Boubacar Doumba Diallo Lundi, 15 Avril 2013 14:27
Dédié à Alajicece et à tous les Cissé qui voudront bien s’y reconnaître.
Ce très modeste petit article est le fruit de mes lectures notamment celles issues des ouvrages de Youssouf Tata Cissé et Wâ Kamissoko sur l’histoire de l’Empire du Mali. J’ai été fasciné par la grande élévation spirituelle du vénéré Boukari-Bâ Cissé, qui méritait amplement le titre de Cissé-Kâressi : « celui qui sait renoncer » ou se dépouiller de ses biens afin d’aider les plus démunis. Les internautes voudront bien être indulgents, car cet article est avant tout un prétexte et un support en vue d’un échange que j’espère dépassionné, fraternel et fructueux.
Cissé est un dyamou illustre qui fut porté initialement selon la tradition sarakholé, par les six premiers souverains du Wagadu, autrement dit les empereurs du Ghana. Leur islamisation très précoce explique que leur patronyme ait été adopté par une grande partie des Chérifs de Tombouctou. Une autre assimilation encore aussi glorieuse, est celle des Peuls du Macina qui ont admis que Cissé était l’équivalent de Barry, à tel point que Chaïkou Amadou et ses successeurs à la tête de l’Empire peul du Macina, une théocratie, s’en sont réclamés à partir de 1818.
Les grands marabouts, les érudits seront honorés du titre Cissé. Chez les Foula et Maninka devenaient Cissé, les personnes reconnues pour leur maîtrise absolue du Coran.
Boukariba Cissé fut un grand marabout dont le nom et la vie sont souvent intimement associés à la grandeur de Soundjata Keita dont il était un ami proche. Lorsqu’il arriva au Manden, il élut domicile dans le village du nom actuel de Kéla, où il fut reçu par des Konaté qui en étaient les autochtones, appelés parfois Kandinw ou Kantikiw, pour leur promptitude à accueillir avec bienveillance tout nouveau venu dans leur village.
Une solide amitié se noua entre Soundjata et Boukari-Bâ Cissé ; et cette relation allait peser de tout son poids dans certaines décisions que Simbon allait prendre notamment au début de son règne.
Selon Wâ Kamissoko, le règne de Soundjata débuta par un décret sans précédent dans l’histoire de l’Humanité : la proclamation de l’abolition et de l’extinction de l’essence de l’esclavage. Avant de réaliser cet acte hautement noble, Maghan Soundjata eut un entretien des plus secrets avec Boukari-Bâ Cissé à qui il fit part des propositions qu’il allait soumettre à ses compagnons d’armes et autres chefs de guerre. A la fin de cet entretien, celui qui par ses ferventes prières, éloigna les oiseaux prédateurs du Manden, se vit offrir par Simbo trois bourses d’or prises à l’ennemi. Après avoir chaleureusement remercié Soundjata pour sa générosité, Boukari Bâ déclina poliment l’offre en déclarant entre autres :
« Sache que je ne me suis pas rendu au Manden pour l’or, encore moins pour de l’argent ou pour d’autres biens matériels : c’est pour l’amour de Dieu et de son Envoyé que je suis ici, et pour l’expansion de la dîna (la religion musulmane).De ce fait je ne veux pas de ton or ; je ne veux pas de ta patrie ; d’ailleurs je vais la quitter en sortant d’ici… »
Au terme de cette conversation, Boukari-Bâ Cissé bénit longuement le Manden et son souverain. C’est ainsi selon Wâ Kamissoko que l’ancêtre des Cissé du Manden s’installa avec les siens dans le village de sa fondation appelé Moribougou. On compte dit il les Cissé de Moribougou-Kita et ceux de Cisséla-sur-Niandan (République de Guinée) pour les descendants de Boukari-Bâ Cissé, honorés du titre de Manden mori folo en plus de celui de Cissé nwana Manden Mori c'est-à-dire Cissé, héros et marabouts du Manden, ce dernier titre étant partagé avec les Diané, Bérété, Touré et autres.
C’est Boukari-Bâ Cissé qui, au Manden, fit la chasse aux Komo et autres génies malfaisants et œuvra pour son bien en détruisant le moins possible. Il accomplit en compagnie de Simbon et autres patriarches Tounkara, Kamara, le pèlerinage à la source sacrée Môkoya dji, où après s’être purifiés avec l’eau de la source, « ils se placèrent comme suit :le Manden Mansa à l’Est, Boukari-Bâ Cissé au Nord, les patriarches Tounkara et Kamara respectivement à l’Ouest et au Sud ». Puis ils firent une ardente prière œcuménique afin que la baraka descende sur leur patrie illustrant ainsi une grande leçon de tolérance religieuse.
Was salam
Diallo Boubacar Doumba
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