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Retour à la maison d’un exilé (suite)
Moussa Bella Barry Jeudi, 25 Avril 2013 16:16
Quelques jours après notre arrivée à Conakry, ma femme allemande, notre fille et moi-même avons décidé de partir voir ma mère à Dalaba, au Fouta-Djalon.
Abrégé de géographie et séjour au Fouta-Djalon
Le Fouta-Djalon est compris entre le 9° et 13° de latitude nord et le 16° et 11° de longitude ouest. Le Fouta jouit d’un climat tempéré et relativement sain. La chaleur au Fouta est supportable par rapport au Sahel et dans le voisinage de la côte.
Beaucoup de grands fleuves de l’Afrique de l’ouest et tant d’autres moins importants prennent leurs sources sur le haut plateau du Fouta. Un nombre considérable de petits cours d’eaux, affluents des grands fleuves, arrosent le pays. Ce sont la cause de la végétation vivace et de la richesse du sol au Fouta ; on dit dans le langage courant, que le Fouta-Djalon est le nœud hydrographique de l’Afrique de l’ouest. La saison sèche dure de novembre à avril.
Sur la route de Conakry pour le Fouta, on est frappé par la vue panoramique d’une chaîne de montagnes onduleuses et magnifiques. Cette chaîne de montagnes se dessine agréablement à l’horizon entre les deux zones climatiques de la Basse et de la Moyenne Guinée.
Cette chaîne de montagne délimite le climat chaud du littoral de celui tempéré du Fouta. Le froid sec (harmattan) se heurte à cette chaîne de montagnes. Ce rude froid sec venu du Sahel souffle de décembre à février. A cette époque-là l’écart des températures diurnes et nocturnes est considérable. Dans certaines localités les températures sont élevées pendant le jour, elles peuvent descendre très bas dans la nuit en certains endroits.
Cette chaîne de montagnes sert d’écran et, c’est d’une part une des causes qui fait que, le froid sec venu du sahel ne pointe jamais son nez sur le littoral atlantique, elle garantit en même temps le Fouta des vents chauds venus du littoral en lui procurant cette fraîcheur éternelle. Les montagnes du Fouta-Djalon sont des vestiges d’une forêt ancienne. La température est basse à cause de l’altitude et de la continentalité, le thermomètre peut descendre en moyenne générale jusqu’à 12 degrés centigrades en certains endroits, la température moyenne annuelle à Dalaba est aux environs de 28 degrés centigrades.
La vue panoramique du paysage du Fouta-Djalon donne l’apparence d’une nature modelée. Les forêts coupent les versants et les sommets des montagnes. Le paysage est comme un puzzle composé : des collines vertes et vallons de luxuriantes végétations, des arbres et arbustes, des rivières, des plateaux et plaines, des boowé (les savanes arbustes et herbeuses). Ce tableau est une sorte de pâturage naturel propice à l’élevage et à l’agriculture.
Le climat au Fouta est rafraîchissant – ma femme l’a d’ailleurs comparé au climat des Alpes européennes pendant le mois de juin ‒. En effet l’altitude fait bénéficier la région du Fouta un climat particulièrement doux. Le climat se caractérise par des précipitations abondantes de mai à septembre, c’est la saison pluvieuse.
Pendant la saison sèche d’octobre à avril, les précipitations sont faibles, voir quasiment inexistantes, la saison sèche provoque une sécheresse biologique et un étiage avancé des cours d’eau, parfois jusqu’à l’assèchement de certains cours d’eau. Une végétation herbacée couvre le Boowal ; ces herbes jaunes s’appellent dottyorma en langue poular, elles ondulent sous la brise en donnant une impression d’un océan mouvant. En saison sèche la forêt et les bois donnent toujours un éclat de beauté verdoyant, cependant les steppes et les sous-bois sont secs.
Le paysage accidenté avec ses nombreuses falaises fantastiques, ses cours d’eau et rapides, la végétation et ses ombrages frais, les fleurs aux mille couleurs arrosées légèrement d’odeur parfumée en pleine saison sèche, des arbres particuliers, les fruits de cueillette, des multitudes d’insectes voltigeant au gré du vent de fleur en fleur, tous ceci constitue un dissemblable univers de conjugaison de faune et de flore, unique dans son genre.
