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26 mars 1984 - 26 mars 2013 ‒ Il y a 29 ans, Ahmed Sékou Touré nous quittait !

Thierno Fodé Sow  Mardi, 26 Mars 2013 14:52

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SOW_Thierno_Fod_3_01Que retenir de Sékou Touré après son long règne d’un quart de siècle ? Qu’est-ce que l’avenir immédiat réservait à la Guinée ? Des questions et d’autres, loin d’être sentencieuses, méritent qu’on y mette une pause, un arrêt juste pour voir d’où est parti ce grand, riche et beau pays de l’ouest africain, qu’est la Guinée. Cette démarche intervient en effet au moment où l’on célèbre le 29e anniversaire de la disparition du premier président de la Guinée indépendante.

Pour le président disparu, au-delà des émotions de la mort, les sentiments sont très mitigés. Les uns retiennent de lui ce syndicaliste charismatique, le père de l’indépendance de la Guinée, l’attachement quasi viscéral de l’homme aux attributs de la souveraineté et son nationalisme. Cet homme-là même qui, au cours de son règne, a amorcé et ce depuis plusieurs années un rapprochement avec les pays occidentaux (1970), encouragé en cela par un certain François Mitterrand. L’homme du « non » à de Gaulle, bénéficiaire du prix Lénine pour la paix, se rapproche des Etats-Unis d’Amérique (Sékou Touré sera reçu en pompe par Rockefeller), de la France (Giscard d’Estaing sera acclamé à Conakry en 1978). Mieux que cela, il avait proposé ses bons offices entre l’Iran et l’Irak. Proche du Maroc dont il soutenait les positions dans l’affaire du Sahara, Sékou Touré avait pris fait et cause pour Hissène Habré au Tchad. Mais ceci est une autre histoire. Voyons plutôt l’envers du décor.

De nombreux autres Guinéens n’occultent pas en effet les déviations du régime qualifié d’autocrate ou de despotique par certains et les peines qu’il a causées : le responsable de l’emprisonnement – certains par contumace dont l’actuel président de la République ‒ de milliers de Guinéens, victimes d’une parano alimentée par quelques authentiques complots comme le débarquement de mercenaires sur les larges de Conakry, en 1973. On parle de « complot des intellectuels tarés » en 1960 déjà et depuis, pour dit-on raison d’Etat, la complotite fait ravage. Sékou Touré faisait et défaisait les carrières, afin de s’assurer loyauté absolue et fidélité à toute épreuve.

On retiendra aussi de l’homme au mouchoir blanc, celui qui n’avait pas assouvi son rêve : accéder à la présidence de l’OUA, à l’occasion du 20e sommet de l’organisation prévu pour mai – il meurt le lundi, 26 mars aux USA d’une crise cardiaque lors d’une intervention chirurgicale. Sékou Touré n’avait également pas préparé son successeur car ayant éliminé au propre comme au figuré tous les prétendants au pouvoir ou susceptibles de lui faire ombrage ou considérés comme des rivaux potentiels. Logiquement, le Premier ministre Lansana Béavogui en poste depuis la création du poste en 1972 devrait être le mieux placé. C’était en revanche sans compter avec le rêve nourri de Moussa Diakité, ministre des Domaines et n°2 du Parti démocratique de Guinée (PDG), Damantang Camara, président de l’Assemblée nationale, Ismaël Touré des Mines et Géologie puis aux Finances, demi-frère du président Touré et véritable homme fort du régime. Chacun était libre de caresser le secret espoir de succéder à Sékou Touré.

Seulement voilà ! Le changement de régime s’est opéré avec l’armée et sans effusion de sang et l’on assiste à l’arrivée d’un continuateur, d’un guide, à la fois très offert à l’héritage et doué de qualités humaines. Cet homme c’est le colonel Lansana Conté. Il a vite redoré l’espoir, libéré les prisonniers et le pays et fait appel au retour des milliers d’exilés, donc suscité le pardon. Le 22 décembre 1985, il fait enfanter le discours-programme. Et la Guinée s’ouvre et opte pour le libéralisme économique. Ce militaire de carrière règnera lui aussi près d’un quart de siècle – usé par des maladies et l’âge ‒ avec des élections propres à tous pays apprentis en matière de démocratie : élections aux scores soviétiques, contestations et embastillement d’opposants et de journalistes.

En ce 29e anniversaire de la disparition de Sékou Touré, l’attitude commune devra consister à prier pour que le ciel inspire à tous les Guinéens, l’amour de son prochain et le sens de la justice, de la réconciliation, etc. Il est temps à présent pour les nouvelles autorités de Guinée de faciliter l’exorcisation à jamais des rancœurs endémiques afin que la Guinée qui a tant souffert du fait de ses propres fils vive enfin la cohésion, la paix et la stabilité. Le changement promis et souhaité d’Alpha Condé passe également par là. C’est-à-dire le rassemblement de tous les Guinéens autour d’idéaux de paix, de justice équitable, de démocratie, du respect des libertés individuelles, etc. pour l’édification d’un Etat de droit fort où les membres d’une même Guinée dorénavant prospère ne pourront plus se regarder en chiens de faïence.


Thierno Fodé Sow


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