgeron) allié sacré , le nomma « baylo », de l’infinitif « waylude », qui signifie « transformer »
Lors de l’insurrection musulmane au Fouta Djallon au 18e siècle, Elhadj Maladho Diallo rapporte le cas d’un forgeron (...) Oussou, ancêtre des forgerons de Bôto Bôfel, (…) Il construisit des hauts fourneaux pour y extraire le fer nécessaire à la fabrication des flèches et lances qui servirent à Talansan et un peu partout. »
De ces deux passages , peut –on en déduire, M Diallo que :
1- Que le Peuhl a cohabité avec Nunfayiri, l’ancêtre des forgerons ,avant de finir par adopter la pratique de ce dernier ;
2- Que les Peuls islamisés sous la conduite de l’erudit Karamoko Alpha , s’établirent d’abord un certain au Fouta avant de lancer la bataille de conquête de Talansan .
Merci , M Diallo, de réhabiliter cette noble profession en phase de disparition .
Terminons sur une note ferrique, « il faut battre le fer pendant qu’il est chaud ».
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+6 #2 Farba Makka 16-09-2013 22:02

Merci Doyen pour ce texte. Selon vous quelle difference existe il entre un Forgeron (Numunkè) et un bijoutier (Siaki ou Siakè)? Dans mon village c' est le Siaké qui fabrique la marmite et non le forgeron.
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+8 #1 madina 16-09-2013 20:05

Le prophète David (PBSL) fut un souverain juste, qui amena paix et prospérité à son peuple. Les psaumes qu’il récitait de sa voix mélodieuse donnait l’impression à l’auditoire que toute la création psalmodiait avec lui.
10. Nous avons certes accordé une grâce à David de notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d'Allah). Et pour lui, Nous avons amolli le fer.
11. (en lui disant) : “Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles”. Et faites le bien. Je suis Clairvoyant sur ce que vous faites.
Sourate 34 : SABA
Bien qu’étant roi, David (PBSL) se refusait à vivre d’une quelconque rente, préférant gagner lui-même sa subsistance. Il exerçait ainsi le métier de forgeron, car Dieu lui avait donné la faculté de maîtriser le fer.
"Et Nous renforçâmes son royaume et lui donnâmes la sagesse et la faculté de bien juger".
Sourate 38 : SAD (SAD)
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