En respirant l’air pur des montagnes, les souvenirs de mon enfance m’assaillent subitement. J’ai mémoire que la campagne au Fouta-Djalon est subdivisée en champs de fonio, de manioc, de riz, de maïs, etc., en pâturages et en agglomérations entourées de haies. Rien n’a changé depuis.
La place de la mère dans la société peuhle du Fouta-Djalon
Les relations entre la mère et l’enfant ont une liaison sacrée. La mère est l’objet de toutes les tendresses, le Peuhl du Fouta-Djalon ne cherche à s’enrichir que pour améliorer le bien-être de sa mère. La mère est considérée comme le symbole de protection. La mère (néné-galle) se charge également de la gestion de la maison, et assume ainsi une responsabilité sociale. La coutume peuhle dit que, négliger sa mère attire malchance et échec dans la vie. Celui qui déshonore sa mère, la seule manière d’expier ses fautes est de se faire accompagner par des sages, et de se coucher à plat-ventre devant les pieds de sa mère pour lui demander excuse.
Jour fatidique de la rencontre avec ma mère.
Pour ma femme et notre fille cette rencontre était peut-être un mélange de curiosité et de l’inconnu au sujet de ma mère. Je crois que ma mère était soucieuse de notre rencontre, pas seulement mes compagnes, mais moi aussi j’interrogeais un je-ne-sais-quoi, peut-être se revoir va se révéler comme bonne ou mauvaise surprise.
Moi, c’est ma curiosité sur l’état de santé de ma mère qui a un âge très avancé. Pour ma mère je devine qu’elle a été curieuse et méfiante à la fois. Curieuse, car elle n’a vu sa petite fille qu’à travers des photos que nous lui envoyions de temps en temps. Méfiante pour une raison simple, car on raconte aux mamans africaines toutes sortes de préjugées sur les femmes blanches mariées avec leurs fils. Ce genre de jugement stéréotypé est d’ailleurs aussi valable chez les mamans européennes.
Je crois, que le défaut d’assurance chez ma mère est aussi de savoir s’il y aura une compréhension et une acceptation mutuelle entre elle et ma femme ?
Sans insister sur nos incertitudes, nos curiosités voire inquiétudes sur cette rencontre, je m’arme de tout mon courage, et me dis tout simplement mille diables, qu’il ne nous fallait pas oublier la principale raison de notre voyage en Guinée. Le but premier du voyage est pour moi de revoir ma mère et, pour mes compagnes, de faire la connaissance de ma mère, point final.
Pourtant cette situation chargée d’émotions de part et d’autre s’était très bien déroulée, tout semblait suivre un rythme naturel comme dans une symphonie bien élaborée, il fallait le vivre pour comprendre cet instant. Cette rencontre a été importante et historique pour moi. Nous nous sommes spirituellement enrichis des attentions mutuelles, ceci fendait nos visages en gaieté. Le tout s’était déroulé avec beaucoup de courtoisie. Un sentiment de communion totale nous envahissait tous. Nos regards se sont croisés en un une onde de satisfaction mutuelle.
On avait annoncé notre arrivée à ma mère, ma mère a bondit de joie en nous voyant, elle a embrassé Aïcha de toutes ses forces avant de se retourner vers ma femme et moi. Cependant j’ai lancé un coin de l’œil à ma mère, elle avait l’air gênée de le handicap linguistique, car elle aurait bien voulu converser avec ses visiteurs ; chaque fois que je levais mes yeux, je voyais le regard tendre de ma mère, qui me souriait doucement, l’accueil fut très chaleureux, ce sont de trop bons moments pour les mères. Je me suis senti aussi sous la protection maternelle.
La raison immense de ma joie était, premièrement que j’ai senti que ma mère était comblée d’honneurs par notre visite, deuxièmement que sa santé apparaissait relativement très bien ‒ que le tout puissant Allah me la conserve longtemps ‒, et ensuite que la sympathie entre mes deux compagnes et ma mère a été automatique et réciproque. A la première vue, elles se sont répandues dans les bras les unes des autres, toutes les trois ensemble manifestaient en pleurs leurs éclats d’admiration de la solennité de l’événement. De plus, cette rencontre solennelle a été de part et d’autre le gain réel de l’esprit et du cœur. C’était comme si elles se connaissaient depuis une bonne lurette ou, qu’il n’y avait pas une barrière de langue entre elles.
Oh ! Bien heureux moment, quelles heures charmantes qui m’ont permis de passer cette occasion agréable tout près de ma mère. C’est un événement très agréable, je me trouve très bien, ma mère est là devant moi, je suis à la portée de ses caresses, je peux lui parler directement et téter à mon aise. Cet instant m’a fait éprouver beaucoup de joie, car j’ai vu ma mère contente, elle peut enfin prendre sa petite-fille dans ses bras, ceci a été toujours un de ses souhaits, ce souhait-là est à présent exhaussé. J’ai remercié Allah, le tout puissant, de ses bontés pour moi qui m’ont permis de revoir ma mère bien portante. Je me suis fait le serment de ne plus rester longtemps sans revoir ma mère, je me jure très solennellement de lui apporter assistance toute sa vie, comme la tradition me le recommande.
Moussa Bella Barry
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Commentaires
Merci mon frere Bella que DIEU la garde encore longtemps aupres de nous. En la voyant, nous penserons aux notres qui l'ont deja devancee. Merci encore.
que dieu nous preserve nos meres le plus long temp possible amen!
La beauté, c'est ce naturel qui se dégage de votre plume nous incitant à continuer la lecture avec admiration. Excellent séjour.
Permettez-moi de partager ce poème de (T.A. Bah) avec vous; tout comme votre texte ou une chanson de Bah Sadio, il me rend nostalgique de cet endroit magique qui se détruit peu à peu...
Fuutanke si habbhii boggi mu un
Dimbordhi ka tande e ley dhowkal
Gnallii dhon djangude kaamilu mun
Gnaamii dhon hay si ko bantarawal
Naadii na’i mun tuma hiiri, haray
Timmii weltaare ka dyon remungol
Ndar mawdho mo Fuuta no fokkiti
Yaadu ka endhan mun fii dyuurondiral
Dolokal mun leppi e deftere mun
Faleteende e tuggorngal bhalewal
Si ko dyon gandal alluudye falaande
E defte wadhaadhe e nder sasawal
Fuutanke si eggii leydi mu’un
Wata lando, ko tampere eggini ngel
Si a taski ka leydi, ko dhon tawataa
Neemaadyi dhi moftortaa limungol
Dhii tyandhi iloodyi e djurdhe mu’un
E hawaadyi mu’un dyon nootitangol
Dhie maddyi no muumiri wayta gilaasi wadhaa
No laabhi no dakmani dyon yarungol
Pete maddji no newdhiri wayta siman
Woni ndungu e tyeedhu alaa tayungol
Dhee ledhe rimoodye e bhibhe mu’un
Welnaadhe dhe moftortaa limungol
Ndar Fuuta e kowle ko dhon tawataa
Wano Fuuta alaa e labeedhe laral !
Maa tello ka toowiti haa darodhaa
Ornaa dhon ndardhe dhe dyon yi’ ungol
A yiay dhon piidyi labaadhi yi’ aa
Ghari ayde e PELLE DHE DYON TABITAL.
C'est très touchant ,merci de nous faire partager votre joie !je prie pour que vous puissiez tenir votre promesse ,car une maman n'a pas de prix .Que Dieu lui donne longue vie !
Une Nènè n'a pas de prix !
Juste un conseil !!ne finissez pas tout le lait on en a besoin mais surtout des prières d'une mère contente !
Passez bon séjour !
"...que le tout puissant Allah me la conserve longtemps..." Que le Tout Puissant continue d'accorder la longevite',une sante inoxidable et un bonheur de tous les instants a cette brave maman et a son fils comble' que vous etes.Amen!!!








